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FAIT DU JOUR Milhaud, cette commune qui résiste aux logements sociaux

Les habitants de Milhaud devant la mairie. Photo Tony Duret / Objectif Gard
Les habitants de Milhaud devant la mairie. Photo Tony Duret / Objectif Gard

La commune de Milhaud fait partie des mauvais élèves en matière de logements sociaux. Début avril, le préfet Didier Martin en faisait état dans une liste de douze villes gardoises qui ne respectent pas leurs engagements en la matière. Malgré tout le retard et tous les efforts que devra mener la municipalité, l’arrivée d’un nouveau projet dans l’impasse du Temple révolte les habitants.

Mercredi 3 juin, 17h, au pied de la mairie de Milhaud. Une trentaine d’habitants s’est réunie pour un entretien avec le maire, Jean-Luc Descloux. « Ca va être musclé ! », promet l’un d’eux. Il tiendra parole. Dès le début de cette réunion, l’édile rappelle à ses administrés quelle est sa responsabilité, son pouvoir sur le sujet : « Les logements sociaux font partie des engagements des communes. Beaucoup de communes, dont Milhaud, ne s’acquittaient pas de cette obligation de construire ces logements. Et maintenant, nous avons perdu notre droit de préemption sur le foncier. Quand quelqu’un vend une terre, une parcelle, un logement, si l’Etat le veut, on ne peut rien dire ». Pour résumer : le maire est impuissant. Si, il peut retoquer l’architecture du projet, ce qu’il a fait pour le premier qui lui a été présenté. Et ne pas valider le permis de construire. On y reviendra.

C'est ici que le projet de logements sociaux pourrait voir le jour. Photo Tony Duret / Objectif Gard
C'est ici que le projet de logements sociaux pourrait voir le jour. Photo Tony Duret / Objectif Gard

Le nœud du problème se concentre dans une impasse : celle du Temple, étroite ruelle au cœur de la ville. Le bailleur « Un toit pour tous » y prévoit 21 logements sociaux. Si les Milhaudois, ils le répètent à l’envi, ne sont pas opposés à l’arrivée des personnes, ce n’est pas le même discours pour les nuisances qu’elles occasionneront. « Vous connaissez les lieux, M. le Maire ?, interroge un habitant. Il va y avoir au moins une trentaine de voitures en plus. Moi, je n’arrive pas toujours à me garer. Comment on va faire ? ». Une dame chuchote, tentant de faire rire sa voisine : « De toute façon, ils n’ont pas de voitures ». Un autre homme reprend : « Et pour les travaux, comment on fait venir les camions ? C’est une enclave ! » Jean-Luc Descloux écoute, hoche la tête. La complainte des malheureux continue : « Où vont passer les éboueurs pour ramasser les poubelles de 21 logements supplémentaires ? », s’inquiète un homme. Son voisin de gauche, lui, préfère prévenir : « C’est truffé de puits perdus ! ». Un dernier s’enflamme quelque peu : « Si demain l’Etat veut détruire l’Eglise et construire trois tours, il le peut ! ». Face à l’avalanche de suppositions, le maire tempère : « Nous n’en sommes qu’au stade des études ».

Tous, en revanche, tombent d’accord sur un point : les méthodes cavalières d’ « Un toit pour tous ». « Un jour, dans la rue, un clerc de notaire distribuait des convocations au tribunal de grande instance. Il faisait peur aux gens », se souvient un habitant du quartier. « Un toit pour tous agit avec beaucoup de légèreté », concède le maire avant de poursuivre : « Si on avait eu notre droit de préemption, c’est clair qu’on n’aurait pas pris l’impasse du temple ». Dans l’assemblée, une personne rebondit : « Ben alors, dites non au permis de construire ! » Jean-Luc Descloux explique : « Je peux dire non au permis de construire. Mais je passerai au tribunal administratif ». « On vous soutiendra ! », jure un habitant. Malgré le soutien promis, le maire ne croit pas en la manœuvre : « Mais le préfet, derrière, il va signer ». L’impasse ! On y revient toujours. Alors on réfléchit, on se concerte, on se calme. Le maire en profite : « Je vous propose de créer une association. Ca permettrait de travailler ensemble ». L’idée séduit les citoyens. Dans son élan, il tente un autre argument : « Sachez que ces logements profiteront d’abord aux Milhaudois ». Là, le succès est moins probant. A Milhaud, comme ailleurs, on pense d’abord à soi.

Tony Duret

 

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Tony Duret

Tony Duret, journaliste à Objectif Gard depuis juin 2012.

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3 réactions sur “FAIT DU JOUR Milhaud, cette commune qui résiste aux logements sociaux”

  1. « Sachez que ces logements profiteront d’abord aux Milhaudois ».
    Le maire de Milhaud s’engage un peu vite auprés de ses administrés, pour mieux faire passer le dossier ?
    -> voir : comment sont attribués les logements sociaux.

  2. Comme vous dites, Monsieur le maire de Milhaud n’aura pas le monopole d’attribution des logements sociaux dans son village. Des milliers de personnes remplissent des dossiers de demande de logement sociaux et tout le monde peut demander un logement sur des villages comme Milhaud. Quelle primauté revendique t il? c’est contraire à la transparence des attributions des logements sociaux. il aura un pourcentage réservé à sa mairie mais le reste ce sera pour les autres représentants de la commission d’attribution. Et qui seront les milhaudois prioritaires? des propriétaires? Quels besoin auront ils de logement social si ils ont déjà du patrimoine…on rêve là non, quelle bêtise!

  3. A force d’éviter les logements sociaux , les municipalités irresponsables se les voient imposer. Et cela peut être n’importe quoi effectivement. Le maire n’a qu’à proposer un autre terrain pour construire des logements sociaux qui par parenthèses sont ouverts aux 3/4 de la population dans certaines communes. Les critères d’éligibilité et la pauvreté ambiante a monté le nombre de bénéficiaires. Les enfants de ceux qui râlent voire eux m^mes rentrent probablement dans les critères. Milhaud n’est pas la seule commune ainsi dans le gard, St Privat des Vieux avec à sa t^te un maire de droite n’a quasiment pas de logements sociaux. Résultats: l’amende payée par les contribuables est fortement majoré et le rattrapage va être aussi douloureux. Tout cela par inconséquence municipale , égoïsme et petits calculs politiciens.

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