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LE PORTRAIT Jean-Pierre Bedou, le Général qui analyse la délinquance

Jean-Pierre Bedou. Photo Tony Duret / Objectif Gard
Jean-Pierre Bedou. Photo Tony Duret / Objectif Gard

Général à la retraite qu’il coule paisiblement à Nîmes depuis l’an 2000, Jean-Pierre Bedou, 73 ans, vient de publier un livre : « Comprendre les chemins de la délinquance » aux éditions Chronique Sociale.

En 2014, ayant enfin un peu de temps pour lui, Jean-Pierre Bedou décide de se consacrer à un projet qui lui tient à cœur en écrivant son premier ouvrage sur les causes du phénomène criminel. Le septuagénaire est particulièrement bien placé pour traiter du sujet, lui qui a passé la majeure partie de sa vie dans la gendarmerie. « J’ai une carrière à dominante judiciaire, explique-t-il. Je suis à l’origine de l’une des premières sections de recherches à Rennes de 1978 à 1984 ». Commandant d’un groupement de gendarmerie, il met en place et dirige par la suite l’école de police judiciaire de 1987 à 1990. C’est là-bas qu’il s’intéresse et installe les techniques aujourd’hui utilisées par les enquêteurs : le « gel » d’une scène de crime, la micro-analyse et l’ADN. Il se souvient : « C’étaient les débuts de l’ADN. On prenait la salive avec un coton tige et on envoyait les résultats en Angleterre vu qu’il n’y avait pas de laboratoire en France ». Entre deux conférences en criminologie, Jean-Pierre Bedou finit sa belle carrière en tant que Général adjoint de la région Ile-de-France avec 12 000 hommes sous ses ordres.

Un travail ou faire le ‘chouffe’ à 150€ par jour ?

Cette expérience dans la gendarmerie, ces années passées au plus près de la délinquance, Jean-Pierre Bedou en a tiré des leçons. Pour lui, elle résulte de trois causes essentielles : un phénomène urbain, le pluralisme culturel et le traitement médiatique. Le phénomène urbain, il l’explique par la manière dont les villes ont été réalisées : « Au début, la classe moyenne vivait dans ces tours de banlieue. Mais on a oublié les commerces, les transports, les loisirs. La classe moyenne est partie pour faire place, dans les années 70, à des personnes qui avaient peu de moyens. Le regroupement familial prôné par Giscard a conduit au communautarisme ».

Sur le pluralisme culturel et pour contrer la délinquance, l’homme livre des réflexions sur la valorisation de la famille, de l’école, du travail. « Seulement, la famille est de moins en moins présente. L’école, beaucoup de jeunes ne veulent plus y aller. Et le travail, vu qu’ils n’ont rien fait à l’école, comment voulez-vous qu’ils en trouvent ? Et puis, ils préfèrent faire le ‘chouffe’ dans les quartiers à 150€ par jour », constate l’ancien gendarme.

La violence des médias

Une dernière cause explique cette délinquance : le traitement de l’information par les médias. Dans les années 90, le septuagénaire s’est livré à une expérience : « On avait comparé deux villes assez semblables : Caen et Portsmouth en Angleterre. A Caen, qui était pourtant en dixième position dans la délinquance en France, les gens n’avaient pas de sentiment d’insécurité. A Portsmouth, où la délinquance était quasi-similaire, mais où les journaux en faisaient les gros titres, le sentiment était inversé. Pour résumer, quand on voit de la violence partout, les adultes ont un sentiment d’insécurité et les jeunes reproduisent ce qu’ils voient à la télé ».

Dans ce livre de 125 pages, le Général aborde de nombreux thèmes d’actualité comme la délinquance dans les banlieues, le terrorisme, les prisons, la politique pénale plus ou moins forte selon les gouvernements et bien d’autres sujets…

« Comprendre les chemins de la délinquance » de Jean-Pierre Bedou. 12,50€. En librairie.

Tony Duret

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Tony Duret

Tony Duret, journaliste à Objectif Gard depuis juin 2012.

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