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FAIT DU JOUR La Gendarmerie au cœur, le citoyen en chœur

Commandant du Groupement de Gendarmerie départementale du Gard, le colonel Stéphane Lacroix évoque sa vie et son travail de tous les jours.

Dépôt de gerbe par le colonel Stéphane Lacroix (Photo Anthony Maurin).

Dans le Gard, le groupement de gendarmerie compte un peu moins de 900 gendarmes répartis sur les compagnies de Nîmes, Vauvert, Le Vigan, Alès et Bagnols-sur-Cèze. Le colonel Stéphane Lacroix les dirige depuis plus de deux ans. Portrait d'un passionné d'histoire, de vélo et de relations humaines.

46 ans, marié et père de trois enfants âgés de 19, 17 et 9 ans, le colonel Stéphane Lacroix n'est pas Gardois mais vient de Charente-Maritime où il a passé son enfance à vivre dans la caserne où officiait son père, lui aussi gendarme. "Aussi loin que je m'en souvienne, j'ai voulu être gendarme. J'ai vécu 18 ans en caserne et je me suis rapidement dit que ce métier me plairait. Servir l'autre, le bien commun et avoir accès à une multitude de métiers, c'était fait pour moi." C'est donc fort logiquement qu'il a intégré le cursus militaire.

Passionné d'histoire, il étudie à la Sorbonne puis à l'école des Officiers à partir de 1996. Amoureux de la montagne, de sport et des Alpes en particulier, il passe quelques bonnes années d'apprentissage et en conserve d'excellents souvenirs. "À l'issue de mon parcours, je me suis aiguillé vers la langue arabe pour nourrir le dialogue avec les jeunes des quartiers afin de briser la glace avec eux. En fait, choisir l'arabe m'a d'abord permis de prendre quelques points supplémentaires pour les examens mais je me suis très vite passionné, notamment pour la calligraphie que je travaille encore aujourd'hui. Ces modules ont fait prendre une toute autre dimension à mon parcours."

Le colonel Stéphane Lacroix, commandant du Groupement de Gendarmerie départementale du Gard (Photo Anthony Maurin).

En 2004, le temps de commander une unité départementale était venu.On lui propose Lunel où il restera en poste quatre ans avant d'intégrer l'École de Guerre où il suivra la formation de la 17ème promotion entre 2009 et 2010. Entre-temps, Stéphane Lacroix a participé à la présidence de la France de l'Union Européenne en 2008 en œuvrant pour la coopération internationale sur quatre fronts, la sécurité, l'espace Schengen, la protection civile et les drogues.

Globe-trotter, esprit ouvert et tête pleine

Fin de scolarité en 2010 et forcément toujours arabophone comme une petite dizaine de patrons de la Gendarmerie, on propose à Stéphane Lacroix d'ouvrir un poste de coopérant à Bagdad. "La Police irakienne voulait se structurer à la manière de la Gendarmerie française. J'ai accepté ce mandat de deux ans alors que j'allais vers l'inconnu. Je servais au côté du directeur de la Police Fédérale, j'avais des missions transversales et dangereuses. Il ne faut pas oublier qu'en Irak depuis 2003, un gendarme meurt chaque jour."

En 2011, le colonel Lacroix intègre l'école Polytechnique. Elle n'est pas la première structure inter-armée pour laquelle il s'investit. "J'ai toujours voulu travailler pour ouvrir la Gendarmerie à d'autres univers. Après trois ans passés à Polytechnique, où j'ai suivi une promotion et beaucoup voyagé avec elle, il me fallait faire autre chose". En 2012, on lui propose presque naturellement de prendre la tête du bureau d'Afrique du Nord et Moyen-Orient qui a pour vocation de mettre en oeuvre la coopération technique, opérationnelle et institutionnelle entre la France et le monde arabe.

Stéphane Lacroix attend avec impatience la mise en place de la Police de Sécurité du Quotidien (Photo Anthony Maurin).

C'est en 2015 que Stéphane Lacroix est appelé à commander la Gendarmerie d'un département français. Ça sera le Gard. "Revenir sur le terrain, c'est retrouver l'essence même de son engagement. J'étais très enthousiaste de pouvoir commander. Il n'y a rien de surprenant là-dedans car rien ne vaut le terrain. On s'enrichit des relations locales, on parle avec les acteurs de la vie du quotidien, on construit ensemble. La Gendarmerie est au carrefour du monde civil, c'est passionnant."

