PONT DU GARD Comment faire rimer patrimoine, culture et tourisme ? La réflexion est engagée
Ce mercredi, l’auditorium du Pont du Gard a abrité le colloque Culture, Tourisme et Patrimoine pour demain organisé par le centre Condorcet-FNESR (Fédération nationale des élus socialistes et républicains), à l’attention d’élus locaux désireux de préserver, animer et valoriser leur territoire autour de ces trois thématiques intimement liées.
A la faveur de cette journée de réflexions à voix haute sur lesquelles s’appuieront les parlementaires et la tutelle lorsqu’il s’agira de réviser les politiques culturelles mises en œuvre au niveau national, plusieurs intervenants se sont succédé à la tribune pour faire part de leur expériences, croiser leurs témoignages ou, encore, exposer leurs revendications afin que patrimoine, culture et tourisme répondent à une triple exigence : créer des emplois et de l’activité économique, préserver la place enviée de la France comme première destination touristique au monde et, enfin, augmenter sensiblement la part du tourisme dans le produit intérieur brut de la nation. Une démarche d’excellence pour laquelle le conseil général du Gard qui peut s’appuyer, il est vrai, sur un patrimoine riche et diversifié, déploie des efforts soutenus. Avec, pêle-mêle, les projets de création de la Maison rouge à Alès, la réhabilitation du château de Portes, la valorisation des superbes remparts d’Aigues-Mortes, l’édification à portée de voix des arènes de Nîmes du Musée de la Romanité (60M€) ou, encore, la construction d’un complexe hôtelier sur le site du Pont du Gard, fleuron de l’inventaire départemental, inscrit au patrimoine mondial de l’Humanité depuis 1985, labellisé Grand Site depuis 2004. Ces deux valeurs ajoutées garantissant, peu ou prou, un surcroît de fréquentation de l’ordre de 25 %, nul ne s’étonnera que le Pont du Gard (100 collaborateurs à plein temps, 130 en pleine saison estivale) soit parmi les sites du Sud de la France les plus prisés avec 1,4 million de visiteurs, 11 M€ de budget dont 73,5 % d’autofinancement.
Du côté du conseil régional Languedoc-Roussillon où sont recensés 6 sites inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco et où le tourisme culturel pèse quelque 37 500 emplois, on ne fait pas non plus dans l’approximatif et le négligé, via le soutien financier de 80 festivals regroupant de Perpignan à Bagnols-sur-Cèze, via Mende et Lodève, un demi-million de spectateurs. Un investissement à bon escient lorsque l’on sait que 1 € investi génère 6,5 € de retombées. Ce retour sur investissement a également été relayé par Christian Mourisard, maire-adjoint d’Arles, vice-président, depuis sa création en 2007 au Puy-en-Velay, de l’Association des biens français et du patrimoine mondial. Autour d’une triple ambition (élaborer des plans de gestion, développer les sites et établir des formes de coopération entre eux, à l’image du “Guide vert” que le Pont du Gard et la cité antique d’Arles ont coproduit avec Michelin), elle réunit la très large majorité des grands sites de France, autour d’un seul viatique : promouvoir un patrimoine partagé et vivant. Pour Arles, les études récentes relatives aux retombées économiques du tourisme culturel et patrimonial sont sans appel : elles représentent 32 % de l’activité économique de la ville, 4 000 emplois et 80 entreprises. C’est dire si ce secteur mérite une attention particulière.
Rapporteur de la mission budgétaire consacrée au patrimoine (45 000 monuments historiques pour 36 000 communes), le sénateur de Seine-et-Marne, Vincent Eblé a plus particulièrement mis l’accent sur la nécessité de rattraper “les défaillances accumulées ces dix dernières années par le ministère de la Culture en matière de conservation et mise en valeur du patrimoine”. A commencer par l’instauration d’une ligne budgétaire spécifique pour les 37 sites français inscrits au patrimoine mondial de l’Humanité. Ces aides aux plans de gestion leur permettrait d’intégrer sur et autour de leurs sites, un environnement culturel et touristique cohérent et en adéquation avec l’environnement et le quotidien des populations du cru. Une illustration significative a été fournie par l’Abbaye de Fontevraud (XIIe), située entre Tours et Angers. Après la mise en oeuvre, dès 2005, d’un ambitieux projet de site, “la belle endormie” qui roupillait quelque peu sous son édredon avec 200 000 visiteurs par an, est devenue un fer de lance du développement économique de la région. Depuis 5 ans, cette Abbaye qui a été remise dans le sens de l’histoire, enregistre une croissance de son chiffre d’affaires de l’ordre de 8% par an. “Nous sommes passés du monument à contempler à la cité à vivre”, a commenté l’un des initiateurs de cette mutation spectaculaire, organisée autour “d’une ouverture au territoire et aux publics dans leur diversité”. Des créations in situ, l’aménagement de lieux spécifiques (hôtellerie, restauration, salles d’expositions…) ainsi qu’une programmation culturelle adaptée à tous et chacun, ont fait le reste.






