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GENS D’ICI Jérôme Domingo : de la sueur et des lames !

 

Dans son atelier nîmois, Jérôme Domingo créer des couteaux originaux Photo : Philippe Gavillet de Peney/Objectif Gard)
Dans son atelier nîmois, Jérôme Domingo crée des couteaux originaux (Photo : Philippe Gavillet de Peney/Objectif Gard)

Cet été Objectif Gard vous offre une galerie de portraits de Nîmois. Quelques-uns ont une certaine notoriété, d'autres ne sont que d'illustres inconnus mais ils ont en commun d'être, chacun à sa façon, des "figures" de la cité des Antonin. 

Nîmois élevé à Clarensac comme il se définit lui-même, Jérôme Domingo n'était pas vraiment prédestiné à devenir artisan coutelier. "J'avais entamé un DEUG de philosophie. Ça me plaisait bien mais les études beaucoup moins !", rigole-t-il à posteriori. "Je ne me voyais pas finir dans la peau d'un prof de philo."

Après son Service national, le destin et les petites annonces dégotées par sa mère dans un quotidien du Puy de Dôme vont se charger de...trancher pour lui ses problèmes existentiels : "Je ne savais pas vers quoi m'orienter professionnellement. Ma mère, qui habite Clermont-Ferrand, avait vu dans les journaux locaux que la filière recrutait. Je me suis dit pourquoi pas ?"

Jérôme Domingo a créé le Nîmois Photo : Philippe Gavillet de Peney/Objectif gard)
Jérôme Domingo a créé le Nîmois (Photo : Philippe Gavillet de Peney/Objectif gard)

Installé à Thiers (63), dans la capitale de la coutellerie française, Jérôme y connaîtra des débuts difficiles avant de décrocher un contrat d'apprentissage en alternance dans une usine qui produisait industriellement des couteaux de cuisine : "J'ai mis trois mois pour trouver un maître de stage. Personne ne voulait de moi. Quand je cherchais un patron on me disait "pourquoi pas !" mais quand je précisais que je venais de Nîmes, je n'avais plus de réponse : les patrons n'avaient confiance que dans les Thiernois !"

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Jérôme Domingo s'est installé rue Saint-Castor dans une boutique vieille de 150 ans (Photo : Philippe Gavillet de Peney/Objectif gard)

Créateur du couteau Nîmois

Tout ça se terminera en un heureux épilogue et Jérôme finira par obtenir son CAP de coutelier. Plus tard il se fait embaucher chez un artisan, l'entreprise Fontenille-Pataud où il passera 17 ans. "C'est là-bas que j'ai été véritablement pris de passion par ce métier. Nous produisions des couteaux haut de gamme. Chez mon précédent employeur, j'avais déjà acquis les bases du métier et pris conscience de ses exigences", détaille le fumeur de cigarillo.

Revenu à Nîmes en janvier 2010 pour reprendre une boutique vieille de 150 ans, l'homme aux mains d'argent s'est aussitôt lancé dans la création. Loin du modèle de l'Opinel qui avait accompagné son enfance de gamin coureur de garrigue. "Je suis allé faire des recherches au Musée du Vieux Nîmes et au Musée archéologique pour savoir s'il existait un couteau typique de Nîmes", poursuit le sympathique barbichu. "Et comme ce n'était pas le cas, j'ai décidé de créer le Nîmois. J'ai obtenu de la Mairie de pouvoir utiliser l'emblème de la Ville. Il figure en estampille sur le manche de mes Nîmois. Ce sont des couteaux numérotés dont je viens de vendre le 2 000e exemplaire il y a quelques jours. Pour celui-ci, le manche est en ivoire de mammouth (!) et j'ai gravé sur la lame les peintures rupestres de la grotte Chauvet et de la Beaune Latronne."

L'artisan en plein travail. De la sueur et...des lames ! (Photo : DR)
L'artisan en plein travail. De la sueur et...des lames ! (Photo : DR)

Une épée pour l'Empereur des Grands jeux romains

Un modèle exceptionnel et unique pour lequel il a fallu débourser 700 euros (*)... Mais côté créations originales, Jérôme n'en est pas à son coup d'essai. Avec ses collègues de la Confrérie marguerittoise des forgerons couteliers, à l'occasion des Grands jeux romains de Nîmes, il a forgé un glaive destiné à César à partir d'un lingot de fer issu d'une épave échouée au large des Saintes-Marie de la Mer ! Au quotidien, pour les manches de ses couteaux, "l'artiste artisan" utilise des essences de bois traditionnelles ou originales (l'olivier, le cade (un genévrier de garrigue, NDR), l'ébène, le bouleau, le platane...) mais aussi... de la corne de taureau de corrida qu'il récupère après chaque Féria à Nîmes ! Les lames sont en acier inox ou carbone. Quand ce ne sont pas des lames de Damas... "Le Damas est un acier forgé et replié qui comporte 176 couches", détaille l'homme de l'art qui installera bientôt un nouvel atelier d’affûtage à l'extérieur des Halles de Nîmes. Histoire de...couper un peu avec le quotidien de la boutique.

Philippe GAVILLET de PENEY

philippe@objectifgard.com 

(*) Pour un Nîmois de début de gamme, il faut compter 125 euros. Certaines pièces peuvent aller jusqu'à 1 000 euros. Jérôme organise des stages à la journée, de 9h à 16h, sur réservation (180 euros). Les stagiaires repartent avec le couteau qu'ils ont fabriqué. Contact : Coutellerie Domingo. 15, rue Saint-Castor. Nîmes. Tél : 04 66 67 01 28.

Sous le marteau de lartisan, lobjet prend forme... Photo : DR)
Sous le marteau de l'artisan, l'objet prend forme... (Photo : DR)

Etiquette

Philippe Gavillet de Peney

Après avoir traîné ma plume et ma carcasse un peu partout dans les rédactions des quotidiens régionaux de l'Hexagone, j'ai posé mes valises à Objectif Gard en mars 2016. Couteau suisse de la rédaction, j'interviens dans plusieurs rubriques avec une inclination plus marquée pour le sport, les portraits et les sujets de société... Au sein du journal, j'assure par ailleurs le Secrétariat de rédaction.

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1 commentaire sur “GENS D’ICI Jérôme Domingo : de la sueur et des lames !”

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