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GARD : VIANDE HALAL, UNE POLÉMIQUE AURAIT-ELLE LIEU D’ÊTRE ?

Marine Le Pen persiste. Elle soutient que 100% des abattoirs de bœufs de la région Ile-de-France pratiquent l'abattage selon les prescriptions commandées par la religion musulmane, et que "40 à 45% de la viande consommée en Ile de France provient de ces abattoirs".

De son côté, Nicolas Sarkozy, qui a fait une visite du marché de Rungis ce mardi 21 février, a contesté les allégations proférées par la « leader » frontiste, les professionnels de la viande déclarant que la proportion de viande halal est de 2 % en Ile-de-France.

Dans le Gard, qu’en est-il sur la traçabilité et le mode opératoire ? Y a-t-il des risques sanitaires ?

M. Gaussen, secrétaire administratif du syndicat de la coopérative des bouchers, au Marché Gare de Nîmes reste sur le droit fil de la dernière déclaration officielle de la Confédération Française de la Boucherie (CFB). Celle-ci se dit « résolument hostile à une extension, même contrôlée, de l’abattage sans étourdissement préalable ». Le syndicat des bouchers s’inquiète qu’une telle dérogation à la loi européenne sur le sujet aboutisse à une sorte de règle générale. La CFB parle même de « risques sanitaires », liés à la plaie qui fait suite à l’abattage rituel et qui pourrait contaminer la carcasse.

Qu’en est-il pour le directeur de l’abattoir d’Alès, Jack Pagès ? Rappelons qu’il s’agit du seul site du Gard, hormis le Vigan qui (pour cette dernière) a préservé une toute petite production avec l’aide des collectivités, mais qui a failli fermer ses portes.

M. Pagès a trouvé sa solution « pour gérer l’abattage rituel ». Il applique une politique tarifaire spécifique, basée « sur le surcoût » que cela impliquerait pour lui. Sur les 6.000 bovins abattus à Alès, et 40.000 agneaux chaque année, on compte 30 % de bovins (1800 bêtes) et 40 % d’ovins (16.000 bêtes) qui sont destinés à produire de la viande Halal.

Pour le directeur de l’abattoir, ce circuit de distribution n’est pas négligeable économiquement, mais il reste limité à « ceux qui veulent vraiment de la viande Halal », le tout « filtré » par cette politique tarifaire (4 cents et demi supplémentaire par kg pour le bœuf et 2 cents et demi par kg d’agneau).

De plus, le marché de la viande Halal, même s’il n’est pas négligeable, ne représente pas la majorité de la production de M. Pagès, et n’est pas seulement distribué dans le Gard. Notons que cela concerne quelques boucheries musulmanes qui viennent se fournir directement et un grossiste sur les cinq qui viennent à Alès pour distribuer leurs produits en Ardèche, dans le Vaucluse, dans l’Hérault (jusqu’à Sète) et dans les Bouches-du-Rhône (jusqu’à Marseille).

"Je ne pense pas qu’il y ait de risques sanitaires"

A propos du risque sanitaire évoqué par la CFB, M. Pagès se veut rassurant : « Je ne pense pas qu’il y ait de risques sanitaires. Je n’y crois pas. D’ailleurs, les autorités sanitaires seraient déjà intervenues dans ce cas-là. »

Techniquement, le directeur de l’abattoir explique que le risque est lié à la souillure de la carcasse, suite au tranchage de la gorge de la bête (abattage sans étourdissement préalable). Or, la partie de la viande souillée « est levée » nous dit-il, précisant, qu’en plus, « on ne va pas laisser une carcasse ensanglantée, pour la vendre ». D’autre part, la lame qui sert au cérémonial religieux (utilisée par les sacrificateurs agréés par la Grande Mosquée de Paris) n’est utilisée que pour cette opération et non pour la découpe.

Pour Jack Pagès, le seul « problème » de l’abattage sans étourdissement demeure la « protection animale », ce que relaie également la confédération nationale des bouchers, qui se dit « attachée à :
- Un élevage sans hormones, sans OGM et sans farines animales
- Un transport des animaux vivants respectueux de leur santé
- Un abattage après étourdissement, conformément à la loi. »

La défense de la cause animale semble finalement plus crédible à s’attaquer à cette question, comme elle le fait depuis des lustres (et pas uniquement sur les conditions d’abattage rituel) que ceux qui s’inquièteraient de réels risques sanitaires à l’échelle du pays.

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Réaction d’Abdalah Zékri (Il est président de la Fédération Régionale Sud-Ouest de la Grande Mosquée de Paris, chargé de mission au Conseil Français du Culte Musulman) :

"C’est une polémique stérile qui n’apporte rien, si ce n’est de désigner d’autres responsables de la crise que nous vivons actuellement, et de servir des intérêts électoraux [en période de campagne présidentielle, NDLR]. Le fonds du problème n’est pas l’abattage, et d’ailleurs, une précédente polémique était née avec l’intervention de Brigitte Bardot sur la « souffrance animale ». [Sur cette dernière polémique] C’est de la politique de bas étage."

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