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QUAND LA PRESSE S’EMPARE DE L’HISTOIRE DE MARINE, UNE LYCÉENNE MALADE ET DÉSCOLARISÉE

Depuis quelques jours, Marine et ses parents racontent leur "enfer" dans les colonnes des journaux locaux, régionaux et nationaux. Photo S.Ma

Depuis près de deux semaines, les médias locaux, régionaux et nationaux défilent dans la charmante petite maison située à Bagnols-sur-Cèze, des parents de Marine. « C’est la radio France Bleu qui est venue en premier. Et puis il y a eu Vaucluse Matin, France 3, Europe 1, Le Parisien» raconte la maman de celle qui a suscité l’intérêt de la presse. Ce n’est pas une starlette du monde artistique ou une nouvelle « pseudo » icône de la télé-réalité. Non, Marine, c’est une jeune fille de 17 ans, on aurait envie de dire comme toutes les jeunes filles de 17 ans, le sourire impeccable, le regard malicieux, des bulletins scolaires prestigieux et la conversation facile en plus peut-être. Mais cela, ce n’est qu’une apparence. Car très vite, son dossier médical est posé sur la table. Un dossier médical sur lequel est écrit en gras « maladie auto-immune associant le syndrome Sjören et syndrome de Raynaud ». Quèsaco ? Pour rester simple, le système immunitaire de Marine est hyperactif. Ce qui la fatigue énormément. "Il y a des matins où Marine ne peut même pas se lever, où elle n’arrive même pas à parler. C’est comme si son corps ne répondait plus."

Difficile dans ces conditions d’avoir une vie "normale". À 17 ans, les jeunes gens  passent une grande partie de leur temps au lycée, baccalauréat oblige. Certains voient cet examen comme une corvée. "Pour moi, c’est très important, il ne me reste plus que ça" confie Marine qui voudrait devenir professeur de philosophie.  Oui mais voilà, à ce jour, la jeune fille n’a toujours pas confirmé son inscription pour l’examen de 2012. En cause, un couac avec le lycée Albert Einstein à Bagnols-sur-Cèze.

Le Projet d'accueil individualisé jugé "trop contraignant" par l'établissement

C'est en 2010 que commence le bras de fer avec son établissement scolaire. Après avoir étudié une année durant par correspondance -- un peu par obligation à cause de sa maladie, un peu aussi parce que la jeune fille en avait marre des remarques désobligeantes infligés par les élèves de son ancien collège -- Marine a voulu réintégrer une classe à proprement parler. "Rester chez moi, ça a été difficile. Je suis quelqu'un qui attache beaucoup d'importance au lien social et là je n'en avais aucun. J'ai supplié mon médecin de m'autoriser à m'inscrire dans un lycée pour ma rentrée en première." Les négociations terminées, Marine a finalement obtenu l'accord de son médecin pour un "mi-temps" dans un établissement scolaire. Un aménagement d'horaires possible grâce au Projet d'accueil individualisé (PAI).

À son inscription la jeune fille accompagnée de ses parents, explique la situation au proviseur du lycée Albert Einstein à Bagnols-sur-Cèze qui "ne voyait alors aucun inconvénient à faire appliquer aux enseignants le PAI". Ce qui permet à Marine de pouvoir récupérer les cours manqués grâce à l'utilisation de "photocopies, de dictaphone de clé USB etc". Mais rien ne se passera comme prévu.

"La première année, un seul enseignant a joué le jeu. Et comme par hasard, dans sa matière, Marine a été la meilleure de sa classe. Les autres trouvaient que c'était trop contraignant et qu'ils avaient assez de travail comme ça" lance sa maman avant d'ajouter : "Certains se sont même acharnés sur Marine, d'autres ont osé dire aux autres élèves que Marine fabulait."

