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FAIT DU JOUR Jean-Bouin : un stade bâti pour marquer l’histoire

Grâce à des documents d'archives et aux témoignages d'anciennes gloires du Nîmes Olympique, revivez l'histoire et les particularités de cette enceinte mythique.

La tribune d'honneur du stade Jean-Bouin (photo d'archives Midi Libre/ Le Provençal)

Indissociable des grandes heures du Nîmes Olympique, le stade Jean-Bouin existe encore mais s'apparente aujourd'hui à un petit stade de district. Grâce aux témoignages de supporters, joueurs, dirigeants et journalistes qui ont connu Jean-Bouin, Objectif Gard vous propose, toute la semaine, de retracer l'histoire de cette enceinte, dont l'âme est encore bien présente. Premier volet, ce lundi, avec la chronologie de la construction du stade et tous les petits secrets qui y sont rattachés, livrés par ceux qui ont marqué ce lieu. 

Pour tous les Nîmois et tous ceux qui ont côtoyé Jean-Bouin, le premier souvenir qui revient c'est toujours cette ambiance formidable. Un thème que nous aborderons demain, car en premier lieu il est important d'évoquer la chronologie et l'architecture de ce stade pour en comprendre la ferveur si unique. Cet endroit est étroitement lié à l'apparition du football à Nîmes. Pionniers du ballon rond à Nîmes, Henry Monnier et Georges Pujolas, lassés de devoir tous les dimanche installer et ensuite ranger leur matériel, cherchaient un terrain. Afin d'exercer leur passion de manière permanente avec leurs amis, les deux compères font en 1919 l'acquisition d'une parcelle rue du Jeu-de-Mail pour 17 000 francs.

L'achat comprend un joli chalet, la villa Estassy, et une vaste olivette. Gard oblige, la garrigue est omniprésente et l'emplacement est parsemé de pierres. Il fallut donc en ramasser quelques brouettes pour bâtir un terrain à peu près praticable. Une matière qui fait partie intégrante de la surface de Jean-Bouin. D'autant plus qu'un puits était installé au milieu du terrain et qu’il avait fallu le reboucher. En plus de l'aire de jeu dédiée au foot, trois terrains de tennis furent érigés, d’où le nom de Parc des Sports. Des cours qui furent supprimés dès 1930 en raison d'un entretien jugé trop onéreux. À cette époque, une première tribune de 200 places voit déjà le jour.

Le 18 octobre 1931, jour de l'inauguration du stade Jean-Bouin en présence de l'ancien Président de la République, Gaston Doumergue, quatrième en partant de la gauche (photo Midi Libre)

Face à la montée en puissance du Sporting Club Nîmois, le premier club ayant fait le bonheur des footeux de la ville. Georges Pujolas, voit plus grand et achète trois petits mazets attenants au stade. L'un deux, acheté pour 2 500 francs de l'époque a servi de logement au concierge, longtemps occupé par le célèbre Pierrot Brunetti, dont le fils Jannick est chargé d'entretenir le Jean-Bouin de 2018.

En 1930, une tribune d’honneur de 1 200 fauteuils voit le jour. En face, on monte des gradins qui bordent la ligne de touche et qui deviendront ensuite la tribune de presse. Une structure faramineuse pour l'époque, inaugurée officiellement le 18 octobre 1931 sous le nom de stade Jean-Bouin en présence de Gaston Doumergue. Le natif d'Aigues-Vives venait de terminer son mandat de Président de la République, cinq mois plus tôt.

Mais le SCN connaît des difficultés, notamment financières, et le club disparaît en 1937. Le 12 avril de la même année, le Nîmes Olympique naît et prend possession des lieux avec l'espoir de se maintenir en deuxième division. Au sortir de la seconde guerre mondiale, le foot s'est arrêté et le stade s'est abîmé. De nombreux aménagements sont nécessaires pour éviter de le voir disparaître. Il faut l'association d'une vingtaine de personnalités nîmoises, sous l'impulsion de Jean Chiariny, pour racheter Jean-Bouin et le rénover tout au long des années 1950.

Président emblématique de 1945 à 1968, sous les conseils de M. Pantel, il décida d'ériger une grande butte. En 1958, une nouvelle tribune d’honneur en béton est construite en remplacement de l'ancienne en bois qui menaçait de s'écrouler. Une infrastructure qui comprenait les vestiaires en sous-sol . Nîmes avait enfin un stade digne de son standing, complété en 1962 par la pose de pylônes pour éclairer le stade.

Des installations qui évoquent un autre football

Malgré plusieurs vagues de travaux réalisés, le terrain était loin de correspondre aux magnifiques pelouses qui nous enchantent aujourd'hui. Stéphane Dakoski, gardien historique de 1948 à 1957 et premier joueur du Nîmes Olympique à avoir porté le maillot de l'équipe de France, se confiait sur l'état du terrain en 1989 à nos confrères du Midi Libre : "au début, il n’y poussait pas un seul brin d’herbe. C’était même un véritable champ de cailloux. Mais à la longue on s’y faisait. Je m’égratignais bien en plongeant, mais ce n’était pas important. Et quand Nîmes dominait, je me promenais dans ma surface de réparation et je faisais un peu le ménage en ramassant les pierres pour tuer le temps !" 

