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GARD RHODANIEN Le budget primitif de l’agglo voté dans la douleur

Hier soir à la salle des fêtes d'Orsan (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)
Hier soir à la salle des fêtes d'Orsan (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

Cinq heures ! C’est un conseil communautaire marathon qui s’est tenu hier soir à la salle des fêtes d’Orsan avec, il faut le préciser, un copieux ordre du jour tant en nombre de délibérations que dans leur nature.

Ainsi, avant le très attendu vote du budget primitif 2015, l’approbation du compte administratif 2014 de l’agglo et du compte de gestion étaient à l’ordre du jour. Une simple formalité ? Pas vraiment : si le compte administratif détaillé était joint aux notes données aux élus, ce n’était pas le cas du compte de gestion.

« Dans ces conditions, difficile de faire une comparaison », s’est ému le maire de Saint-Nazaire Gérald Missour, avant que le président Jean-Christian Rey explique que « le compte de gestion, réalisé par le percepteur, n’est arrivé que ce matin. Mais tout est identique. »

Pas de quoi rassurer tout le monde, même dans le majorité : « on est peut-être allés trop vite, j’ai du mal et je ne peux voter ni pour ni contre un document que je n’ai pas vu », va ainsi lancer le maire de Pont Roger Castillon. Son prédécesseur Gilbert Baumet va estimer pour sa part que « c’est navrant, ce n’est pas sérieux. Vous aurez une remarque de la Chambre Régionale des Comptes. »

Face à cette succession de critiques, Jean-Christian Rey décidera de retirer de l’ordre du jour les votes des comptes administratif et de gestion ainsi que l’affectation du résultat, « même si d’ici là, on sera dans l’incertitude. »

« Nous allons vers le mur »

C’est dans cette ambiance tendue, pour ne pas dire frondeuse, que les élus ont été amenés à se prononcer sur le budget primitif 2015 de l’agglo. Un budget dont les dépenses et les recettes s’équilibrent à 54 335 292 euros, et qui comprend une hausse de la taxe sur le foncier bâti, qui passe de 0,202 % à 2,70 %, et une baisse des fonds de concours attribués aux communes de 2,5 %, sachant que dans le même temps, le Pôle d’Excellence Rurale (PER, anciennement Scène Campagne) est maintenu. De quoi mettre le feu aux poudres.

Le premier à dégainer est le maire de Lirac Stéphane Cardènes, qui dénoncera « une incohérence politique » et appellera les élus « à voter contre ce budget. » La conseillère FN Christiane Gondard dénoncera « une exorbitante taxe sur le foncier bâti. » Gérald Missour reviendra sur le PER, se demandant une fois de plus « est-ce que c’est le moment ? Est-ce que c’est utile ? Je m’interroge beaucoup, beaucoup trop à mon goût. » Sur ce sujet, le maire de Saint-Pons-la-Calm Pierre Baume jugera qu’il s’agit d’« une grosse dépense pour les populations de l’agglo qui n’iront jamais mettre les pieds dans ce truc là (...) On persiste dans l’erreur. »

La 2e vice-présidente Claire Lapeyronie aura beau expliquer « qu’il a fallu faire des choix, ce n’est pas de gaîté de cœur qu’on augmente les taxes locales » et que le territoire « doit avoir des ambitions », le bagnolais Serge Rouquairol estimera que « nous allons vers le mur », et Gilbert Baumet que « ce budget tourne le dos aux intérêts de nos administrés. »

Jean-Christian Rey expliquera ensuite que l’agglo avait dû faire face à « 2,5 millions d’euros de manque à gagner » et que la hausse des taxes locales représentait « de 3 à 5 euros par mois pour une taille moyenne de maison », sans pour autant clore les débats.

« Les leçons, vous pouvez vous les garder »

Ainsi, le député Patrice Prat va se lancer dans un réquisitoire. Sur la baisse des attributions de compensation : « à vouloir mettre du sparadrap sur la jambe de l’agglo on va propager le mal aux communes (…) aujourd’hui en ouvrant cette porte là, on va faire porter à terme une fiscalité supplémentaire sur nos communes, et en plus vous créez un précédent. » Sur les économies de fonctionnement : « c’est une mauvaise trajectoire, il y a encore des économies à faire, comme dans certains recrutements pas pertinents. » Sur le PER : « les temps ont changé la crise est là », et concernant la dernière étude du projet, Patrice Prat de dénoncer « une grande partie de copié-collé d’une étude commandée par Laudun-l’Ardoise » sur le laboratoire du design. « Trop c’est trop, ce projet pourrait avoir du sens à terme pour peu qu’on comprenne que ce n’est pas le moment, qu’on le lisse dans le temps » a lâché le député, avant de dénoncer « ces tours de passe-passe et ces passages en force. »

Patrice Prat exhibe l'étude commandée par Laudun-l'Ardoise (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)
Patrice Prat exhibe l'étude commandée par Laudun-l'Ardoise (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

La réponse de Jean-Christian Rey ne s’est pas faite attendre : un copié-collé ? « Vous avez la responsabilité de ce que vous dites. » Sur le reste, « il est dommage d’employer ce genre de choses, quand vous étiez président de Rhône-Cèze-Languedoc (RCL, ndlr) vous avez plus embauché que nous, vous avez fait des choix contestables, on est aux antipodes de vos méthodes. Les leçons, vous pouvez vous les garder. » Ambiance.

« L’agglo n’est pas le mal absolu, je regrette vos termes excessifs » a poursuivi le président. « Merci de mettre en lumière la mauvaise gestion de RCL, dont vous avez voté tous les budgets » rappellera ironiquement le député.

Jean-Christian Rey aura beau se lancer dans un plaidoyer en faveur de l’agglo et de ses actions, le budget primitif 2015 sera voté avec une grosse vingtaine de votes contre, certains venus de sa majorité.

Thierry ALLARD

thierry.allard@objectifgard.com

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Thierry Allard

31 ans, féru de politique, de sport et de musique. Jadis entendu en radio, je couvre depuis juin 2014 le Gard rhodanien pour Objectif Gard.

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2 réactions sur “GARD RHODANIEN Le budget primitif de l’agglo voté dans la douleur”

  1. enfin certains élus se réveillent ! mieux vaut tard que jamais…enfin un peu d’opposition dans ce monde d’incompétents. si scène campagne se fait, ce sera la révolution

  2. On peut s’interroger sur la pertinence de maintenir des projets ruineux comme celui du PER (pôle d’excellence rurale). Peut-on encore aujourd’hui, en période de crise, financer des projets de salles pharaoniques, au cœur des vignes ? Pour qui se souvient du succès, populaire et culturel, des 2346 Mille clubs, construits en France entre 1968 et 1982, on peut se demander si ces équipements, utilisant la précarité comme outil de programmation et d’innovation ne seraient pas une meilleure réponse aux besoins de structures de proximité pour lutter contre le désœuvrement et le mal-être de la jeunesse. Le Sénat vient de se poser bien officiellement la question en commandant une étude sur le sujet. Une idée que je défends pour ma part, les Mille-Clubs représentant l’alpha et l’oméga de la structure vivante, adaptative et révélatrice de besoins locaux. Construits par les jeunes eux-mêmes, les Mille Clubs peuvent redevenir une belle idée.

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