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FAIT DU JOUR Denis Lafaurie, directeur du Cratère : « Alès ne doit rien lâcher pour exister ! »

Denis Lafaurie, directeur du théâtre du Cratère. EL/OG
Denis Lafaurie, directeur du théâtre du Cratère. EL/OG

A l'aube de sa 25e saison, la scène nationale d'Alès continue de s'imposer comme une salle de référence en région. Malgré une baisse du nombre de spectacles et la grève des intermittents l'été dernier, le Cratère a accueilli plus de 45 000 spectateurs cette année, soit 4000 de plus de prévu. Bilan avec Denis Lafaurie, directeur du théâtre.

Objectif Gard : Quel regard portez-vous sur la saison qui s'achève ?

Denis Lafaurie : Le démarrage a été compliqué suite à la grève des intermittents du spectacle. On avait dédié notre présentation de saison à cette problématique et Cratère surfaces n'avait été assuré qu'à 40%. Beaucoup de gens nous en ont voulu. On a perdu 300 abonnés. Puis les choses se sont rééquilibrées petit à petit. Finalement, on a accueilli plus de 45 000 spectateurs payants sur l'année, un chiffre équivalent à l'an dernier. On ne pensait pas dépasser 40 000. Nous sommes d'autant plus contents de ces résultats qu'on a présenté 7 spectacles de moins que l'an dernier, avec des jauges plus faibles et des pièces moins onéreuses.

OG : Comment expliquez-vous cette fidélité ? 

DL :  La programmation n'était pas bling-bling. Je crois que les gens sont en recherche de sens. Ils considèrent que la culture est un poste de dépense sur lequel ils ne peuvent pas rogner. C'est intéressant.

OG : Quel bilan tirez-vous du combat des intermittents dans lequel le Cratère s'est impliqué ?

DL : Leur action n'a pas été vaine. Ils ont obtenu un fonds de soutien et que les employeurs soient à la table des négociations. Même le Medef a finalement reconnu que les propositions des intermittents que le chômage étaient plus intéressantes que les leurs. C'est un progrès immense! Les négociations de 2016 s'établiront sur de nouvelles bases. En revanche, aujourd'hui, les intermittents galèrent. Certains ont perdu leur statut à cause de la grève de Cratère Surfaces.

OG : Quels sont les plus beaux succès de la saison ?

DL : Les adieux de Jean-Louis Trintignant à la scène. Il a fait sa dernière représentation à Alès. C'était un moment très émouvant. On a également été surpris par "Avant que j'oublie", une pièce de Vanessa Van Durme que personne ne connait, sur un sujet dur, sur la maladie Alzheimer. Pourtant, plus de 1000 personnes étaient présentes. Autres belles réussites : l'orchestre de Barcelone, le "Cirque Altaï" ou "Il n'est pas encore minuit". Des acrobaties à 20 personnes, ce n'était oas gagné, et ils ont réussi. C'était fort.

OG : Des déceptions ?

DL : "Les Triplettes de Belleville" à l'automne. On aurait espéré un meilleur destin pour cette création. C'est dommage. Le spectacle avait tout pour réussir mais il a pas été au bout de ses possibilités. Sylvain Chomet avait des envies démesurées. On a mal apprécié la différence de caractère entre lui et Laurent Ournac. On a également été déçus par "The queen of art". Rosemary Standley était dans la retenue. On attendait davantage d'interaction avec le public, même si ce dernier était content. Enfin, sur "14", le travail du metteur en scène n'était pas assez affirmé. Il manquait une dimension épique sur un sujet aussi important que la première guerre mondiale.

OG : Les coupes budgétaires menacent la culture. Qu'en est-il au Cratère pour la saison prochaine ?

DL : Les collectivités sont de plus en plus contraintes. De notre côté, la ville, l'Etat et la Région ont reconduit nos subventions à la même hauteur cette année. On a même eu un peu plus avec le renaissance de notre projet Artistes au lycée. C'est un très bonne chose. Reste le conseil départemental qui ne votera son budget qu'en juillet. Mais on ne pouvait pas attendre. P. Malavieille et D. Bouad m'ont manifesté de l'intérêt. On a donc anticipé et je me suis engagé pour l'an prochain. S'il y a une baisse, on sera en déficit.

OG : Et pour la suite ?

DL : Avec la mairie, on a beaucoup discuté. Je ne peux me permettre une décélération. Nous sommes une construction fragile et un rien peut nous faire dégringoler. Ce qui est sûr, c'est qu'on ne fait pas de zèle. Je n'ai pas embauché depuis 15 ans, alors que l'activité a été multiplié par 2 ou 3. Pour l'an prochain, je ne sais pas mais j'ai confiance si on continue de montrer qu'on est dynamique et ambitieux. Le Cratère est un vrai point fort pour la ville.

OG : Cherchez-vous d'autres moyens de financement ?

DL : Avec le festival Itinérances, on réfléchit à la création un fonds de dotation culturelle sur la région d'Alès pour attirer des mécènes. Il émergerait en octobre 2015. Ce sera des moyens en plus. On va aussi essayer de travailler avec les 7 autres scènes nationales de la future grande région, pour montrer notre dynamisme. On pourra travailler en liaison avec des opéras et permettre l'émergence artistique des troupes du territoire. Tout va se jouer dans les trois ans et Alès ne doit rien lâcher pour essayer d'exister dans la future région.

OG : Vous présentez votre nouvelle saison dans quelques jours, à quoi doit d'attendre le public ?

DL : Il y aura davantage de représentations mais certains spectacles coûteront moins cher. Mais la configuration sera la même. Concernant le hors-les-murs, on continuera de travailler avec une vingtaine de communes alentours. "La tournée du facteur" qui vient de s'achever, a bien marché. Je ne donnerai qu'un nom avant la présentation officielle du 9 juin : on continuera de travailler avec la compagnie de musique jazz Impérial. On fera quelque chose d'étonnant avec des Africains.

 

Propos recueillis par Eloïse Levesque

 

 

 

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Eloïse Levesque

Eloïse Levesque, journaliste diplômée de l'université de droit et de science politique de Montpellier, à Objectif Gard depuis mars 2014

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