ALÈS : “On vit dans une société où la mort est bannie du quotidien”

A l’occasion de la journée mondiale des soins palliatifs, des professionnels ont organisé un point d’information sur l’accompagnement en fin de vie. Une initiative pertinente, à l’heure où le débat sur la légalisation de l’euthanasie est relancé.

Les soins palliatifs “sont victimes de préjugés et  restent méconnus du grand public ainsi que de certains professionnels de santé“, affirment les médecins de l’équipe mobile des soins palliatifs du CHAC (Centre hospitalier d’Alès-Cévennes). Aujourd’hui, ces professionnels ont organisé une rencontre, à l’occasion de la journée mondiale des soins palliatifs.

Les soins palliatifs sont les soins attribués aux personnes atteintes d’une maladie “grave ou incurable”. ” Nous voulons donner du sens à cette période“, explique la doctoresse Oana Buzea qui insiste sur “l’accompagnement humain et le soutien psychologique” de sa pratique.

On vit dans une société où la mort est bannie du quotidien“, pense le médecin, Frédéric Augier. “On ne sait même plus ce que c’est de mourir ! Avant, il y avait des rites autour de la mort… Regardez aujourd’hui, dans les jeux vidéos, l’on peut mourir quarante fois !

Avec le vieillissement de la population, “les situations sont de plus en plus complexes”. La médecine repousse sans cesse les frontières de la mort, par  exemple lorsqu’une personne est atteinte du cancer, “l’on voit aujourd’hui des situations cliniques que l’on ne voyait pas auparavant“, précise Frédéric Augier.

2005, la révolution Leonetti !

Depuis 2005, la loi Leonetti a mis fin à l’acharnement thérapeutique“, nous assure le Dr Augier. Suite à l’affaire Vincent Humbert*, le député des Alpes-Maritimes avait fait voter une loi relative au droit des malades en fin de vie. Le texte maintient l’interdit fondamental de donner la mort délibérément, mais autorise à arrêter les traitements “déraisonnables” qui “ne conduisent pas à une amélioration de la condition du patient“, expliquent les professionnels.

Si le fait d’administrer à boire où à manger n’a que pour objectif de maintenir les personnes en vie, les médecins peuvent arrêter les traitements“, éclaircit Frédéric Augier. Un “laissé mourir” où les soins palliatifs ont toute leur importance : “nous soulageons le malade (…) Parfois certains traitements peuvent devenir inutiles, faire plus de mal que de bien“, alarme le docteur.

Salué par beaucoup, la loi Léonetti ne dit rien à propos du service “néonatale”. Un service où certains professionnels de santé débranchent les perfusions d’enfants prématurés qui peuvent avoir de graves séquelles à vie. “Dans ce domaine là, des améliorations sont à apporter“, avoue Frédéric Augier.

Le candidat Hollande favorable à l’euthanasie

François Hollande, candidat, avait proposé “un suicide assisté” : «je proposerai que toute personne majeure en phase avancée ou terminale d’une maladie incurable, provoquant une souffrance physique ou psychique insupportable, et qui ne peut être apaisée, puisse demander, dans des conditions précises et strictes, à bénéficier d’une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité».

En juillet dernier, la commission Sicard a été mise en place par le président Hollande, pour réfléchir à la condition de la fin de vie. Cette dernière est passée hier à Montpellier.

Les sociétés se sont construites sur l’interdit fondamental de tuer“, expliquent les professionnels du soins palliatifs, défavorables à cette mesure. “Si le suicide assisté est légalisé, c’est la boite de Pandore qui pourrait être ouverte… On pourrait assister à certaines dérives. Imaginez qu’une personne âgée, seule, en fin de vie, demande l’euthanasie (..) et que pour des raisons économiques on lui accorde alors qu’elle pourrait finir sa vie entourée ( NDLR : par une équipe de soins palliatifs)” conclut le dr Augier.

Coralie Mollaret

coralie.mollaret@objectifgard.com

*Vincent Humbert tétraplégique et aveugle à la suite d’un accident et dont le médecin, avec l’accord de la mère, avait abrégé l’existence en septembre 2003.

 

3 Réponses pour ALÈS : “On vit dans une société où la mort est bannie du quotidien”

  1. « Si le fait d’administrer à boire où à manger n’a que pour objectif de maintenir les personnes en vie, les médecins peuvent arrêter les traitements” explique ce docteur

    Et si la famille et le “patient” souhaite encore se battre, “s’ils” ont encore des choses à se dire… les médecins décident à la place .. et sans doute aussi pour des raisons économiques ?

    Ne s’agit il déjà d’une forme de sélection ?

  2. Non. Si le patient n’est pas d’accord… Personne ne débranche quoi que ce soit.

    • sauf si le collège ou le colloque prévu par le dispositif Leonetti qui autorise en cas d’accord des médecins la fin des traitements, voire une sédation ou une réduction alimentaire en vue d’abréger la vie du patient.
      Dans ce cas ce sont les medecins qui décident en lieu et place du patient ou de la famille (si le patient ne peut plus s’exprimer) (nombreux cas en réa)

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