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NÎMES : UN COLLOQUE SOUS HAUTE TENSION

Photo © objectifgard.com / MA

Ce samedi matin, s’ouvrait le colloque historique franco-algérien sur « La fédération de France du FLN (1954 – 1962), un évènement qui a fait tant polémique, et qui a tenu déjà ses « promesses » (malheureusement) dans la rue dès ce samedi matin, avec la présence de nombre d’associations défendant la cause des Harkis localement et au-delà, des dits « rapatriés », d’autres parleront « d’exilés » dans un climat de grande tension, mais sans drames finalement. Les élus n’étaient pas en reste. De tous bords, arborant leur écharpe tricolore. Avec une présence plus ou marquée dans la durée, nous avons noté celles de Jean-Paul Fournier, sénateur maire UMP de Nîmes et de Yvan Lachaud, député Nouveau centre, Franck Proust, député Européen UMP, Thierry Procida, conseiller général du Nouveau Centre et Laurent Burgoa (UMP), mais aussi Jacques Bourbousson, maire de Beaucaire (Parti Radical), Julien Sanchez (Conseiller régional FN)... Qui n’était pas là pour soutenir l’organisation du colloque apparemment. Un évènement qui leur offre aussi la possibilité de « mettre au pilori » le conseil général du Gard, dirigé par Damien Alary qui a mis à disposition la salle de l’auditorium à un collectif de 9 associations, dont celle de l’organisateur, l’ancien député communiste du Gard, président fondateur de l’association France - El Djazaïr, Bernard Deschamps. Une démarche de mise à disposition de salle comme elle peut l’être pour d’autres évènements passés et à venir, comme le département l’avait déjà rappelé, sans aucun soutien d’ordre financier, et sans la présence du président du Conseil général. Celle-ci était-elle prévue avant cette polémique ? Nous ne le saurons sans doute jamais.

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Cependant, M. Deschamps a rappelé que ce colloque « était prévu depuis un an. Il a été validé l’année dernière, et des centaines de milliers de programmes ont été distribués fin décembre 2011, à la suite d’une conférence de presse. Or la polémique est apparue seulement à la mi-février 2012 », s’étonne-t-il. D’après lui : « c’est une récupération politique ». A l’intérieur, c’est salle comble, avec 270 personnes assises environ, dans une ambiance plus feutrée. Au départ, l’entrée était libre. C’était toujours le cas ce matin, sauf qu’il « fallait montrer patte blanche », avec un système de laisser-passer réclamé par la préfecture, qui, elle a mobilisé plusieurs cars de CRS, et le DDSP par intérim, le commissaire Janas était aussi sur le pont, afin de maintenir le calme devant l’entrée du bâtiment de la rue Guillemette, qui fait face à la préfecture et à l’hôtel du département, où se sont massés environ 500 personnes vers 10h30 (d’après les policiers en poste). Quelques débuts d’échauffourées naissent ici et là, lorsque notamment Elie Aboud, député de l’Hérault (Bézier) se fait refuser l’accès par les forces de l’ordre, entre deux "FLN, assassins", lancés par la foule. Puis, une minute de silence de la part d’une majorité de Harkis et de membres de la communauté « Pieds Noir » ou ayant vécu cette guerre d’Algérie, avant de scander la Marseillaise en chœur.