Sacré début de carrière pour celui qui est certainement appelé à briller plus haut, plus loin. À l'instar de son esprit sportif, Stéphane Lacroix est curieux de tout et veut être performant en tout. "J'ai découvert un territoire magnifique et très contrasté avec des zones urbaines, périurbaines, rurales, de la plaine et de la moyenne montagne. J'étais préparé au niveau élevé de délinquance de ce département car les enjeux y étaient nombreux et importants. C'était un défi à relever mais le Gard, pour un gendarme, est un département de plein exercice. Le Gard ne m'a pas déçu."

Un goût d'amertume...

Plus de deux ans après sa prise de fonction, que reste-t-il du sentiment de découverte ? Est-il entaché par l'immensité de travail à accomplir ? "Je suis déçu de ne pas avoir réussi à infléchir certains indicateurs de la délinquance comme l'insécurité routière ou les cambriolages. Les Gardois ont une drôle de relation à l'autorité et à la loi mais c'est un peu pareil sur l'ensemble de l'arc méditerranéen. On ne lâchera rien mais j'ai un léger goût d'amertume en parlant de ces sujets."

Depuis le début de l'année, le Gard fait partie des 20 départements prioritaires en matière de sécurité et ce n'est pas pour déplaire au colonel en poste. "La Gendarmerie dans le Gard relève des défis. Elle s'organise pour répondre aux attentes des Gardois et expérimente de nombreuses actions. La dernière en date est la Police de Sécurité du Quotidien. Pour nous, c'est épanouissant car la Gendarmerie est compétente sur 95% du territoire gardois et protège 66% de la population gardoise."

Le Colonel Stéphane Lacroix (à droite) pendant la revue des troupes (Photo Tony Duret / Objectif Gard)

Et les attentes sont nombreuses car l'insécurité semble régner à nouveau dans les esprits gardois. La PSQ sera-t-elle à la hauteur ? Quelles sont les clés de sont succès ? "Nous appréhendons la PSQ avec beaucoup d'envie car nous voulons remettre le citoyen au cœur de la sécurité. Ça me plaît de devoir nous adapter au territoire et aux actions locales. Nous devons mettre en oeuvre ou restaurer les moyens d'une relation renforcée avec la population. La Gendarmerie a besoin d'une image forte et d'empathie. Le monde a changé. Aujourd'hui, il faut coproduire la sécurité. Le citoyen doit être actif et ne peut plus se contenter d'être un consommateur. Dans le Gard, en 2017, on dénombrait 3 600 cambriolages. Si des gens, des capteurs, nous avaient appelé, nous serions intervenus plus rapidement alors je crois sincèrement à ce travail de fond auprès des citoyens pour qu'eux et leur maire soient plus réactifs."

Radicalisation ? Pas qu'en ZUP

Visibles au quotidien, les cambriolages et la sécurité routière sont les points noirs du Gard mais il en existe un autre : la radicalisation. Cette dernière est apparue voilà quelques années et sème le trouble sous le képi. Trouble ne veut pas dire défaillance et encore moins peur, entendons-nous bien. "La lutte contre la radicalisation est un enjeu important et la Gendarmerie prend toute sa part dans cette lutte. Depuis 2015 et les attentats en série, d'importants moyens sont mis en oeuvre mais on pourrait croire que cela ne concerne pas les zones de gendarmerie car on ne s'attend à de la radicalisation qu'en ZUP... C'est faux ! Il ne faut pas hésiter à signaler, à se mobiliser fortement sur le sujet car c'est une problématique complexe, sociétale et multiforme. La Gendarmerie doit prendre sa place, rien que sa place mais toute sa place."

Revenons à des choses un peu plus légères et à la vision que le colonel Lacroix a de son département d'adoption. Extrêmement bien intégré à la vie locale, il aime prendre la route et se balader au détour des chemins. "Mes coins de prédilection sont la Vaunage, l'Uzège et le sud du Gard. Mais vous savez, le chef ne doit jamais s'éloigner et travaille tous les jours donc rien n'est facile. Cependant, quand on part de Nîmes et qu'on va boire un café au Grau-du-Roi en passant par la Tour Carbonnière à vélo, c'est quand même quelque chose. Le Gard restera comme un temps fort dans mon parcours professionnel."

Enfin, en guise de conclusion, le colonel Lacroix a quelque chose à vous dire, à vous les Gardois. "Vous vivez dans un département magnifique et à ce titre, rien ne légitime qu'on meure sur les routes ou qu'on commette des violences à l'endroit de son voisin... Ici, tout est réuni pour bien vivre ensemble. C'est le message que le gendarme veut faire passer au quotidien."

Etiquette

Anthony Maurin

Bonjour, je m'appelle Anthony Maurin, j'ai 35 ans et je suis journaliste depuis plus de dix ans. Le sport, les toros, le patrimoine, le tourisme, la photographie et le terroir sont mes principales passions... Sans oublier ma ville, Nîmes!

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