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FAIT DU JOUR L’Université de Nîmes forme les futurs détectives privés !

Paul Ansaldi est l'un des deux agents de recherche privé qui enseignent ARP) à l'université Nîmoise. À ses côtés, Célia, une des treize étudiante de la promotion 2017/2018 (Photo : Philippe Gavillet de Peney/Objectif Gard)
Paul Ansaldi est l'un des deux agents de recherches privées (ARP) qui enseignent à l'université Nîmoise. À ses côtés Célia, une des treize étudiants de la promotion 2017/2018. "J'ai toujours aimé le Droit et l'univers de la Police, mais le Droit, c'est trop général", analyse l'étudiante (Photo : Philippe Gavillet de Peney/Objectif Gard)

Peu le savent mais l'Université de Nîmes, la plus petite de France métropolitaine, est l'une des deux seules universités françaises à former les futurs agents de recherches privées. Cette année, treize étudiants ont choisi d'intégrer cette filière originale. Objectif Gard a voulu en savoir plus sur un métier peu courant et sur les motivations des futurs limiers.

Chez le béotien, dès lors qu'on parle détective privé on convoque aussitôt quelques figures tutélaires de la littérature (Sherlock Holmes, Hercule Poirot...) et quelques têtes iconiques du cinéma et de la télévision (Vidocq, l'espion de l'Empereur Schulmeister, Magnum, la cohorte de déjantés du ciboulot de l'Agence tous risques...).

Au risque de casser le mythe et de piétiner les fantasmes de quelques-uns, les agents de recherches privées (l’appellation contrôlée !) ne sont pas ces casse-cous qui prennent tous les risques en conduisant à tombeau ouvert une Ferrari Testa Rossa (Magnum) ou en s'entassant dans un hélicoptère piloté par un dangereux schizophrène (Looping de l'Agence tous risques). Pas plus qu'ils ne dissèquent et n'analysent les cendres de cigarettes à la loupe et au microscope comme ce cher Sherlock...

Une profession très encadrée et surveillée

Bien plus prosaïquement, la profession repose essentiellement sur la loi, le Droit et le Code de la sécurité intérieure et ne laisse aucune part à l'improvisation ou aux expériences empiriques solitaires. "Notre profession est réglementée depuis 2003. Cela a permis de l'assainir puisque nous sommes passés de 4 000 professionnels, en l'an 2000, à seulement 800 aujourd'hui. Nîmes est l'une des deux universités, avec deux établissements privés, à préparer le diplôme reconnu par l'État", indique Frédéric Ollivier, l'un des deux professionnels en activité à professer au sein de la structure. "Le métier est très encadré. Il n'est pas question de faire n’importe quoi dans n'importe quelles conditions. Il est interdit de répondre à des sollicitations illégitimes, illégales et immorales. Désormais, nos rapports peuvent être produits en justice pour apporter la preuve. Nos activités sont surveillées par la CNIL (Commission nationale de l'informatique et des libertés) et par le CNAPS (Commission nationale des activités privées de sécurité). On se doit de travailler dans un cadre légal qui respecte les libertés individuelles et la vie privée des personnes. Parfois, même si on constate des choses, on ne peut pas s'en servir..." 

Vingt-six enseignants interviennent sur la formation

Quant aux candidatures, elles sont sérieusement passées au crible avant d'être validées. "En moyenne, l'université reçoit chaque année 250 demandes d'inscription pour un maximum de 15 places", précise son collègue et confrère, le Nîmois Paul Ansaldi, qui est du nombre de ceux ayant passé et réussi leur formation au sein de l'université nîmoise avec la première promotion en 2003. "Le premier critère de sélection est universitaire. Généralement, le niveau Licence est requis même s'il peut y avoir des exceptions avec des candidats présentant un profil intéressant. Au final, c'est une commission composée de trois professionnels et de deux universitaires qui tranche sur les admissions. La formation est dispensée sous forme de contrôle continu par vingt-six intervenants différents. Des juristes assurent les cours de droit mais les élèves sont aussi formés à la photographie, au profilage, à la réalisation d'enquêtes et aux techniques de filatures avec des policiers. Sans oublier des cours d'économie et de gestion..."

