NÎMES : 18 ARBRES À ABATTRE !

Photo © objectifgard.com / MA

Dans le cadre des travaux de l’Esplanade sur l’avenue Feuchères, à Nîmes, et notamment l’entrée du parking sous-terrain (la trémie), la municipalité avait lancé un appel d’offre dans le cadre d’un marché à bon de commande ; un marché que décroche Francis Maire, en tant qu’expert, arboriste conseil, « il y a trois-quatre ans », nous confirme-t-il.

Ce jeudi après-midi (15 mars 2012), malgré le public assis dans la salle des mariages de la mairie de Nîmes, qui compte quelques résidents et « défenseurs » des arbres (isolés), la sentence est tombée, d’ici peu une vingtaine de platanes tomberont , expertise à l’appui. En cause, une satanée maladie du nom barbare de Ganoderma Adspersum, ou « ganodermes », des champignons qui touchent les arbres « quelques soient les régions, un peu partout en France » nous révèle M. Maire, mais avec une spécificité contre laquelle aucun remède ne serait efficace : la destruction de la structure du bois et la perte de résistance, due à une sorte de pourrissement sous l’action du champignon. La résistance de ces arbres plantés avenue Feuchères, est calculée selon un rapport savant (t/R) qui se vérifie après sondages du tronc des arbres. En dessous de 0,33, l’expert rapporte que « l’on considère que l’arbre entre dans une « zone » où les risques de verse sont patent ». Photos à l’appui sur l’état de marronniers ou de platanes, l’état de décomposition du bois de ces arbres fait froid dans le dos, laissant des trois béants dans le bois. Mais pas autant que le risque que courrait le maire de la ville Jean-Paul Fournier en cas d’accident. Il se refuse donc à ce que quelqu’un ne perde la vie suite à la chute d’un de ces arbres. Et apprend-on de la part de l’expert, « c’est déjà arrivé à Strasbourg par exemple il y a peu ». On notera que le poids moyen d’un des platanes « altérés » se situe autour de 10 tonnes ! Cela laisse entrevoir les dégâts potentiels.

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Une première expertise datant d’août 2011 prévoyait « 17 arbres à abattre », une contre-expertise datant de cette année vise « 18 arbres » nous rappelle-t-on.

800 à 1.000 euros par arbre abattu

Côté coût : cela s’évalue autour de 800 - 1.000 euros par arbre à abattre d’après Christian Guigue (directeur des Espace Verts pour la ville de Nîmes), sachant que ces spécimens seront remplacés par d’autres élevés en pépinière, auxquels s’ajouteront 13 nouveaux platanes, ce qui permettra un « réalignement » de l’ensemble des deux lignes de 64 arbres transplantés en 1995, qui ont déjà perdu des spécimens atteints et qui ont laissé 24 emplacements vacants.

Francis Maire, par un rapide retour sur le contexte historique d’implantation de ces platanes, souligne une grave erreur faite à l’époque qui ne devrait pas être réitérée ici, avec de nouveaux arbres de « 40 cm de circonférence seulement [calculé à 1m30 du sol] » comme a prévenu Jean-Paul Fournier : « ce type de transplantation est très traumatisant pour les arbres et 16 ans après on peut en voir les conséquences […] dues essentiellement aux grosses plaies » effectuées à l’époque, comme l’analyse Francis Maire. Par ailleurs, l’expert arboriste ajoute à propos de « ce qu’il n’aurait pas fallu faire », que « 80 % du système racinaire demeure dans le sol d’origine », d’où l’immense fragilité de ces arbres qui n’attendront pas l’effet de rafales de vents pour chuter, alors que ces « trop gros spécimens » avaient prélevés au bord de route dans le Vaucluse. De plus, autre « erreur », « ces arbres étaient implantés de façon trop profonde, au-delà de 30 cm », ce qui augure une trop grande souffrance en termes d’oxygénation du système racinaire apprendra-t-on.

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Les deux, trois opposants qui se sont exprimés parmi la dizaine de personnes présentes ont eu beau interpeller l’expert qui s’est volontiers prêté au jeu des questions-réponses,  notamment sur ce qu’il définissait comme « altéré, légèrement altéré ou très altéré », le risque de voir un de ses arbres tomber inopinément, alors que l’on peut en réimplanter d’autres, semble trop important pour ne pouvoir s’y résoudre. Le sénateur-maire répond de son côté à une réaction d’une opposante à l’abattage : « Quel intérêt aurais-je d’abattre des arbres par plaisir ? J’aimerais aussi que mes petits enfants puissent profiter d’arbres implantés dans l’avenue Feuchères dans quelques année, et c’est pour cela que, dès maintenant il faut en mettre de nouveau ».

Et pourquoi les prochains ne risqueraient-ils rien ? Une réponse d’expert : « les vieilles racines et toutes les matières organiques des anciens arbres seront retirées des fausses d’origine » pour accueillir de nouveaux arbres sains, élevé en pépinière.

A noter que 21 arbres « moyennement atteints » par le Ganoderma Adspersum seront finalement conservés, mais « mis sous surveillance ». Ils semblent qu’ils soient à plus ou moins brève échéance condamnés aussi.

Pas de date officielle d’intervention pour abattre ces 18 arbres, même si le sénateur-maire de Nîmes a lâché un « très rapidement », évocateur qui pourrait sous-entendre une semaine ou deux, sachant qu’une réunion a tout de même lieu la semaine prochaine, avec les détenteurs du marché public qui se rapporte à cette intervention. Les 18 remplaçants et 13 nouveaux, seront implantés, quant à eux, « à l’automne », période idéale pour « la reprise ».

Étonnement, parmi le public présent, Maurice, résident à Saint-Cézaire dit qu’il n’est « pas rassuré. Il aurait fallu en abattre davantage »[sous-entendu les 21 atteints moyennement par la maladie]. Ces arbres peuvent être menaçants pour tout le monde. Il n’y avait donc pas que des "anti-abattage" dans la salle.

Info Plus :

Les nouveaux arbres implantés avenue Feuchères à Nîmes seront ceux qui sont préconisés par l’INRA pour prévenir une maladie qui n’est pas encore apparue dans la région : la maladie mortelle du chancre coloré du platane.

Par ailleurs, le procédé d’investigation pas le sondage utilisé ici s’inspire de la méthode V.T.A (Visual Tree Assessment ou Evaluation Visuelle de l’Arbre) mise au point par un physicien allemand de l’université de Karlsruhe, le professeur Klaus Mattheck.

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