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NÎMES : Le « cri du cœur » des quartiers lors de la visite de François Lamy

Photo © objectifgard.com / MA

Ce jeudi 24 mai 2012, le nouveau ministre délégué chargé de la ville, François Lamy, qui s’était rendu à Nîmes, il y a peu au côté de Martine Aubry (à la mi-mars), alors en campagne, a fait son retour dans la capitale gardoise, une semaine après l’installation du nouveau Gouvernement Ayrault. Une visite ministérielle en chassant une autre, Maurice Leroy, remplacé par François Lamy, les mêmes problématiques se posent aujourd’hui avec la poursuite la mise en œuvre du PNRU (Plan National de Rénovation Urbaine), approuvé par l’ANRU (Agence Nationale Pour la Rénovation Urbaine.

D’ailleurs, le ministre de la ville a annoncé, devant la presse, « qu’il ne fallait pas faire de rupture », mais qu’il fallait « corriger » certaines choses qui avaient déjà été mis en œuvre. II a rappelé qu’il était là pour évaluer sur le terrain, alors que le Gouvernement « commence à prendre des décisions », comme il venait de le faire dans le Val d’Oise, puis « dans l’Aude cet après-midi ».

Le membre du premier Gouvernement de François Hollande, a souligné les problèmes que connaissent les quartiers comme celui qu’il a visité ce matin, à Nîmes, Pissevin, et que les membres des associations ou habitant ont, tout au long de son chemin, rappelé : problème de sécurité, disparition des services publiques, délabrement de l’habitat. Il a de suite prévenu, sur le ton de la prudence : « je ne vais pas promettre la lune, je sais que c’est complexe (d’un point de vue juridique, administratif…) », qualifiant la situation des bâtiments à reconstruire, concernant des logements qui sont en partie gérés en copropriété et par des bailleurs sociaux, ce qui réclamerait des préemptions. Des impasses juridiques qu’il faudrait contourner.

Mais il s’agit de difficultés auxquelles le quartier de Pissevin, est confrontés depuis déjà longtemps, les deux collèges Condorcet et Diderot cristallisant le phénomène de détresse, ressenti dans ces quartiers, Nourredine Boubaker, qui a participé au rapport Territori, rappelant que ces deux établissements « font partis des collèges les plus en difficultés ».

Comme lors de précédentes visites ministérielles, le parcours balisé entre 9h et 11h, entre la présentation des projets de rénovation des logements sociaux d’Habitat du Gard, de la Place Corot à la galerie commerciale Richard Wagner et ses copropriétés dégradées, où une femme résidente rappelle qu’elle est passée en tant que propriétaire de 700 euros à 1100 euros de charges, alors qu’elle n’a plus de gardien, plus de service assuré pour le nettoyage et la surveillance, et jusqu’au lieu de réunion de travail avec les responsables territoriaux et associatifs sur la « requalification des quartiers », des interventions improvisées de citoyens et d’habitants de Pissevin, souvent représentants associatifs se sont fait sentir, comme une sorte de ras-le-bol, de cris du cœur, au regard d’une situation qui ne s’arrange pas, même à la suite de ces visites de membres de divers gouvernements.

Photo © objectifgard.com / MA

Même s’il garde espoir, Hocine Drouiche, président de l’association Conseil des habitants de Pissevin, Doctorant à l’institut Européen des Sciences Humaines à Paris, et résidant du quartier depuis 8 ans, qualifie ce type de réunion de manière très éloquente : « des réunions qui donne de l’espoir, des Wishfell Thinking », comme un « espoir au-dessus des nuages » dit-il. Il avait introduit son propos, en fin de réunion, se définissant comme « prisonnier des quartiers ». Un échange au cours duquel aucune association n’a été consultée directement, du fait du planning serré du ministre, qui reprenait un avion en direction de Narbonne, dans le cadre de la même mission, mais aussi après les multiples interventions d’élus, ou techniciens et observateurs directs. Comme l’exprimait M. Drouiche, il a fallu imposer sa parole. Une démarche surprenante, que M. Lamy a compris, lui qui a laissé s’exprimer les associations, finalement, mais qui n’ont pas eu la primeur de l’évènement, laissant certainement l’expression, hormis celle de M. Boubaker (chargé de mission pour le rapport Territori, rendu au préfet de région en mai 2011, concernant l’analyse de la situation de divers quartier de la région dont Pissevin à Nîmes) ou Jean-Marie Marconot, sociologue et écrivain nîmois, aux élus, à la veille d’une campagne législative, régler certains compte manifestement avec la ville de Nîmes et sa communauté d’agglo, Yvan Lachaud se retrouvant quelque peu « isolé » pour le coup.