"On réfléchit aussi à l'implantation géographique des candidats afin de pouvoir répartir de façon homogène les futurs agents sur le territoire et ne pas engorger certains secteurs au détriment d'autres", reprend Frédéric Ollivier. Pour ce qui concerne le profil recherché, il n'y en a pas de particulier et tout le monde peut avoir sa chance... "Cette année la fourchette des âges varie entre 21 et 41 ans. 2/3 sont des filles. Nous avons des anciens étudiants en droit mais aussi une ex-clerc d'avocat qui souhaitait se recycler", ajoute l'enquêteur privé.

Des profils différents mais des motivations jumelles

La jeune bordelaise Carole Quinsenac (21 ans) fait partie de cette nouvelle promotion. "Je suis issue d'une filière Droit et j'ai obtenu ma Licence l'an dernier. J'avais d'abord pensé à intégrer l'École de la magistrature à Bordeaux. Mais le côté confidentiel du métier d'agent m'attire. Je suis d'une nature indépendante et solitaire et ce métier correspond bien à ma personnalité. J'ai cette envie de travailler au contact du public, sur le terrain, pour les particuliers et les entreprises. L'idée de rechercher des preuves pour leur compte et d'établir la véracité d'une situation qui leur est préjudiciable me plaît. Je pense que le rôle de l'agent de recherches privées est de faire le lien entre la justice et ses clients."

Benjamin et Carole viennent dintéger la filière dagent de fecherche privé à Nîmes Photo : Philippe Gavillet de Peney/Objectif Gard)
Benjamin et Carole viennent d'intégrer la filière à Nîmes (Photo : Philippe Gavillet de Peney/Objectif Gard)

Chez son collègue de classe Benjamin M. (il a souhaité resté -presque- anonyme, NDR), les motivations se rejoignent même si le jeune trentenaire narbonnais peut se targuer de mieux connaître l'univers professionnel dans lequel il évoluera d'ici quelques mois. "Je possède déjà le diplôme qui permet de travailler en tant que salarié dans une agence. Je viens ici pour compléter ma formation pour pouvoir ensuite m'installer à mon compte. Cela fait maintenant quatre ans que je me suis investi dans ce projet après avoir travaillé auparavant dans le secteur du nucléaire industriel. Ce métier m'attirait mais je pensais que c'était impossible pour moi... J'aime la variété des missions qu'il propose et des affaires à traiter. J'ai par exemple eu l'occasion, à la demande de sa famille qui avait besoin d'être rassurée, de surveiller un homme qui vivait cloîtré dans son appartement et passait son temps à s'alcooliser. Après avoir découvert de façon parcellaire le métier, j'ai maintenant envie d'en connaître toutes les arcanes et les tenants et aboutissants."

De nombreux champs d'investigations

Tous comme leur aînés, les futurs limiers auront à exercer leurs talents et leur perspicacité dans de nombreux domaines comme l'espionnage industriel, le vol de marchandise, le détournement de fichiers commerciaux par un employé indélicat au bénéfice d'un concurrent, les arrêts de travail abusifs sur réquisition d'employeurs, les escroqueries à l'assurance...

Sans oublier les affaires familiales qui restent un des secteurs majeurs de l'activité d'un agent. "Depuis que l'adultère n'est plus une cause de divorce en regard de la loi, c'est surtout dans des affaires post-divorce que nous intervenons", informe Paul. "Cela concerne des histoires de garde d'enfant, de pension alimentaire, d'organisation d'insolvabilité... Une nouvelle spécialité connaît beaucoup de succès : la recherche de débiteur. L'industrie du luxe fait aussi appel à nous pour éradiquer la contrefaçon. Certains de mes anciens élèves ont d'ailleurs été embauchés chez LVMH... Plus rarement, des condamnés font appel à des enquêteurs privés pour refaire des investigations et obtenir une révision de leur procès. C'est ce qui passé par exemple dans l'affaire du jardinier Omar Raddad, condamné en 1991 pour avoir assassiné sa patronne Gisèle Marchal..." Élémentaire mon cher Paul !

Philippe GAVILLET de PENEY

philippe@objectifgard.com

Université de Nîmes (Site Vauban). 5 Rue du Dr Georges Salan. Téléphone : 04 66 36 46 46. Lien formation d'agent de recherche privé : https://www.unimes.fr/fr/formations/catalogue/licence-professionnelle-DP/droit-economie-gestion-DEG/licence-professionnelle-mention-agent-de-recherches-privees-program-fr_rne_0301687w_pr_1252873476972.html

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