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LES SPÉCIALISTES Chômage et cdi, le président d’Addworking Julien Pérona apporte son expertise

Image d'illustration. Flickr.
Image d'illustration. Flickr.

Tous les samedis, à 7h, ne manquez pas le décryptage des spécialistes d'Objectif Gard sur un événement, un fait d'actualité, une polémique... Cette semaine, Julien Pérona, président et co-fondateur de l'agence d'emploi digitale spécialisée dans le hors salariat Addworking, décrypte les chiffres du chômage dévoilés par le gouvernement. Une reprise ? Oui, mais avec quelques nuances.

Julien Pérona, président et co-fondateur d'Addworking. DR
Julien Pérona, président et co-fondateur d'Addworking. DR

Objectif Gard. Votre agende d'emploi digitale est spécialisée dans le "hors salariat", qu'est ce que cela signifie ?

Julien Pérona. Le hors-salariat est une forme de prestation intellectuelle qui est rendue à l'entreprise contre une rémunération et sans lien de subordination. On est dans le cadre du travailleur indépendant qui effectue des missions à la carte avec un contrat de prestation de service. Généralement ce travail peut être effectué sur le site de l'entreprise ou à domicile, c'est ce qu'on appelle du home office ou du télé-travail. Le hors salariat c'est une façon de travailler avec une entreprise sans être attaché à un type de contrat comme le cdd, le cdi ou l'interim. Certains cumulent avec une activité à temps plein car ils ont un taux de disponibilité qui le leur permet.

Quel types d'emplois correspondent à ce type de contrat ?

Nous avons par exemple des secrétaires indépendantes qui travaillent avec des "clients" dans le Gard et tout le PACA. Nous avons cinq verticales de métiers : l'administratif, l'audit et le conseil, l'informatique et web, ingénieur et chef de projet et business développeur et manager. Puis il y a aussi une branche plus technique où l'on retrouve des dessinateurs, des photographes. Travailler avec un indépendant, il faut que cela soit fait dans un cadre sécurisé et maitrisé, c'est ce que nous leur apportons. Nous facturons la prestation et on se rémunère sur la transaction en fonction du montant fixé. L'indépendant est libre de fixer son tarif.

En mars 2016, il y a eu 60 000 demandeurs d'emploi en moins en catégorie A. Mais selon vous, 85 % de ces emplois ont été crées sur une base d'activité réduite ?

Tout le monde se réjouit du recul du chômage. Mais il faut surtout regarder vers où sont partis ces demandeurs d'emploi, vers un cdi, cdd, interim ? En réalité, on se rend compte que 85 % d'entre eux soit 51 000 sont sortis de la catégorie A et ont travaillé moins de 78 h dans le mois. Ce n'est pas une critique, c'est une réalité. On voit que la reprise économique qu'on aimerait tous va passer vers une activité d'emploi assez réduite. Aujourd'hui, c'est évident que les multinationales ont encore la capacité de proposer des cdi. Mais si on regarde en Languedoc Roussillon Midi Pyrénées, le tissu économique est fait principalement de TPE et PME. Et ce sont eux qui ont le plus de mal à envisager leur carnet de commande et créer un emploi sur la base d'un cdi, c'est très compliqué.

Donc les chiffres du chômage ne sont pas aussi bons que prétend le gouvernement ?

Il y a bien une baisse du chômage, mais on joue sur la sémantique des mots. Ces 60 000 personnes n'ont pas retrouvé un cdi mais simplement un prémisse d'activité. Ma réaction est juste de regarder de plus près car cette notion de travail à la carte que je défend, elle sera de facto demain un marche pied vers un emploi de type contrat de travail ou dans le but de découvrir une activité économique. La grande majorité des gens qui s'en sortent en indépendant ne veulent plus entendre parler de cdi. Ce n'est plus un seul employeur qui détient votre avenir professionnel, mais plusieurs. Donc il y a une diminution du risque de perte d'emploi. Je partage le point de vue de Macron qui disait qu'il est plus simple aujourd'hui de trouver des clients qu'un emploi.

Le CDI n'a t-il plus aucun avenir ?

Non on ne peut pas aller jusque là mais disons qu'il sera réservé à une certaine catégorie d'activité. Le cdi ne peut pas disparaitre mais correspondra aux entreprises qui auront une visibilité et une capacité financière à prendre des risques. Mais cela concerne un pourcentage très mince du volume d'entreprise de notre périmètre économique. Il faut avancer dans notre époque et qu'on accepte que les trente glorieuses sont derrières nous. Aujourd'hui, sur les 200 millions de contrats de travail, la part des cdd n'a jamais été aussi forte, elle est de 90 %. C'est colossal.

Mais cela pose aussi le problème de la protection sociale des salariés ?

Mais finalement la protection sociale des salariés n'est elle pas un frein à l'embauche ? C'est un vrai sujet pour les travailleurs indépendants, il faut réfléchir à un modèle. Le rôle de notre agence est de proposer une prestation à la carte pour ces travailleurs : un peu de protection juridique ici, de la protection maladie par là, ce n'est pas encore faisable mais on est sur ce projet. Les gens préfèrent avoir une activité perenne et être en auto assurance que finalement dans une protection sociale sans avoir de revenus conséquents. On est dans un mécanisme plus adapté à l'économie actuelle pour espérer une reprise de la croissance.

Propos recueillis par Baptiste Manzinali

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Baptiste Manzinali

Diplômé de l'ESJ, passionné d'actualité en général, musique, football, cinéma, jeux vidéo et civilisations anciennes.

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