Salima Saha, présidente de l’association Agir ensemble, ayant vécu 5 ans à Valdegour et 11 ans à Pissevin, a notamment pris la parole inopinément pour lancer un cri d’alarme : « les jeunes sont livrés à eux-mêmes. On leur propose maintenant des filières professionnelles. Mais qu’est-ce qu’ils pourraient espérer d’autre ici », dit-elle.

Une autre souligne qu’à chaque nouveau Gouvernement : « on ne sait pas à quelle sauce on va être mangé ». De même, un autre représentant du quartier de Valdegour celui-ci, qui rappelle qu’il était présent lors des visites ministérielles précédentes (« deux visites en moins d’un an ») : « on attends beaucoup de vous. Il faut de la sécurité. Il n’y aura aucun développement économique sans sécurité, avec des leviers autour du sport, de la culture. Les services publics déménagent petit à petit. Il faut les garder », témoigne-il.

Rappelons que lors de la visite de Maurice Leroy dans ce même quartier, Damien Alary, ainsi que Denis Bouad, président d’Habitat du Gard, Bernard Auzon-Cape, conseiller général du canton Nîmes VI, délégué à la politique de la ville et Juan Martinez, conseiller général du canton de Beaucaire avaient unanimement boycotté le rendez-vous. Ils étaient tous présents lors de la visite de ce matin, comme lors de la réunion qui a suivi, Juan Martinez et Damien Alary déclarant que deux millions d’euros seraient injectés « au-delà de la compétence du département » pour la rénovation du quartier.

Photo © objectifgard.com / MA

M. Boubaker n’a pas manqué de souligner qu’il fallait « agir pour l’intérêt général », Yvan Lachaud qu’il ne s’agissait « pas d’un problème gauche-droite », François Dumas (vice-présidente de la région, et candidate dans la 1ere circonscription du Gard) a réclamé de ses vœux « une vraie mixité sociale » dans ces quartiers, Jean-Pierre Segonds (directeur de la DDTM du Gard) ayant déjà planché sur la question, sous peine d’échec de cette prochaine politique de la ville.

Ces paroles seront-ils suivis d’actes ? C’est ce qu’espèrent les habitants de ces quartiers qui semblent de plus en plus méfiants par rapport au discours politique. Un potentiel danger pour la démocratie…

Quid des intentions et du suivi de ce dossier complexe de la politique de la ville, dont les techniciens présents expliquent qu’elle ne peut être LA solution à toutes les situations locales ? François Lamy a déjà donné rendez-vous « dans quelques mois », lui qui se présente comme « un homme de terrain », et qui vient de démissionner de son mandat à la mairie de Palaiseau (Essonne).

Photo © objectifgard.com / MA

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Avant que la visite du ministre délégué à la Ville, François Lamy, ne se tienne, une levée de boucliers des parlementaires de Droite et du Nouveau Centre n’a pas manqué de se manifester, par voie de communiqué daté du 22 mai 2012. Jean-Marc Roubaud, Franck Proust, Jean-Paul Fournier (sénateur), Yvan Lachaud, Max Roustan, Etienne Mourrut ont soutenu que, s’appuyant sur un arrêté du préfet publié en mars dernier concernant le droit de réserve en période d’élections présidentielles et législatives :

 « Alors que vient de s’ouvrir la campagne officielle pour les élections législatives, François Hollande et son Premier Ministre ignorent ouvertement l’un des principes républicains qui garantit la neutralité de l’Etat en période électorale.

En envoyant à Nîmes leur Ministre de la Ville pour une visite « officielle », ils balayent du revers de la main la pratique républicaine dite « période de réserve » qui interdit à tout membre du gouvernement d’user des moyens de l’Etat pour un déplacement pendant la campagne officielle d’autant que celui-ci revêt manifestement un caractère purement électoraliste, aucune rencontre avec le Maire de Nîmes n’étant envisagée par le Cabinet du Ministre ».

[…]

« En utilisant les moyens de l’Etat au service de leur camp, ils montrent déjà l’usage qu’ils comptent faire du pouvoir que leur a confié le peuple français.

Nous exigeons du Président de la République nouvellement élu et de son Premier Ministre qu’ils respectent la République et annulent ce déplacement.

Pour ce qui nous concerne, nous saurons poser clairement la question de cette pratique inadmissible à la Commission Nationale des Comptes de Campagne lorsqu’elle sera amenée à examiner les comptes des candidats soutenus par le PS dans le Gard ».

Par ailleurs, en préambule du communiqué, les parlementaires ont lancé : « Jamais, sous la Vème République, un Président n’avait aussi ouvertement bafoué un principe républicain au lendemain de son élection ».

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