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NÎMES : AIDES soumet « à la question » les candidats aux législatives…

(de droite à gauche) après Mathieu Soulier (représentant PS), Ch. Cavard (EELV), Christophe Porot (AIDES Languedoc), Yves Verdeill (Front de Gauche), Hélène Yannicopoulos (Nouveau Centre), Ph. Berta (Modem), Denis Mercier (Front de Gauche) - Photo © objectifgard.com / MA

Hier soir, à Nîmes, dans une salle du centre Pablo Neruda, un débat militant organisé par AIDES, s’est tenu durant environ 2h30, en présence de cinq des forces politiques représentées pour ces législatives 2012. Il était question d’un échange franc et direct, à partir du thème : « Législatives : serez‐vous le candidat de la fin du sida ? »

Les membres du public présents n’ont pas hésité tout au long de la soirée à interpeller les représentants politiques, espérant rompre avec la « langue de bois », exercice privilégié sur la scène politique.

On retiendra tout de même l’absence remarquée, et regrettée par certains candidats, comme Philippe Berta pour le Modem, et Christophe Cavard pour EELV : l’Ump n’était représenté qu’indirectement, par l’intermédiaire d’Hélène Yannicopoulos-Alliez, député-suppléante d’Yvan Lachaud (élu sortant dans la 1ere circonscription du Nouveau Centre). Nous n’avons pas eu de confirmation des causes réelles de l’absence d’un candidat propre à l’Ump, sauf à oser imaginer que le sujet du Sida ne puisse intéresser le parti de la droite républicaine, dans le Gard. Franck Proust aurait été espéré nous dit-on. Un sujet qui ne semble pas répondre à une logique partisane pourtant.

Autre élément de forme à retenir, hormis Christophe Cavard et Philippe Berta, les autres candidats invités par AIDES étaient représentés par  leurs suppléants principalement. Françoise Dumas était sur un autre évènement, son représentant, Mathieu Soulier, jeune médecin généraliste, qui ajoutera qu’elle avait échangé antérieurement au débat avec AIDES.

Pour le Front National, ce sont les responsables de l’association AIDES qui ne les ont pas sollicités par choix délibéré. En cause, nous dit-on : « Le positionnement de Marine Le Pen n’est toujours pas clair sur le sujet, notamment par rapport à des déclarations de Jean-Marie Le Pen dans le passé. Il a prononcé des mots durs, comme ceux de « Sidatorium » pour les malades du Sida [qualifiés également de "sidaïques", NDLR] ».

Pourtant, comme le co-président de AIDES-Languedoc, Christophe Porot, l’exprimait en ouverture, en substance, de gros enjeux se dressent encore entre les malades du Sida et l’éradication définitive de l’épidémie, même si « l’espoir d’un monde sans Sida devient réalité » d’après l’organisation. Néanmoins, celui qui s’est voulu, hier soir à Nîmes, « le porte-voix des victimes du Sida » a rappelé que près de deux millions de personnes sont mortes à travers le monde en 2010[1,8 millions].

Photo © objectifgard.com / MA

AIDES, en tant qu’ « experts de la maladie » a voulu confronter les propositions des candidats, face au public, et face caméra, sur :

L’accès aux soins et moyens nécessaires pour enrayer l’épidémie

Santé publique et politique de répression

Conditions de vie « digne » pour les personnes condamnées (et plus largement les maladies chroniques) / Prise en charge

Les laboratoires pharmaceutiques n’étaient pas « à la fête » lorsqu’on écoutait le discours d’une majorité de candidats, de membre du public ou même de membres de AIDES, soulignant que le coût en France pour un traitement par la trithérapie équivaut à 1.500 euros par mois. La baisse des coûts pour le patient : un enjeu au cœur du débat, malgré quelques divergences de vue. Hélène Yannicopoulos (Nouveau Centre), sage-femme de profession, est revenu sur le déficit de la sécurité sociale que « l’on est parti pour faire payer à nos enfants et petits-enfants ». Il faudrait donc tabler sur un accès plus large à la mutuelle, et « réorganiser la politique de santé », d’après elle. Philippe Berta, (Modem), généticien, a souligné que le financement n’était pas « la seule solution » et qu’il fallait « trouver un équilibre financier » aussi pour les laboratoires. Par ailleurs, que les médicaments génériques pouvaient être une solution, mais pointe un risque potentiel : « les laboratoires pourraient les laisser de côté », pour cause de manque de rentabilité.

