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LE PORTRAIT Stéphane, fondateur du label nîmois Kicking Records

Stéphane alias Mr Cu, boss du label indépendant nîmois Kicking Records. (Photo Baptiste Manzinali / Objectif Gard)
Stéphane alias Mr Cu, boss du label indépendant nîmois Kicking Records. (Photo Baptiste Manzinali / Objectif Gard)

10 ans que le label nîmois Kicking Records diffuse la bonne parole de la musique indépendante sans rien devoir à personne. 10 ans d'un combat global mené sur tous les fronts, si bien que son boss Stéphane alias Mr Cu est passé maitre DIY. Portrait.

Qu'est ce qui fait basculer un adolescent tombé en syncope à l'écoute d'une émission punk rock sur radio campus en boss d'un label aussi respecté que Kicking Records, si ce n'est une sorte de révélation divine. Avec Stéphane, on en est presque là : "Bunker party sur radio campus, ça a été une claque. J'avais 16 ans, j'ai tout de suite tout fait pour rencontrer l'animateur de l'émission." À l'époque, il est âgé de 16 ans, encore lycéen à Dijon, mais réussit à intégrer le milieu alternatif de la ville en donnant des coups de main en backstage lors des concerts et en assurant la diffusion et la billetterie. Un premier souvenir, celui de Thee Hypnotics, premier groupe psychédélique de l'anglais Jim Jones. "Il n'y avait pas de SMAC, alors les groupes jouaient dans des caves" se souvient-il.

"sur scène c'était la guerre"

Une fois son bac en poche, il déménage à Montpellier pour poursuivre ses études. Un choix qui n'est pas dû au hasard : "C'était la ville des groupes Les Sheriff et OTH dont j'étais fan." Comme à Dijon, Stéphane fréquente les mêmes endroits qu'eux et finit par devenir leur ami et parfois roadie pendant trois années intenses : "Il fallait que ça envoie, que tout soit calibré au millimètre, sur scène c'était la guerre." En coulisse, il assurait les changements de cordes, recaler la batterie, poussait les excités hors de scène. Puis il rentre en Franche Comté et intègre un groupe de hardcore rock'n'roll aux influences proches de celle des Burning Heads. Il prend en charge le management du groupe, le booking, la diffusion et monte son premier label pour sortir un album. On est loin des clichés sur les musiciens largués et autocentrés : "C'est même tout le contraire, assure Stéphane. Tu es obligé de te prendre en main, les gens voient que les punks avec des crêtes roses sur les places londoniennes. Tout ça est monté par les médias."

Contre Regan, contre l'industrie musicale

Proche du mouvement straight edge - pas de drogue, pas d'alcool, véganisme - dans ses grandes lignes, Stéphane adhère au punk rock pour son engagement contre la politique menée par Ronald Regan, et contre l'industrie musicale qui "fait des disques comme des voitures. Moi, je fais des disques que je défend car personne ne les fait. L'industrie musicale nous ignore, donc il ne faut pas les attendre". Après une parenthèse qui le fera devenir régisseur dans un cirque puis informaticien à Mayotte, Stéphane déplore "un cruel manque de guitares" et rentre en France en 2006. À Toulouse, il fait son retour dans la musique alternative et devient producteur des Black Zombie Procession. Une première tournée va lui permettre, très rapidement, de se reconstituer un réseau. "J'y passais mes nuits. Avec internet et Myspace, j'ai compris qu'on n'avait plus besoin d'être à Los Angeles pour être visible."

Punk rock is not a job

C'est là que née Kicking Records, dont le répertoire contient aujourd'hui 25 groupes mais pas seulement. Stéphane publie aussi des livres, dont celui de Matgaz intitulé T'arrives ou tu repars ?, un carnet de route du batteur de Mars Red Sky et James Leg. Ou encore Explosions textiles, compilation de souvenir de musiciens, éditeurs ou journalistes à propos de leur premier t-shirt de groupe. Des skateboards aussi, qui reprennent les visuels des groupes signés sur son label. Chez Kicking Records, qu'il tient à bout de bras, le dévouement est total, au moins autant que cette forme d'art alternatif qu'il défend. Mais s'il avait une devise, elle tiendrait en une phrase : Punk rock is not a job. "Mon frigo est déjà rempli par mon travail. Tout ça, c'est juste pour être fidèle à mes 16 ans."

Les 24 et 25 juin prochain, le label Kicking Records fêtera ses 10 ans comme il se doit à Paloma dans le cadre d'un festival où 20 groupes viendront jouer entre le club et la grande salle. Au programme, folk country, power pop, punk rock.

Plus d'informations sur l'évènement ici : http://paloma-nimes.fr/evenement/10-years-kicking-fest/.

Baptiste Manzinali

 

 

 

 

 

 

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Baptiste Manzinali

Diplômé de l'ESJ, passionné d'actualité en général, musique, football, cinéma, jeux vidéo et civilisations anciennes.

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