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Une confrontation à l’intérieur de celle de l’évènement : Mathieu Arrag, coordinateur du mouvement Harkis dans le Gard qui nous précise avoir rencontré Bernard Deschamps, enregistrement à l’appui, au cours duquel ce dernier reconnaitrait être « anti-Harkis », ce que M. Deschamps, rencontré peu après, dément formellement, précisant qu’il avait effectivement parlé avec M. Arrag, « durant plus d’une heure par téléphone ». Et M. Arrag d’ajouter que « organiser à Nîmes la glorification des tueurs du FLN est une odieuse provocation » et qu’il pourrait le tenir « à Alger, où il séjourne plusieurs fois chaque année ». A cela répond le président de « France - El Djazaïr », « oui, je suis bien accueillis en Algérie. Pour ce qui est de ce colloque, il y a des blessures qui ne se referment pas, parce que nous n’en parlons pas ». Il ajoute que dans la salle sont présents : « des gens qui sont des rapatriées, il y a des Harkis qui ne sont pas forcément d’accords avec notre façon de voir les choses ». Bernard Deschamps apporte, pour conforter son propos sur l’objet véritable de ce colloque, le nom d’historiens présents pour l’occasion, gage du caractère « scientifique » et non politique du rendez-vous : notamment Linda Amiri, doctorante (prix 2007 de la fondation de la Treille), Emmanuel Blanchard (Historien, Maître de conférence à l’Université de Versailles) ou Didier Lavrut (Professeur d’Histoire au lycée Daudet à Nîmes qui prépare une thèse sur le Gard en guerre d’Algérie). Pourtant, en croisant M. et Mme Saissac, professeur d’Histoire et d’Education Sportive, tous deux opposés à ce colloque, et partie prenante de l’histoire des rapatriés, parle d’avantage « d’exilés » : « il n’y a pas eu d’opération de rapatriement. Il fallait payer son voyage pour venir en France. A l’époque, la France ne se doutait pas qu’il y aurait plus d’un million de personne que feraient ce retour ». Quant au choix de la date du colloque, que M. Deschamps voulait proche de la signature des accords d’Evian (le 18 mars 1962), c’est justement ce qui met en colère Mme Saissac, qui, en tant qu’historienne, rappelle qu’après la signature du 18, et le cessez le feu le 19, « il y a eu encore plein de massacres. Certains même n’ont pas été tous inscrits sur le mur des disparus, à Perpignan. Ce n’est pas un anniversaire pour nous ! », s’exclame-t-elle avec émoi, soulignant également l’épisode du « massacre de Melouza » contre les 300 habitants musulmans du village de Melouza (Mechta-Kasbah) en 1957, composé d’habitants qui auraient soutenus le mouvement indépendantiste MNA, rival du FLN.

Bref, la discussion dans un climat apaisé tant réclamé par les organisateurs du colloque n’est pas prête de s’instaurer. Une lueur d’espoir en local ? M. Deschamps nous a précisé qu’il avait accepté l’invitation de M. Arrag, à Saint-Laurent-des-Arbres (Gard), sur le lieu où un camp de Harkis jouait le rôle de  camp de transit et de reclassement entre 1962 et 1976.

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2 réactions sur “NÎMES : UN COLLOQUE SOUS HAUTE TENSION”

  1. Bonjour,
    Je prends connaissance de cette malheureuse manifestation par le biais de votre site, quoique voisin puisque résidant en Uzège.
    C’est le cœur plein de tristesse que je me permets cette intervention pour vous dire que notre communauté n’aura jamais ce repos qu’elle est en mesure de se voir accorder depuis cinquante années maintenant que durent ces « provocations » qui tournent parfois au « racisme » si on devait qualifier ces exactions de jugement.
    Nous n’étions qu’un petit peuple travailleur et curieusement plus à gauche (socialiste) qu’à la droite où l’on nous a tellement cantonné que nous nous y sommes installés depuis et de plus en plus, face à ces agressions.
    L’Algérie n’était pas l’Afrique du Sud et ses ghettos (ce qui aurait peut-être changé le cours de l’Histoire de ce pays et la notre par voie de conséquences) et notre peuple s’est soulevé comme un seul homme au moment où il a compris que « 2gaulle » et ses sbires nous abandonnaient lâchement. Ce qui a constitué le mouvement d’auto-défense général qui a rallié spontanément les rangs de l’O.A.S. qui représentait alors, la seule force d’intervention qui pouvait nous défendre contre le F.L.N. que l’on veut glorifier aujourd’hui, quand il a prouvé par ses comportements, tant contre nous les Pieds-Noirs/Harkis que contre son propre peuple, sa capacité de barbarie.
    Comment réagirions nous si quelqu’un voulait fêter à Oradour/Glane (87) la bravoure de la Waffen SS… qui laissa plus de six cents quarante deux cadavres derrière elle le 10 juin 1944 ?…

    Merci de m’avoir accordé votre attention.
    Un Pieds-Noirs fatigué, mais toujours fiers de l’être.

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