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CRIME EN ÉTÉ Homosexuel et prisonnier, Edouard tue un moine pour l’honneur

 

Photos d'archives.
Photos d'archives.

L'univers carcéral attise souvent les haines, passions, sentiments et ressentiments d'une population hétérogène où le voleur de pommes côtoie l'assassin sanguinaire. Ce qui est valable aujourd'hui, l'était hier. En 1845, la maison d'arrêt de Nîmes est le théâtre de l'effroyable assassinat du frère Pascal, dont l'ordre religieux s'était donné comme mission de remettre dans le droit chemin les détenus, ces brebis égarées. Une intention louable, mais utopique face à la rigidité de certains prisonniers qui ne connaissaient pour seul langage que la violence.

Libertinage "contre-nature"

Plusieurs moines avaient ainsi pris leur quartier à la prison nîmoise. Parmi ces bonnes âmes, le frère Ingénuin surveillait plusieurs détenus mais apportait une attention particulière à Requin et Edouard Compagnon qu'il soupçonnait de pédérastie. A l'époque, l'homosexualité était prohibée (dépénalisation le 4 août 1982, NDLR). Dans son réquisitoire, le procureur de la Cour d'Assise du Gard qualifiera même ses ébats "d'actes de libertinage contre-nature". Une nuit d'octobre, les détenus s'activent comme à leur habitude dans l'atelier de menuiserie. En pleine ronde, Frère Ingénuin remarque l'absence de ses deux suspects. Le moine se met en quête de retrouver les deux hommes, farfouillant derrière les grandes planches de bois et meubles montés, quand soudain, il découvre Requin et Compagnon dans une position qui laisse aucun doute sur la nature de leur relation. Le dégout s'empare du moinillon qui les ordonne immédiatement de regagner leur chambre. Les deux belligérants refusent et retournent dans l'atelier.

Compagnon est excédé. Le regard noir, les mains tremblotantes, son esprit est ailleurs. Un codétenu, désireux de savoir ce qu'il venait de se passer, le questionne. "Laissez-nous tranquille, nous avons quelque chose dans la tête", lui répond Compagnon. Requin, qui doit bientôt sortir de prison, réagit : "N'aie pas de mauvaises idées. Il faut rester tranquille. Nous irons voir les ébénistes, nous travaillerons". En catimini, Compagnon attrape un tire-point destiné à faire des trous dans le bois. Il l'affute et le cache dans une corbeille de raisins qu'il dispose derrière la porte de l'atelier. Les prémices de son plan sont en place.

Pendant ce temps là, frère Ingénuin appelle son supérieur le frère Pascal afin de faire entendre raison aux deux mutins. Sans succès. Il faudra attendre que le directeur de la prison se déplace en personne pour que les deux hommes daignent regagner leur cellule.

Une vengeance bien huilée

Les deux religieux les accompagnent. Arrivés au pied de l'escalier, frère Pascal monte avec Requin et le fouille. Une flopée d'insultes fusent de la bouche de Compagnon, enragé. Le regard de dégoût, l'autorité, les bons serments des religieux… Il ne les supporte plus. Frère Pascal descend pour reprendre son poste dans la cour. Compagnon se calme et demande à retourner dans l'atelier pour récupérer son mouchoir qu'il aurait soi-disant oublié. Face au refus de frère Ingénuin, il détale et s'empare de son arme cachée derrière la porte avant de retrouver frère Pascal et de le poignarder violemment dans la poitrine. Blessée, la victime parvient à s'échapper de son agresseur et rejoint le réfectoire. Compagnon le suit, s'empare d'un couteau et le lacère cette fois de sept coups de couteau.

Laissant le corps sans vie, Compagnon court vers la cellule de Requin. "J'ai tué le frère pascal. Quant à toi, je te prie de ne rien faire. Tu n'as pas pour longtemps de peine, moi c'est différent". L'assassin est arrêté par les gardiens. En fin d'après-midi, tous les protagonistes sont appelés par le juge d'instruction. Fouillé par la police, les agents retrouvent un couteau dans la ceinture de Requin. "Quand bien même je devrais porter ma tête sur l'échafaud, il faut que j'en tue un", déclare désemparé le prisonnier. Compagnon lui avoue le meurtre du frère Pascal mais nie la préméditation de son acte, contrairement au procureur qui le cloue au pilori. Les 36 jurés partagent l'avis du ministère public et condamnent Compagnon à la peine capitale. Le 17 février 1846,  le jeune homme est exécuté place des Arènes devant un public stupéfait par le calme et la résignation du détenu.

Inspiré du livre : Les Grandes Affaires Criminelles du Gard (Jean-Michel Cosson, Gisèle Vigouroux), édition De Borée.

 

Coralie Mollaret

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Coralie Mollaret

Journaliste Reporter d'Images pendant un an à Marseille, j'ai traversé le Rhône voilà quelques années pour vous informer en temps réel sur l'actualité Gardoise…

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