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NÎMES Philippe Lamour lycée en crise …

(photo Véronique Palomar)
La banderole est fin prête, la troupe va pouvoir rejoindre le point de rendez-vous à la maison Carrée (photo Véronique Palomar)

Hier, appel de l'intersyndicale à la grève nationale de tous les fonctionnaires. Dès le matin,  au Lycée Philippe Lamour, des enseignants motivés se préparent pour la manifestation, une occasion de dénoncer les dysfonctionnements qui pénalisent élèves et professeurs de l'établissement. 

Maya Amer Moussa est souriante mais elle n'en est pas moins déterminée. Défendre, son statut, sa profession, c'est pour elle plus qu'une question de salaire. "Pour moi l'école publique est le seul outil de redistribution des richesses", affirme l'enseignante en histoire géo. Et de poursuivre, "nous assistons à une disqualification du service public. C'est catastrophique ! " Les revendications des grévistes rejoignent bien entendu totalement celles des manifestants du jour : la défense du service public, les mesures stigmatisantes, inutiles et destructrices prises par le gouvernement, comme le rétablissement du droit de carence (premier jour de maladie non payé). "Comme si les fonctionnaires étaient plus sujets à l'absentéisme que les autres, s'insurge Maya. Il y a 3,4% d'absentéisme, dans le privé pour 3,7% dans le public, appuie-t-elle, "l'écart n'est pas flagrant au point de justifier une mesure".

Des élèves sans profs

Et puisque l'on parle de carence, il y a celle plus grave du personnel enseignant. La situation du lycée Philippe Lamour, en ce premier mois de l’année scolaire, illustre les problèmes de recrutement et d’affectation des enseignants, autant que la précarisation des moyens d’enseignement. Depuis 1 mois, les élèves de deux Terminales ES et de deux 1ère ES n’ont pas eu de cours de SES (sciences économiques et sociales). Six contractuels différents se sont succédés sur deux postes, sans être formés ni même diplômés dans la matière enseignée. Les élèves germanistes ont été également privés de plusieurs semaines de cours et reçoivent à ce jour un enseignement réduit, le professeur remplaçant enfin nommé étant en service partagé sur un autre établissement. En Sciences physiques enfin, il aura fallu attendre presque un mois pour que tous les élèves aient cours. Trois postes sur les quatre évoqués étaient pourtant annoncés vacants dès le mois de juin.

Crise de confiance et fuite vers le privé

"Sous Sarkozy, poursuit Maya Amer Moussa, 60.000 postes ont été supprimés. À peu près rétablis sous Hollande, mais le boom démographique de l'an 2000 est là, au Lycée". Et pas de moyens supplémentaires en vue.  Ajoutons à cela, une crise des vocations évidentes due à une attractivité très en baisse pour le métier d'enseignant, salaires revus à la baisse, conditions de travail souvent difficiles. … "Alors les parents mettent leurs enfants dans le privé. Comment leur en faire le reproche ?" se désole Maya. "On va vers une éducation à deux vitesses"…  Et c'est surtout contre cela que l'on se bat au lycée Philippe Lamour. "On assiste à une crise de confiance des parents, amplifiée par des campagnes de rumeur sur les réseaux sociaux. Les effets sur la motivation des élèves comme des personnels, sur la confiance des familles et sur la réputation de notre établissement sont particulièrement négatifs, les rumeurs et propos diffamatoires allant bon train sur les réseaux sociaux". Et de conclure : "Dans le contexte de compétition accrue entre les établissements scolaires, et en particulier avec les établissements privés, les personnels font le constat amer que l’institution ne souhaite pas donner les moyens à l’École publique d’assurer ses missions, et choisit de délaisser un établissement public, qui s’efforce pourtant de maintenir une mixité sociale et scolaire largement mise à mal dans le bassin nîmois". Plus de 56% du personnel enseignant était mobilisé en ce jour de grève et de manifestations, syndiqués ou non. Audience avait été demandée au recteur… À suivre donc…

Véronique Palomar

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Véronique Palomar

Après une longue carrière au service de l'information dans l'hémisphère sud, me voilà de retour dans l'hexagone. Heureuse de mettre, plume, regard neuf et expérience au service d'un journal indépendant et de continuer à informer.

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