Pour Christophe Cavard (EELV) et  Yves Verdeil, médecin généraliste, qui représentait Sylvette Fayet (Front de Gauche), comme le suppléant de Martine Gayraud, Denis Mercier (Front de Gauche), la politique de santé publique ne devrait pas répondre à une logique purement financière. Pour les représentants d’extrême gauche, il faut « créer un pôle public de santé », marqué par un engagement budgétaire : « une augmentation de 14,5 milliards d’euros ». Sur la même idée, les représentants Front de Gauche parlent d’un « remboursement de 100 % des dépenses de santé », soulignant « la mission régalienne du pôle de santé ».

Photo © objectifgard.com / MA

La question de l’Aide médicale d’Etat (AME) est aussi évoquée, avec une quasi-unanimité des opinions des intervenants sur la nécessité de son maintien, voire de son élargissement, hormis la représentante du Nouveau Centre, précisant qu’on « ne peut accueillir tout le monde ». Les autres représentants, dont celui de Françoise Dumas pour le PS, souhaitent que tous les malades soient traités, sans papiers ou non de la même manière. Le représentant socialiste, précisant « au nom de la justice et de l’égalité » qu’il fallait parfois répondre à une urgence : prendre en considération des « réfugiés sanitaires, au même titre que les réfugiés politiques » qui n’auraient pas le même accès aux soins dans leur pays d’origine.

Sur la dépénalisation, sujet très polémique ces temps-ci après les déclarations de Cécile Duflot, Christophe Cavard dit « assumer » le choix de la dépénalisation en général. Mme Yannicopoulos est, elle, contre l’idée du tout répressif et la stigmatisation de certaines populations « à risque » comme les « travailleurs du sexe », ce qui accentuerait et aggraverait la situation, mais elle est « contre la dépénalisation du cannabis et des autres drogues ».

Le candidat d’EELV dans la 6e circonscription prétend que la pénalisation aggrave le problème, et « qu’il n’y a jamais eu autant de problèmes liés à la maladie du Sida et aux drogues que depuis le phénomène de répression et de pénalisation ».

Une chose est sure, quel que soit la couleur politique, une vérité apparaît clairement : la maladie ne connaît pas les frontières. Lorsqu’elle se manifeste, il faut la traiter. Certains des intervenants parlent d’intérêt général, d’autre de politique de santé… Mais la réalité demeure : 34 millions de personnes vivent avec le VIH. L’Afrique est la première région concernée, avec 23 millions de séropositifs, suivie par l’Asie du Sud et du Sud Est (4 millions) et l’Amérique Latine (1,5 millions). On observe ainsi le nécessaire « rééquilibrage » Nord-Sud à opérer.

Dans ce contexte, on peut avoir des doutes sur les possibilités, au-delà même de la seule volonté politique des futurs élus au Palais Bourbon, face aux logiques économiques des multinationales et grands groupes pharmaceutiques qui détiennent les brevets des traitements de lutte contre le Sida. Et dans une logique de rigueur budgétaire, le nouveau Gouvernement aura-t-il les coudées franches pour mettre en œuvre une politique de santé publique ambitieuse ? Les membres de l’association AIDES locaux, ne manqueront pas, nous dit-on, de rappeler à l’ordre ceux qui se seront engagés ce jeudi 7 juin 2012, à Nîmes.

Mickaël Attiach
mickael.attiach@objectifgard.com

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