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FAIT DU JOUR Alès : Arc en soi, le foyer de la dernière chance

Manuel et Jamila, éducateurs. ELOG
Manuel et Jamila, éducateurs. EL/OG

Au nord d'Alès, dans un petit lotissement, une maison peu ordinaire côtoie les St-Martinois. Ses occupants sont des colocataires débarqués de leurs foyers pour jeunes en difficultés. Une ultime chance de réinsertion qui passe par une ambiance familiale et exigeante. 

La maison est d'une grande banalité. Une brouette remplie de terre, une voiture familiale, un perron et un balcon. Pour les jeunes ayant des "parcours institutionnels lourds", le contexte est essentiel. Plus qu'un foyer, il s'agit d'un "lieu de vie". A l'intérieur, les cinq adolescents de 14 à 18 ans - Sarah, Julien, Romain, Baptiste, Lucas* - ont chacun leur chambre. Pour les accompagner, quatre éducateurs se relaient tout au long de la semaine à leurs côtés. Un suivi très serré par rapport à des foyers classiques, que les responsables revendiquent. "Avant d'arriver, tous sont passés par la case psychiatrie, à cause de problèmes familiaux et sociaux destructeurs. Ils ne sont plus en mesure d'intégrer un foyer classique, d'où ils ont déjà été expulsés à plusieurs reprises. En 5 et 10 fois en moyenne. On leur apporte une prise en charge personnalisée pour essayer de les intégrer dans le milieu ordinaire", précise Manuel Martin, éducateur spécialisé et co-responsable.

Le quotidien est un équilibre subtil entre cadre et confiance, entre échange et exigence. Dîners en commun, plateaux télé, sport, karting, cinéma, la maison a donc tout d'un foyer familial. Avec des temps de travail sur le projet professionnel, et des séances bi-mensuelles avec un psychologue. "On leur répète régulièrement qu'on n'est pas leur famille. Même si c'est l'esprit. C'est moins violent et moins stigmatisant qu'un foyer classique", commente Manuel Martin. "Les problèmes sont vides endigués. On écarte les jeunes nocifs ou violents avec les autres", ajoute Jamila Azay, éducatrice.

Maison de lassociation Arc en soi, à St-Martin-de-Valgalgues. EL/OG
Maison de l'association Arc en soi, à St-Martin-de-Valgalgues. EL/OG

Et ça marche. A 15 ans, Sarah a déjà un parcours chaotique. Ses derniers lieux de résidence : les foyer de l'enfance à Nîmes et St-Joseph à Alès. On lui a rapidement fait comprendre qu'elle devait trouver refuge ailleurs. "Je faisais trop de bordel et on m'a conseillé de venir ici. Au début, je voulais pas, c'était la campagne. Mais je n'avais plus beaucoup de choix", raconte l'adolescente. Déscolarisée, elle a aujourd'hui retrouvé le chemin du collège. Elle est en 3e à Alès et ses résultats sont satisfaisants. "C'est trop normal !", juge-t-elle. Mais elle maintient le cap. Avec plus ou moins d'indiscipline. "Dans les autres foyers, je ne pouvais pas sortir. Ici, j'ai une heure pour rentrer. Si on respecte pas les règles, on n'a plus d'argent de poche. C'est donnant-donnant", explique-t-elle. La clé de la réussite ? Pas uniquement. "Les éducateurs font attention à nous. Ailleurs, quand tu fais une bêtise, ils s'en foutent", conclut-elle.

A 18 ans, Julien vient quant à lui de trouvé un CDI au bowling d'Alès et s'apprête à prendre son envol. Il laissera sa place à un autre jeune. "Ça sera pas facile pour lui, mais on va pas le lâcher dans la nature. Il va être suivi par une assistante sociale. Il sera logé dans un foyer de jeunes travailleurs ou prendre un appart", note Manuel Martin.

Mais l'avenir n'est pas rose pour tous. "Certains ne seront jamais indépendants", rappelle Jamila Azay. Ceux qui n'ont pas construit de projet à 21 ans - âge maximum d'accueil - doivent donc se tourner vers les institutions, centres d'hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) ou assistantes sociales. Car la liste d'attente est longue. "C'est la limite de notre travail", déplore Manuel Martin.

Il existe moins de dix lieux tels que celui-ci dans le Gard, entièrement financés par le conseil départemental. Un nombre relativement élevé au regard du reste de l'Hexagone. Preuve d'un fort dynamisme social mais aussi d'une importante misère sociale. Le département est le 5e le plus pauvre de France.

Eloïse Levesque

*Afin de respecter leur anonymat, les prénoms ont été modifiés

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Eloïse Levesque

Eloïse Levesque, journaliste diplômée de l'université de droit et de science politique de Montpellier, à Objectif Gard depuis mars 2014

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