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NÎMES « Sans émotion, pas de décision », c’est l’histoire du Bataclan

Matthieu Langlois, médecin-chef du RAID et premier intervenant médical lors des attentats du 13 novembre 2015 au Bataclan était à Nîmes pour une conférence

Au micro, Matthieu Langlois (Photo Anthony Maurin).

Le quatrième rendez-vous d’Openîmes Métropole traitait la thématique de la "Médecine d’urgence et de catastrophe, retours d’expérience". Invités, Matthieu Langlois, médecin-chef du RAID qui a coordonné les opérations de secours du Bataclan et le professeur Bruno Debien, ancien chef des Urgences de l’Hôpital d’Instruction des Armées de Percy.

C'était un sujet un peu lourd, pas franchement jovial et encore moins facile d'accès qui était à l'ordre du jour du quatrième rendez-vous d'Openîmes, l'agence de développement économique de Nîmes Métropole. Pour Frédéric Escojido, directeur de la structure, "Nous avons la chance d'accueillir deux intervenants de haut vol pour cette conférence. Hélas, les pompiers du SDIS ne peuvent pas être présents car ils sont partis en Guadeloupe pour monter un hôpital de campagne".

Matthieu Langlois, médecin-chef du RAID lors de l'assaut au Bataclan, a tenté de désamorcer la tragédie et a souhaité amener les propos vers les valeurs de ces Hommes pas tout à fait comme les autres. "Médecin chef? Ça ne veut rien dire! C'est beaucoup de soucis et peu d'avantages... Cela fait dix ans que je suis au RAID où nous sommes six médecins. La médecine d'urgence, nous connaissons. En France, on la pratique plus que dans bon nombre de pays. Nous nous sommes vite aperçus qu'il nous fallait avoir des médecins spécialisés, une équipe inspirée de la médecine militaire et de l'urgence" explique Matthieu Langlois.

Le professeur Bruno Debien a également expliqué ses interventions sur les théâtres d'opérations de l'armée française (Photo Anthony Maurin).

Cette médecine spécifique a émergé après la prise d'otages de Neuilly. Mais c'est en 2012 que tout s'est précipité pour les Hommes du RAID. "La médecine tactique exige un supplément à la médecine plus classique. Nous nous sommes formés à la sécurité, à la tactique, à la police... On nous demande une double culture mais nous sommes des médecins avant tout. Je suis protégé par le même équipement mais je ne suis pas armé. De plus, je suis anesthésiste, pas chirurgien!" poursuit Matthieu Langlois qui a connu ses premiers attentats alors qu'il faisait partie d'une équipe SAMU lors des celui du métro Saint-Michel.

L'essentiel en ces moments de drame, rassurer les victimes. "On connaît la menace, on connaît le contre terrorisme mais le policier à pour lui une vraie faculté. Celle de s'adapter à l'imprévu, pour lui c'est important, ça fait partie de son ADN. Il faut arrêter de regarder des films, analyser et maîtriser la menace ne prend pas deux minutes! Dans ces instants, c'est le chaos. Depuis 2012, nous nous préparions à une opération comme celle menée au Bataclan. Nous avions mis en place des outils et nous nous sommes entraînés à cela" explique le médecin-chef.

Prévenus relativement tôt des événements, en réalité dès les premières explosions du Stade de France, les Hommes du RAID qui sont intervenus au Bataclan ne savaient pas forcément à quoi s'attendre sur place. Jamais une telle situation ne s'était présentée sur le sol français. "Nous étions quatre médecins, deux à Saint-Denis et deux autres aux Bataclan. Arrivés sur place, nous savions que nous allions vers une tuerie de masse avec une prise d'otages en cours. Les policiers de la sécurité publique ont fait un travail exceptionnel".

(Photo Anthony Maurin).

Sorti un an après les attentats du 13 novembre 2015, le livre de Matthieu Langlois a connu le succès car rares sont les personnes présentes ce jour-là à avoir parlé après avoir vécu de telles scènes. "Quand on entre au Bataclan, il y a des ordres, chacun sait ce qu'il doit faire et de toute façon le médecin ne rentre pas en premier" tente de minimiser le doc. Et de reprendre, "Il faut gérer nos émotions et accepter la situation. Sans émotion, pas de décision. Il y a la peur, le dégoût, la colère mais tout ça vous donne la force de décider. Nous sommes des accélérateurs de flux. On n'a sauvé personne, nous n'étions pas là pour faire des soins, il fallait être lucide mais nous devions faire sortir les vivants par ordre de priorité".

Et il fallait les trouver les survivants de cette tuerie... Certains étaient complètement abasourdis par les images vécues, d'autres étaient sans aucun repère, scotchés sur place et beaucoup se sont cachés, "Partout. On en a trouvé partout, cachés vraiment partout". Pour une personne présente mais encore en état de choc et qui ne voulait pas sortir tête nue de la salle de concert, un opérateur du RAID a cédé sa cagoule pour lui assurer un anonymat certain. Mais la finalité de la chose, c'est que cette attaque sauvage a légèrement fait évoluer l'entraînement du RAID.

"Pour nous, le Bataclan n'a pas changé grand chose mais nous avons pu apporter quelques améliorations à nos dispositifs, même sur le plan médical. Mais honnêtement, c'était du jamais vu et j'espère qu'on ne le verra plus" conclut Matthieu Langlois.

(Photo Anthony Maurin).

Il est certain que ce thème sans les principaux intéressés (pompiers) perdait un peu de son sens... Pas facile de remplir la salle mais le public en présence, assidu, passionné et reconnaissant des efforts nécessaires à de telles entreprises, s'est montré attentif et a pu questionner les invités lors d'une session chaleureuse, simple et conviviale. Les sujets des débriefings psychologiques, des garrots, de l'équipement, de l'organisation ou encore de la tactique sont venus parsemer cette conférence de réponses assurées par les excellents intervenants.

Etiquette

Anthony Maurin

Bonjour, je m'appelle Anthony Maurin, j'ai 33 ans et je suis journaliste depuis plus de dix ans. Le sport, les toros, le patrimoine, le tourisme, la photographie et le terroir sont mes principales passions... Sans oublier ma ville, Nîmes!

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1 commentaire sur “NÎMES « Sans émotion, pas de décision », c’est l’histoire du Bataclan”

  1. J’espère le jour où les idéologies en conflit reconnaîtront chacune leur responsabilité, et chercheront ce qui fait cause commune pour enfin mettre en œuvre des politiques cohérentes respectueuses de l’environnement et des cultures.

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