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ALÈS, POMPIERS EN GRÈVE : LA TENSION MONTE D’UN CRAN

Photo © objectifgard.com / MA

Depuis la dernière assemblée générale qui s’est tenue jeudi 5 janvier au soir, il a été décidé à l’unanimité d’être « solidaires », pompiers professionnels et pompiers volontaires autour des revendications réclamées depuis lundi dernier, et même le 21 décembre 2011, jour du dépôt du préavis de grève. Il s’agit principalement d’une participation au repas des pompiers en service revue à la hausse. Elle est de 2,50 euros par pompier et par repas. Les pompiers cévenols réclament pour l’ensemble des pompiers (volontaires et professionnels) 90 centimes d’euros de plus, ce qui équivaut à un total de 5,90 euros par ticket restaurant (chaque pompier participant à hauteur de 2,50 euros par repas). Par ailleurs, l’effectif des « opérationnels » réclament également une cuisine pour se restaurer. Aujourd’hui, 200 pompiers sont en grèves dans les Cévennes, d'après Laurent Doudoux (président du FASPP 30, syndicat des autonomes).

Un mouvement qui se veut solidaire, puisque le représentant syndical nous explique qu’après s’être renseigné sur les droits dont ses collègues et lui disposent, il serait en droit de réclamer, seulement pour les pompiers professionnel : « un avantage en nature de 8,30 euros par jour ». Celui-ci nous indique que « dans le cadre d’une négociation, nous préférons partager avec les volontaires plutôt que de ne chercher à obtenir ce que l’on demande, uniquement pour nous, pompiers professionnels ». Une stratégie qui semble fonctionner, puisque le mouvement grossit de jour en jour dans les Cévennes. Les pompiers professionnels et volontaires de Saint-Ambroix, Bessèges et Génolhac ont rejoint le mouvement de grève initié par Alès. Pour la Grand’Combe « il y a du soutien, il y a des grévistes, mais tout le personnel n’est pas gréviste », d’après Laurent Doudoux. Et d’ajouter, qu’ « il y a également du soutien des collègues du Grau-du-Roi et de Saint-Gilles ». Nous rappelons que l’on compte 534 pompiers professionnels répartis sur le Gard pour un effectif total de 1.200 pompiers (professionnels et volontaires).

Photo © objectifgard.com / MA

Malgré la grève, les sapeurs-pompiers interviennent sur tous les incidents qui surviennent quotidiennement. Mais depuis l’application d’un décret du 21 décembre 2011 voté par le conseil d’administration du Sdis au sujet du droit de grève des sapeurs-pompiers gardois, une réduction des effectifs est appliquée dans le cadre d’une réquisition d’une partie de ceux-ci. C’est « le 80 % », l’effectif minimum. Depuis la grève, « tous les matins, on signe une feuille de maintien en service, mais comme le potentiel opérationnel jour (POG) est fixé à 19 pompiers opérationnels (hors encadrement) est non 21, comme d’habitude pour chaque intervention, deux pompiers rentrent chez eux, et ne sont pas payés ». Il y aurait donc un véritable impact sur les moyens d’intervenir au quotidien, bien que les autres casernes satellites d’Alès (Bessèges ou Saint-Ambroix notamment) suppléent, le cas échéant, le manque d’effectif ponctuel.

« on ne demande pas la lune, 90 centimes d’euros pour manger »

La colère était palpable dans la caserne d’Alès, et la détermination, d’après les dires des uns et des autres présents vendredi : « on ne demande pas la lune, 90 centimes d’euros pour manger ». Et d’ajouter « que l’on pourrait faire des économies sur le coût de certains véhicules d’intervention, des 4x4 à 37.000 euros […]. Pas besoin de prendre des véhicules de luxe pour aller dans la montagne en intervention » [plutôt que des véhicules qui couteraient moitié moins chers]. Le représentant syndical s’étonne par ailleurs que l’on ne réponde pas favorablement à leur requête, alors que dit-il : « certains cadres du Sdis ont eu des primes de 600 euros par mois qui sont entrées dans leurs fiches de paie de manière quasi-définitive… En attendant, nous les pompiers qui montons dans les camions, on a rien pour bouffer ». Et de rajouter que le maire de Tresques et directeur du conseil d’administration, M. Pissas, visé par les pompiers alésiens, organisait ses vœux à la population pour 2012 ce vendredi soir. Une cérémonie dont Laurent Doudoux souligne le coût supposé important, de l’ordre de « 20.000 euros » d’après ses estimations. Une somme, si elle est vérifiée, qui est certainement sans rapport avec cette polémique, mais qui ne trouve de raison que dans la colère des pompiers, et la triple casquette d’Alexandre Pissas, directeur du conseil d’administration du Sdis, conseiller général de la majorité de Damien Alary, et maire de Tresques.

