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PROCÈS DJIHADISTES Les premières explications de la filière nîmoise

Le procès de la filière nîmoise de djihadistes s'est ouvert ce lundi devant le tribunal correctionnel de Paris. Photo Tony Duret / Objectif Gard
Le procès de la filière nîmoise de djihadistes s'est ouvert ce lundi devant le tribunal correctionnel de Paris. Photo Tony Duret / Objectif Gard

Ce lundi après-midi, le procès d'une filière nîmoise de djihadistes s'est ouvert devant le tribunal correctionnel de Paris. Les cinq prévenus, cinq nîmois, sont jugés pour "association de malfaiteurs en vue de préparer des actes de terrorisme" pour quatre d'entre eux. La seule femme de la bande, Fatima, qui comparait libre, est accusée de "financement d'une entreprise terroriste". C'est elle qui a été entendue la première.

"Avec vous, c'est un pas en avant et deux en arrière", résume parfaitement le juge assesseur lors du passage à la barre de Fatima. Cette mère de trois enfants, âgée de 35 ans, est restée près de deux heures devant la présidente de l'audience à tenter d'expliquer son rôle, qu'elle minimise autant que possible. Foulard mauve recouvrant ses cheveux bruns, menue, la trentenaire raconte d'une voix fluette une enfance dans "une famille normale", avec un père qui travaille et une mère qui s'occupe de ses huit enfants. Fatima, la deuxième de la fratrie, a eu un BAC commerce, puis un BEP compta avant de faire des petits boulots dans des magasins et de finir secrétaire, le poste qu'elle occupe actuellement. Dans cette famille "normale", la présidente note tout de même que quatre de ses frères et sœurs sont partis en Syrie... Fatima ne l'explique pas vraiment puisque, dans sa famille, "on faisait le ramadan mais pas plus". En cherchant bien, elle indique que ce seraient les mariages de ses sœurs en 2010-2011, et l'arrivée de leurs maris respectifs, qui auraient radicalisé une partie de la famille.

-           J'étais baigné dans cette idéologie. Je lisais et je répétais ce que je lisais sans raisonner, déclare Fatima.

-           On a le sentiment que vous êtes en retrait aujourd'hui. A vous écouter, vos idées, ce n'étaient pas les vôtres..., analyse la juge.

Si la présidente s'agace légèrement, c'est que les écoutes téléphoniques - qui ont duré pendant un an - sont éloquentes. A l'audience, la magistrate relit des discussions entières entre Fatima et ses frères partis au combat. On y parle beaucoup d'argent à envoyer en Syrie mais aussi, parfois, de leur vision de l'Islam. Fatima y explique que "financer, c'est aussi faire le djihad"...

-           Quand j'ai dû dire ça, c'était l'époque où j'étais dans l'extrême de la religion, précise-t-elle aujourd'hui aux magistrats.

A force d'insister, son avocat Marc Geiger (barreau de Carpentras) parvient enfin à la faire parler de cette époque où elle avait accroché sur le mur de sa chambre le drapeau noir de l'État Islamique, où elle pestait contre la laïcité ou l'homosexualité :

-           C'est comme si on nous hypnotisait, on était tellement ancrés là-dedans. Aujourd'hui, je me pose la question :"Comment j'ai pu ?". A cette époque-là, il n'y avait que des contraintes, tout était illicite. Limite, respirer c'était illicite. Je m'en suis sortie quand j'ai vu le mal que ça faisait, quand j'ai vu dans les médias les viols des femmes, ça m'a ouvert les yeux.

l'intérieur de la salle d'audience
l'intérieur de la salle d'audience

Sur le soutien logistique apporté à ses frères partis en Syrie, Fatima reconnait qu'elle pointait sur le site de Pôle Emploi pour son son frère (en Syrie à ce moment-là). L'argent récoltée partait directement à l'étranger.

-           Pour moi, il s'agissait d'envoyer de l'argent à mes frères et sœurs pour qu'ils mangent. C'était aussi pour leurs enfants, minimise-t-elle à nouveau refusant la possibilité que l'argent ait pu financer l'achat d'armes ou le groupe terroriste EEIL (État Islamique d'Irak et du Levant) auquel les Nîmois appartenaient.

Dans le box des accusés, les quatre autres Nîmois, qui auront à répondre d'accusations plus graves, sont restés silencieux. Dès demain, Anas, 32 ans, considéré comme le recruteur de volontaires aux combats, aura l'occasion de s'exprimer. Son voisin de prétoire, Benoit, 23 ans, devra lui aussi expliquer les photos en tenue de combat, arme à la main et ceinture explosive autour de la taille. Mohamed et Djéson, eux, seront entendus mercredi avant le réquisitoire et les plaidoiries en fin de semaine. Le jugement sera rendu vendredi soir.

Relire ici la présentation du procès

Tony Duret

tony.duret@objectifgard.com

 

 

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Tony Duret

Tony Duret, journaliste à Objectif Gard depuis juin 2012.

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