PORTRAIT DU DIMANCHE Olivier Sturm Le facteur qui connait la musique

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Olivier Sturm, l’un des rares facteurs d’orgues de Barbarie de France. Ph DR/RM

Il n’y a pas plus de cinq facteurs d’orgues installés comme artisans pour la France entière et Olivier Strum dont l’atelier est à St Jean du Pin, près d’Alès est l’un d’entre eux. Il nous raconte les chemins de cette vocation.

“J’ai découvert la musique et les orgues de Barbarie tout petit. Parfois même à l’école je mimais en sifflotant les orgues que l’on voyait dans les manèges et les foires. Et puis en grandissant j’ai perdu le fil de ma passion, j’ai suivi des études de psychologie qui ne m’ont menées nulle part. Quand j’ai fait le point de ce que j’aimais vraiment faire je me suis trouvé face au travail manuel et à la musique : l’orgue de Barbarie s’est imposé (1)”. Il n’y a qu’une école en France pour devenir facteur d’orgue, à Eschau. C’est là qu’Olivier Strum passera son CAP. “Avec beaucoup de la théorie et de la pratique orientée autour des orgues d’églises, ou encore des pianos mécaniques ou piano à dépression, et peu de place accordée à ce qui m’intéressait : l’orgue de Barbarie”. Cette passion va l’amener à travailler en Allemagne puis à Paris (dans les clavecins) avant de reprendre en Suisse la Fabrication des Orgues de Barbarie Erman à Genève. Finalement c’est pour se rapprocher de sa famille qu’il déménagera son atelier à St Jean du Pin d’où il assure toujours l’entretien et la rénovation des Orgues Erman tout en se consacrant  à la fabrication des orgues de Barbarie qui portent aujourd’hui son nom.

“A la vérité un orgue fabriqué par un véritable facteur d’orgues dans les règles de l’art est quasiment immortel, et les seules réparations que l’on me demande sur les orgues Erman concernent les caoutchoucs ou même la courroie, et encore au bout de 150 ans!” dit il avec humour. C’est aussi un travail de longue haleine, Olivier Sturm ne fabrique pas plus de cinq ou six instruments dans dans une année. Le travail très complexe  réunit en effet le travail du bois (avec le mélange de plusieurs essences) pour les flûtes qui peuvent elles même être composées de dix pièces de bois, le travail du cuir pour les soufflets, celui du métal pour toute la tuyauterie. Instrument de musique mécanique classé dans la même catégorie que les piano mécaniques et les boîtes à musique, l’orgue de Barbarie nécessite le concours de trois métiers pour fonctionner. “Il y a d’abord le facteur qui fabrique l’instrument” explique Olivier Sturm, “puis le noteur. Son métier s’apparente plus à celui d’un arrangeur puisqu’il qu’il fabrique les “cartons” qui servent à jouer les mélodies sur les instruments. Enfin il y a le tourneur, celui qui “joue” littéralement les morceaux en actionnant la manivelle”. Pour rester simple on dira que le carton perforé, soit laisse passer de l’air, soit des griffes métalliques, qui actionnent des soupapes autorisant a leur tour le passage de l’air contenue dans les soufflets dans les flutes. Le nombres de flûtes (ou tuyaux) pouvant varier, (comme pour les orgues d’églises), la variété des instruments peut être infinie. Si on y ajoute la décoration, chaque instrument devient une pièce unique.

Le prix des orgues (non décorés) de Barbarie qu’Olivier Sturm fabrique peut donc varier de quelque 3300€ pour le plus petit modèle à 27 anches et qui pèse 7 kg, à 6400€ pour un modèle à deux registres, 27 bourdons, 23 violons pour un poids de 25 kg. Entre les deux, il propose également un petit modèle de 23 tuyaux et 4 anches (3500€,10kg) ou encore un orgue plus “classique” de 27 tuyaux (4400€, 20kg).  Tous ses modèles sont des orgues 27 notes qui jouent avec les même cartons perforés, son atelier disposant d’un catalogue de quelque 800 titres disponibles chez les noteurs . “Les orgues de Barbarie qui sont sur le marché ou que l’on me demande de réparer sont soit des souvenirs de famille, soit issus de collections, soit encore le gagne-pain de professionnels qui en ont fait leur métier. Il m’arrive parfois aussi d’aider un passionné à reprendre un orgue qu’il ne parvient pas à faire fonctionner car l’instrument est si fascinant qu’il tente même parfois des bricoleurs. Mais cela n’est pas si simple car il faut ajouter à la dimension manuelle l’approche musicale” explique Olivier Sturm. Passionné par l’orgue de Barbarie, Olivier Sturm n’en est pas moins amené à intervenir sur plusieurs types d’instruments de musique mécanique de conception et de dimensions très différentes ! Le reste de son temps, il le consacre à faire connaître cet univers particulier de l’orgue de Barbarie et son travail.

Atelier Olivier Sturm, 711 chemin du Lionnais, 30140 St Jean du Pin Tel : 04 66 30 15 39. www.atelierolivierstrum.fr

(1) pour les amoureux du genre : “orgue” compte, avec “amour” et “délice”, parmi les seuls mots de la langue française qui soient du genre masculin au singulier et féminin au pluriel !

 

2 Réponses pour PORTRAIT DU DIMANCHE Olivier Sturm Le facteur qui connait la musique

  1. grosbois guy et Marie-josé

    Bravo ! super cet article….en espérant qu’il t’amène de nombreux clients….
    passerons un de ces jours faire une petit tour vers chez toi ….
    bises
    Marie et guy

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