Au-delà du terrain gorgé de cailloux, le gardien, décédé en 2016 à l'âge de 95 ans, se rappelait également du vacarme et du boucan des spectateurs surtout quand les joueurs se préparaient avant le match : "du jamais vu à Jean-Bouin. La tribune prévue pour 1 500 à 2 000 places en abritait le double. Dans les vestiaires, juste en dessous, nous sortions au fur et à mesure que nous nous déshabillions tellement les planches qui composaient la tribune menaçaient de s’écrouler. Il y avait du monde partout, jusqu’au bord de touche." On comprend pourquoi quelques années plus tard les dirigeants du club se sont résolus à faire construire une tribune en béton...

Patrick Champ et Henri Noël exposent fièrement une photo de la tribune d'honneur devant les locaux actuels (Photo Corentin Corger)

Dans les années 1970, l'herbe avait pris le pas sur les cailloux mais des petits secrets subsistaient toujours coincernant la pelouse de Jean-Bouin. Les anciens locataires sont bien placés pour en parler. Les anciens Crocos Patrick Champ, Henri Noël et André Kabyle ont été nos guides sur place pour réaliser cette rétrospective sur Jean-Bouin. Ils se souviennent et nous ont ouvert l'armoire aux souvenirs. "Je me rappelle que les buts n'étaient pas en face l'un de l'autre. Il y avait un décalage", déclare André Kabyle (1966-1979) au moment de fouler son ancien jardin. "Et même une partie du terrain était en pente. Personne ne le savait. Les arbitres ne vérifiaient pas les terrains comme maintenant. Une équipe aurait très bien pu porter réserve, mais personne ne l'a jamais fait", concède le Martiniquais, le sourire aux lèvres.

Coincé entre de petites rues, cette localisation a renforcé le côté mémorable de ce stade. Un bout de pelouse entouré de quatre tribunes. Déjà, il y a une quarantaine d'années, un projet de nouveau stade était dans les tuyaux pour remplacer cet outil vétuste. Des tribunes où ne s'appliquaient aucune normes de sécurité, chose inimaginable aujourd'hui. Il y avait deux latérales : l'honneur, la plus longue, où se mélangeait personnalités et supporters, transformée en vestiaires, et en face la tribune de presse où quelques bancs subsistent encore. Des latérales bordées par deux buttes, la grande et la petite. Des enceintes plus populaires d'où montait une ferveur incroyable qui dépassaient largement la limite de leur capacité et où les gens s'entassaient au maximum. Pouvoir s'asseoir était un luxe que le peu d'espace laissé libre n'autorisait pas.

Après le stade et les vestiaires, le terrain d'échauffement avait été aussi conçu pour déstabiliser l'adversaire et lui faire comprendre qu'il allait passer une après-midi ou une soirée difficile en terre nîmoise. Les Crocos s'entraînaient uniquement le jeudi à Jean-Bouin, pour ne pas abîmer la pelouse et prendre leurs marques avant le match du dimanche. Souvent, un match de la catégorie Juniors avait lieu en lever de rideau avant la rencontre principale. L'échauffement se faisait donc derrière les vestiaires, dans un petit rectangle vert prévu à cet effet. "On sortait les premiers pour prendre la place. L'autre équipe était confinée dans un tout petit espaceL’échauffement c’était terrible pour eux. Ils ne pouvaient pas s’échauffer", se souvient Henri Noël, entraîneur de 1978 à 1982.

Numéro spécial du Midi Libre, le 14 février 1989, veille de l'inauguration du stade des Costières.

Les Crocos ont fait le bonheur de Jean-Bouin jusqu'au 17 février 1989, date du dernier match. Face à Istres, seulement 2 782 nostalgiques assistent au match nul 0-0 des rouges qui évoluent alors en seconde division. Porté par un projet ambitieux et également pour des normes de sécurité, Jean-Bouin est abandonné au profit du stade des Costières.

Les anciens le concèdent eux-mêmes, Jean-Bouin a beaucoup changé. En arrière-plan, la grande butte n'est plus. (photo Corentin Corger)

André Kabyle, Dédé comme le surnomme ses amis regrette le stade qu'il a connu durant sa carrière de joueur : "quand je joue tous les mardis, je me dis que ce n'est pas le Jean-Bouin que j'ai connu". Oui, oui, à 79 ans révolu, le recordman de matches (516) sous le maillot nîmois continue de prendre du plaisir balle au pied sur la pelouse de ses exploits passés. Un stade qui n'a plus rien à voir avec celui des années 1980. Après le déménagement aux Costières, le stade a été totalement détruit pour laisser place en 1999 à un complexe sportif doté d'une pelouse synthétique. Ce sont désormais les différents clubs de la ville qui s'adonnent à leur passion sur ce terrain chargé d'histoire...et définitivement débarrassé de ses cailloux.

À lire mardi 27 février, un article sur l'ambiance exceptionnelle qui régnait à Jean-Bouin. À suivre...

Corentin Corger

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