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TOUSSAINT À Nîmes, les « porteurs » du cimetière Pont de Justice

Sofian 15 ans et Younès, 9 ans. Photo : Coralie Mollaret)
Sofian 15 ans et Younès, 9 ans originaires du Chemin-Bas d'Avignon. (Photo : Coralie Mollaret)

Ils s’appellent Younès, Sofian ou encore Sarah… Originaires du Chemin-Bas, ces enfants sacrifient une partie de leurs vacances pour porter les pots de fleurs dans les cimetières, en échange d’une pièce ou d’un billet. 

D’accoutumée si paisible et silencieux, le cimetière du Pont du Justice prend vie à la Toussaint. Ce mercredi après-midi, les voitures entassées à l’entrée de la nécropole laissent s’échapper les Nîmois, désireux d’honorer leurs morts. Les va-et-vient s’enchaînent. Le flux de visiteurs est continu. Certains arrivent directement avec leur pot de chrysanthèmes, acheté en amont. D’autres préfèrent l’acquérir sur place, au marchand de pomponettes établi pour l’occasion.

« C'est mieux d'être ici

que de rester couché à la maison »

Leurs couleurs chatoyantes viennent égayer cette triste journée d’autonome. Mais les fleurs ne sont pas les seules à insuffler un peu de vie ici. Regroupée à l’entrée du parking ou positionnés près du fleuriste ambulant, une trentaine d’enfants originaires du Chemin-Bas proposent leurs services. « Vous avez besoin d’un porteur madame ? » interpelle Younès, 9 ans, dont le visage d’ange est facteur de réussite économique. Depuis plusieurs jours, ces garçons et filles proposent aux personnes âgées de porter leurs pots de chrysanthèmes jusqu’à la tombe de leurs défunts.

Photo : Coralie Mollaret)
Une trentaine de petits jeunes proposent aux personnes âgées de porter leur pot de fleurs contre une pièce ou un billet. (Photo : Coralie Mollaret)

« Ça fait deux ans que je fait ça. Pour moi c’est de l’argent de poche » poursuit le garçon, sous le regard approbateur de son copain mais néanmoins concurrent, Sofian. « Moi je suis là de 9h30 à 12h et de 13h30 à 16h. C'est mieux d'être ici que de rester couché à la maison » fait remarquer l'adolescent. Avant eux, « nos pères et même nos grand-pères ont fait ça. Je pense que c’est spécial à Nîmes parce qu’à Arles et Avignon, il n’y a pas de porteurs » explique Sofian.

Une vieille tradition

Dans le milieu, la concurrence est rude. Si rude que des policiers municipaux veillent à ce qu’il n’y est pas trop de désordre… « Parfois les jeunes viennent à dix sur une voiture… Ça peut effrayer le papi qui veut sortir de son véhicule » commente le concierge, posté toute la journée devant le cimetière. Pour faire la différence, chaque porteur a sa technique. Son petit truc. Sofian mise sur la gentillesse :  « on cherche une place pour la voiture qui vient d’entrer dans le parking. Comme on est gentil, ça marche ! »

Younès se souvient encore de ce généreux papi qui « m’a donné un billet de 20€! » D’autres sont plus visiblement plus crochus : « la dernière fois je suis allé tout au bout du cimetière pour un euro ! » lance-t-il les yeux écarquillés. Avec l’argent gagné, les deux garçons prévoient d’en donner une partie à leurs parents et de s’acheter des vêtements. Sofian prévoit peut-être d’investir dans « une machine à pop-corn. »  Le sens du négoce n’a pas d’âge.

Coralie Mollaret

coralie.mollaret@objectifgard.com

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Coralie Mollaret

Journaliste Reporter d'Images pendant un an à Marseille, j'ai traversé le Rhône voilà quelques années pour vous informer en temps réel sur l'actualité Gardoise…

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