Au mois d'avril 2011, les parents de Marine écrivent une première lettre au proviseur du lycée, au Rectorat et au ministère de l’Éducation nationale, non pas pour se plaindre du comportement des enseignants mais pour demander des explications sur la non-application du PAI. Un courrier sans réponse. Les parents de Marine contactent alors leur avocat, Maître Patrick Caillet qui enverra une seconde lettre en juillet 2011. Puis une troisième au mois d'août. Le ministère répond enfin. "Il était écrit que notre demande avait bien été prise en compte et que le ministère attendait que Monsieur le proviseur fasse quelque chose. Bref c'était une lettre de politesse."  Car rien n'a changé.

Tant bien que mal, la lycéenne passe en terminale littéraire. Là encore, le PAI n'est pas appliqué. Dans le courant du mois d'octobre, la santé de Marine se dégrade, ses absences se répètent. Aucun cours ne lui parvient. Elle est déscolarisée tout en étant inscrite au lycée. Maître Caillet passe à l'attaque au mois de janvier 2012 et contacte la presse pour "faire bouger les choses". Et les choses ont un peu bouger. Si le proviseur n'a toujours pas répondu à la famille -- il n'a pas tenu non plus à répondre à nos questions, Ndlr -- l'Inspection académique du Gard a, elle, adressé une lettre à Marine, dans laquelle il lui est proposé de redoubler sa première, "c'est-à-dire de lui faire perdre deux ans. C'est inacceptable, s'indignent les parents de Marine. Ça suffit, il faut que le PAI soit appliqué, c'est un devoir, une obligation. Jusqu'à présent nous avons essayé d'être conciliants, nous n'avons jamais porté plainte, mais on ne nous a pas écouté."

Alors voilà, soutenus par leur avocat, Marine et ses parents engageront dès la semaine prochaine une procédure au tribunal administratif de Nîmes, à l'encontre du proviseur mais aussi des enseignants qui n'ont pas appliqué le PAI alors qu'ils en avaient l'obligation, contrat signé à l'appui. "Nous voulons servir d'exemple à ces familles qui sont dans la même situation que nous et qui ne savent pas quoi faire." D'ailleurs, suite au premier article paru dans Objectif Gard (ce n'est pas nous qui le disons mais Maître Caillet), une maman, de Bagnols-sur-Cèze aussi, a contacté l'avocat parisien pour lui témoigner son expérience aussi "catastrophique concernant un PAI" dans un collège de la région. Les parents de Marine ont créé une association pour regrouper toutes les familles ayant les mêmes problèmes de scolarité liés à une situation de handicap. Pour les contacter : enferscolaire@gmail.com

Lettre de l'Inspection académique du Gard daté du 17.01.2012

 

 

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3 réactions sur “QUAND LA PRESSE S’EMPARE DE L’HISTOIRE DE MARINE, UNE LYCÉENNE MALADE ET DÉSCOLARISÉE”

  1. Bonjour….
    Je souhaite simplement apporter mon soutien et souhaiter « bon courage » à Marine et tous les enfants qui sont dans le même cas…!!!Merci

  2. Bonjour,
    Merci beaucoup pour votre message qui sera surement vu par la maman de la petite Marie, âgée de 12 ans, qui vit le même cauchemar. Marine

  3. Malgré le discours de Dominique Baudis, publié sur ce site, qui se veut rassurant, nous le qualifions d’incohérent par rapport à la réalité vécue par de nombreuses familles. Une association se crée pour que chacun ne reste pas seul face à ces institutions totalement irrespectueuses envers nos enfants. A ce jour, plusieurs d’entre eux sont ou ont été plongés en dépression, voir déscolarisés par un système éducatif qui, trop souvent, ne les accueille pas comme il se doit ; ne respecte pas et va même jusqu’à bafouer les mesures ministérielles justement élaborées pour témoigner de l’évolution de la prise de conscience face au handicap.
    Pour que tous ces enfants qui se sentent coupable à tort ne soient plus seuls, contactez l adresse :

    enferscolaire@gmail.com

    Merci pour eux !!!
    N’oublions pas que cette situation concerne l’ensemble du territoire national !

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