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FAIT DU JOUR L’élevage gardois à sec

Du jaune. Du jaune partout : du côté de Roquemaure, les prairies dans lesquelles André Nury fait pâturer ses 850 brebis sont complètement sèches. Et ça dure depuis cet été...

André Nury, éleveur ovin à Roquemaure (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

« J’ai 59 ans, je fais ça depuis que j’ai 12 ans, et je n’ai jamais vu une sécheresse comme ça », souffle-t-il avant de lancer, une colère teintée d’impuissance dans la voix : « c’est une année de merde ! »

« On est à la rue »

Un cri du coeur pour cet éleveur qui n’a pas pu sortir ses bêtes depuis octobre. D’habitude, après la transhumance, qui s’étend de début juin à début octobre, « l’herbe a poussé et elles sont dehors, explique André Nury. Pas cette année. » Cette année, cette satanée sécheresse n’a presque rien épargné. « Dans les garrigues il n’y a rien, à part quelques chênes verts, mais on est à la rue », poursuit l’éleveur. Et encore, il ne se plaint pas plus que ça : il a de quoi nourrir ses bêtes pour l’instant avec le foin qu’il a récolté, les terres du bord du Rhône donnant tout de même un peu plus que la moyenne. Ce qui ne l’a pas dispensé d’acheter 18 tonnes de maïs, « alors que dans les années normales, de l’herbe on en a en rab, et que je vend un peu de foin. » Pas cette année non plus, ce qui fait donc un double manque à gagner. « Ça coûte un argent fou », résume André Nury.

« Les conséquences sont les mêmes partout et pas que pour les éleveurs ovins : les bovins, caprins, tout le monde est dans la même situation », explique Luc Hincelin, éleveur ovin à Lussan et élu à la Chambre d’agriculture du Gard. Une situation qu’il décrit lui aussi comme exceptionnelle, de par sa durée et par la conjonction du manque d’eau et du soleil qui a grillé les prairies. « Et le problème c’est qu’on n’a pas pu replanter les prairies à l’automne pour avoir de l’herbe au printemps prochain et éventuellement faire une coupe de foin », poursuit l’élu. Résultat : il faudra attendre au mieux le printemps pour semer, ce qui fait qu’il ne sera pas possible de pâturer au printemps sur ces zones. André Nury est en train de replanter 10 hectares de prairies avec de l’avoine et de la vesce commune, « et s’il pleut on fera un petit regain en août septembre. » Pas avant.

D’ici là, il faudra tenir, au moins jusqu’au printemps. Ce qui veut dire pour la grande majorité des éleveurs acheter du fourrage. Seulement voilà, « aujourd’hui le cours flambe, il y a une spéculation importante, regrette Luc Hincelin. Aujourd’hui on est à 180, 200 euros la tonne. D’habitude c’est 150 euros. » Pire, le foin donné aux brebis pour le lait s’échange à des cours allant jusqu’à 280 euros la tonne. De quoi grever les finances des exploitations. Pour limiter la casse, la Chambre d’agriculture a mis en place, en partenariat avec les syndicats agricoles, un système d’achat groupé de fourrage. « Aujourd’hui, on a une demande de 1 500 tonnes de foin, ce qui représente 80 semi-remorques », précise Luc Hincelin. Voilà qui donne une idée de l’ampleur du problème…

Une des prairies sur lesquelles l'éleveur fait pâturer ses bêtes d'habitude (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

« Ça va être une année très difficile »

Reste que beaucoup d’éleveurs vont devoir lâcher du lest, et vendre des bêtes. C’est le cas d’André Nury : « Hier (mercredi, ndlr) j’ai vendu 200 agneaux que normalement je vends en avril pour Pâques, car je ne pouvais plus les nourrir. » Et s’il les a vendu, c’est à un prix en chute libre ces dernières années : « en 2015, on était à 70 euros l’agneau, en 2016 à 58 euros et en 2017 on m’en proposait 47 euros », dévoile Luc Hincelin. « Les cours sont en dent de scie, et plus vers le bas que vers le haut. Aujourd’hui, je les vends au même prix qu’en 1985 ! » Sans compter que, selon Luc Hincelin, les aides à la filière vont baisser en 2018.

2018 s’annonce comme l’année de tous les dangers pour les éleveurs, notamment ovins. « Ça va être une année très difficile, pronostique Luc Hincelin. Les semis du printemps 2017 sont morts, il faut tout recommencer. Les dégâts sont importants dans les prairies, on ne pourra se prononcer qu’en mars-avril. » C’est également à cette période que le classement en calamité agricole devrait être pris, et les éleveurs indemnisés, « même si ça ne sera pas avant juin et que ça ne sera jamais énorme », tempère Luc Hincelin.

Et d’ici là, « il faut qu’il pleuve, souffle André Nury. On ne pourra pas faire une deuxième année comme ça. »

Et aussi :

Le préfet a finalement levé le 4 janvier dernier les restrictions des usages de l’eau dans le département, car « les besoins de consommation de la ressource en eau sont réduits en cette période de l’année. » Pour autant, notre beau département n’en a pas fini avec la sécheresse : « le déficit hydrique rencontré depuis le mois de mai 2017 connaît le niveau historique le plus marqué. Dans ces conditions, la plupart des nappes suivies sont proches des plus bas niveaux relevés, et les cours d’eau présentent des débits habituellement rencontrés en période estivale », précise la préfecture. Si la situation se poursuit, le retour des mesures de restriction sera pour bien avant l’été.

Thierry ALLARD

thierry.allard@objectifgard.com

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Thierry Allard

30 ans, féru de politique, de sport et de musique. Jadis entendu en radio, je couvre depuis juin 2014 le Gard rhodanien pour Objectif Gard.

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1 commentaire sur “FAIT DU JOUR L’élevage gardois à sec”

  1. Mais qu’a t-on fait pour mériter cela ? L’aggravation des problèmes d’eau ne sont qu’une des conséquences de notre consumérisme outrancier.
    Les sécheresses, les inondations, les tempêtes… on bat les records tous les ans, et depuis la COP21, nous savons que nous sommes RESPONSABLES du réchauffement climatique, et que l’élevage a plus d’impact EFFET DE SERRE que le transport. Et que fait on ?
    Chaque niveau de la chaine alimentaire ne transmet que 10% du niveau inférieur. En abandonnant l’alimentation carnée, on accroit donc les rendements surfaciques alimentaires d’un facteur 9, ce qui permet de restituer de l’espace agricole aux forêts, permettant d’améliorer le puits de carbone terrestre, et de constituer des ressources biosphère pour les générations à venir, auxquelles on laisse déjà nos centrales et leurs déchets nucléaires.
    Si on en fait l’effort de la transition culturelle maintenant, c’est la Nature qui nous l’imposera dans des conditions de plus en plus dégradées.
    Voici un lien sur les besoins en eau :
    https://www.viande.info/elevage-viande-ressources-eau-pollution
    Et si vous avez manqué le dernier cash investigation, sur l’élevage en Nouvelle Zélande :
    https://tv-programme.com/cash-investigation_magazine/replay/la-nouvelle-zelande-la-vache-a-lait-du-monde-cash-investigation-extrait-3_5a5ca37431dfe

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