POLITIQUE Les premières impressions des “bizuts” de la République
“C’était un peu comme une rentrée des classes. Celle où vous quittez le collège pour rentrer au lycée, chez les grands“. Recueillie sur les lèvres de Françoise Dumas, la vice-présidente socialiste du conseil régional LR qui a privé Yvan Lachaud (UMP/Nouveau Centre) d’un troisième mandat de parlementaire, cette observation suffit à elle seule à illustrer le sentiment – empreint à la fois de (légitime) fierté et d’émotion – partagé par les cinq nouveaux députés du Gard. Cinq “bizuts” de la République… sur six élus, sachant que le socialiste William Dumas, qui avait succédé à Damien Alary lorsque celui-ci accéda à la présidence du conseil général du Gard, est, lui, un habitué de longue date du Palais Bourbon. Et que cela fait belle lurette que ce fringuant sexagénaire ne s’égare plus dans la salle des pas perdus ou ne se laisse impressionner par les rouges velours de la salle des délibérations ! Du vu et connu.
Après avoir satisfait en fin de semaine dernière à toutes les démarches administratives et récupéré, soigneusement rangés dans une valise à roulettes, tous les attributs du parlementaire (papier à en-tête, cocarde, écharpe tricolore…) Françoise Dumas, Fabrice Verdier, Patrice Prat (PS), Christophe Cavard (EELV) et Gilbert Collard (FN) n’auraient manqué pour un Empire, la première séance de leur législature. Un moment inoubliable dans une carrière politique toute dévouée au service de la collectivité. Ainsi, ce lundi, après une matinée passée en conclave à préciser les attributions des uns et des autres et mobiliser les suffrages en faveur de Claude Bartolone, candidat du PS au perchoir de l’Assemblée nationale, les parlementaires gardois ont scellé le premier acte de leur mandature. Sous le regard de la benjamine de l’assemblée, Marion Le Pen-Maréchal (FN) que majorité des députés, majorité et opposition confondues, ont superbement ignorée. Au mieux, une poignée de main furtive. Au pire, un sourire crispé qui en disait long sur les ressentiments qu’inspire un parti d’extrême droite qui a joué les trouble-fête dans quelque 80 triangulaires. Sous les ors d’un hémicycle où ils étaient installés par ordre alphabétique en attendant de se voir affecter une place définitive dans les travées de leur groupe politique, tous et chacun ont attentivement écouté le discours d’ouverture du doyen d’âge, le député Scellier, avant de désigner à bulletins secrets, celui qui aura la lourde charge de diriger cinq années durant les débats législatifs.
Quatrième personnage de l’Etat (Président de la République, Premier ministre, Président du Sénat, Président de l’Assemblée nationale) même si le statut de député confère, au regard du protocole, plus d’égard que celui de sénateur, Claude Bartolone a donné du sens à sa fonction et montré le cap à suivre, sachant que la mer sera rarement d’huile et que c’est plus souvent sous le gros grain que l’équipage gouvernemental sera à la manœuvre. Les députés entreront dans le vif du sujet le 3 juillet prochain, avec le discours du Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, qui donnera réellement le ton à la session parlementaire qui se poursuivra un mois durant. Pour l’heure, les députés du Gard ont bien volontiers accepté de nous livrer leurs impressions sur leur première journée d’installation :

William Dumas en compagnie de Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, et d'Alain Taissère, secrétaire de la Fédération PS du Gard.
- William Dumas (député PS de la 5 ème circonscription) :“En tant qu’ancien, je connaissais le protocole et les fastes de la rentrée parlementaire. Toutefois c’est la première fois que nous étions si nombreux, il y avait beaucoup de nouvelles têtes à découvrir. Pensez que le groupe socialiste ne compte pas moins de 144 nouveaux venus ! Personnellement, je ne suis plus impressionné par l’hémicycle. Il faut dire que j’avais eu ma dose d’émotions en 2004 d’autant que j’étais alors tout seul, élu sur une élection partielle. Lorsque l’huissier m’a ouvert les portes de l’hémicycle, j’ai alors ressenti tout le poids de l’histoire. De la République, de la démocratie. J’ai été très touché par le discours de Claude Bartolone, il était très imprégné de ces valeurs qui me sont chères, à commencer par la laïcité, l’école de la République…”
- Françoise Dumas (députée PS de la 1 ère circonscription): “Au départ, je me suis sentie un peu perdue, comme dans un film, avec une joyeuse pagaille autour de moi. Depuis mon élection à l’Assemblée nationale, je suis plusieurs fois entrée dans l’hémicycle, j’avais donc en tête le volume, le cadre, le faste de la salle. C’est une fois assise que j’ai été étreinte par l’émotion et le poids des responsabilités. J’ai pris la véritable mesure de la fonction après l’élection et le discours de Claude Bartolone. Il a parlé de son parcours personnel, de l’école de la République, de tout ce qu’il devait à la Nation. Par une sorte de mimétisme, je me suis sentie proche de

Françoise Dumas et Damien Alary accueillant Jean-Marc Ayrault lors de la campagne pour l'élection présidentielle.
lui. Moi, fille d’agriculteur, je me retrouvais à mon tour parmi les élus de la République qui font et défont la loi ! Je n’ai pas éprouvé un bonheur intense, je reste avec une grosse émotion, mais aussi – sinon surtout – avec une très grosse pression, d’autant qu’il n’y a pas d’état de grâce. Nous n’avons plus aucune raison de ne pas réussir, mais je sens chaque jour davantage que nous sommes attendus.”
- Gilbert Collard (député FN de la 2ème circonscription): “Cette première journée à l’assemblée s’est on ne peut mieux passée. Le hasard s’est montré coquin puisque j’ai été placé, par un hasard alphabétique, à côté de Jean-François Copé. Lui qui ne voulait pas que j’entre à l’assemblée a été puni par le sort. Cela prouve bien que cet homme n’a pas de chance. Mais au-delà de ça, j’ai reçu un très bon accueil. J’étais serein. J’ai retrouvé des amis. Je n’ai senti aucune réticence. Les habitants du Gard peuvent donc être rassurés. Maintenant, je vais me partager entre ma circonscription et l’Assemblée Nationale. Puisque que l’on est que deux (avec Marion Maréchal Le Pen, NDLR), on a l’intention de montrer que nous sommes là. On veut donner l’exemple. On a le devoir d’être à la hauteur.”
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Fabrice Verdier (Député PS de la 4ème circonscription) : “Pour moi, tout s’est très bien passé lors cette première journée. Je suis satisfait car je suis à la commission des affaires économiques, ce que j’avais demandé. J’ai, je vous l’avoue, ressenti une grande émotion et beaucoup de fierté en entrant dans l’hémicycle. Mais, avec les autres députés gardois, on était épaulés par William Dumas. On est encore les petits nouveaux. On écoute ceux qui ont plus d’expérience. En revanche, moi qui ne suis pas trop cravate, j’ai dû en porter une pour me plier au protocole.”









29 juin 2012 - 23 h 33 min
ET PRAT IL NE FAIT PAS DE COMMENTAIRE SUR SA RENTREE PARLEMENTAIRE ? OU PEUT ETRE Q’IL N’Y ETAIT PAS !
29 juin 2012 - 23 h 40 min
Patrice Prat était bien évidemment dans l’hémicycle pour la rentrée parlementaire, mais nous ne sommes encore parvenus à le joindre malgré nos nombreuses relances. S’il répond, nous enrichirons ce papier de ses impressions et commentaires. Merci de votre observation et de votre intérêt à nous lire.