Le Lieutenant-colonel Bailly nous a expliqué sur place que les opérations se déroulent normalement, durant cette grève, mais qu’il y a bien un impact lié à la réduction d’effectif (pendant la grève), et l’on comprend que la tension est bien là entre les « opérationnels » et certains officiers.

De sources proches de l’administration du Sdis, il nous a été précisé qu’il n’existait « aucune participation de ce type [2,50 euros par jours] avant 2005 », date à laquelle on a instauré une participation du Sdis de l’ordre de 2 euros, puis 2,50 euros en 2007, soit « une augmentation de +25 % », dévolue aux repas des pompiers en garde qu’ils soient volontaires ou professionnels. « Peu de Sdis proposent cela », d’après cette même source. Et concernant la revalorisation réclamée selon le coût de la vie, « cela devrait représenter 20 centimes d’euros par ticket restaurant en plus », et ce serait à l’étude. Et la raison pour laquelle un système de tickets est mis en place désormais ferait suite à l’intervention du payeur départemental qui a précisé que « la situation précédente n’était pas légale », lorsque les pompiers percevaient une somme équivalente à la participation du Sdis aux prises de repas de manière directe.

"il y a deux à trois conflits par an sur le département avec les pompiers"

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L’autorité administrative serait par ailleurs exaspérée de cette situation de crise, au vue des avantages dont profiteraient les pompiers professionnels : « l’un des meilleurs statuts social en France, une caserne conçue en 2000 et améliorée en 2010 [avec un plateau sportif, une piscine, un terrain de beach-volley], un régime d’indemnisation maximum, un total annuel de 1.512 heures de travail ». Le cadre de l’administration nous précise : « ils [les pompiers professionnels]  viennent 126 fois à la caserne », dans l’année. Par ailleurs, une convention aurait été signée entre la caserne d’Alès et le centre hospitalier pour la prise des repas, en 2005, comme leurs collègues gendarmes ou le personnel hospitalier notamment (avec un coût de 2 euros pour les pompiers par repas). Une convention qui aurait été dénoncée par les soldats du feu en raison d’une mauvaise qualité de la nourriture, d’après l’administration.

Autre argument évoqué par le Sdis pour expliquer l’absence de réponse favorable aux pompiers à ce jour : les difficultés financières auxquelles doit faire face le département, avec « une visibilité à deux ans, un problème de déficit public à gérer […]. Alors on essaie d’être cohérent […] dans un contexte économique et social tel, avec un département placé 2e ou 3e en terme de charge par habitant ».

Ce que l’administration déplore concerne : « la dégradation des locaux » [pour cette grève], du fait de tags, et d’entassement et de dégradation de casiers de vestiaires notamment. Et toujours d’après une source proche de l’administration du Sdis, lorsque l’on évoque la singularité de la mobilisation des pompiers, on nous répond au contraire qu'« il y a deux à trois conflits par an sur le département avec les pompiers. Cela devient très difficile à gérer ces revendications sociales ».

Si le dialogue ne s’installe pas, la grève pourrait donc se durcir. Alors, les grévistes alésiens comptent aussi sur la mobilisation des élus de la majorité du conseil général locaux, Jean-Michel Suau, et Jacky Valy, qui ne se sont pas manifestés auprès d’eux jusque-là. Par ailleurs, les syndicats de pompiers pourraient saisir la juridiction administrative au sujet des conditions de réquisition des pompiers grévistes, qui devraient, d’après eux, être réquisitionnés 72 heures à l’avance, par le préfet.

Suite : Article du 14/01/2012 ALÈS, GRÈVE DES POMPIERS : « REPRISE DES NÉGOCIATIONS »

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