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BOUILLARGUES Les voyants sont au vert pour l’escrime déficient visuel

Cinquième édition du stage d'escrime réservé aux personnes atteintes de déficience visuelle.

Entraînement très intense avant la compétition (photo Corentin Corger)

L'Association Sportive Bouillargues Escrime Gard, a organisé toute la semaine la 5e édition de son stage dédié aux personnes non-voyantes et atteintes de déficience visuelle.

Un événement qui prend chaque année davantage d'ampleur, notamment depuis son ouverture à l'international, il y a trois ans. En 2018, ce sont deux maîtres d'armes du Canada qui sont venus se former à cette discipline. Un événement quasi unique en France qui englobe aussi la participation de jeunes dans le cadre du Service Civique. Pendant près d'une semaine, 24 déficients visuels et non-voyants se sont entraînés et affrontés quotidiennement pour se préparer à la grande compétition, samedi 4 et dimanche 5 mars.

Un stage qui concerne au total près d'une cinquantaine de personnes, comprenant les maîtres d'armes et l'ensemble de l'encadrement. Car pour que tout le monde puisse vivre à fond sa passion de l'escrime, des personnes valides se sont jointes à la fête. C'est le cas de Véronique, qui n'a pas l'habitude de combattre les yeux bandés. "C'est très différent. On travaille beaucoup plus sur le sens de l'équilibre. Et surtout on fait fonctionner d'autres sens par rapport à d'habitude. Comme l'ouïe et le toucher où avec le bras on va essayer de sentir son adversaire." 

Un tournoi ouvert à l'international

Un duel franco-italien encadré par le maître d'armes canadien, Daniel (photo Corentin Corger)

Des tireurs qui profitent des belles installations du club de Bouillargues qui dispose de deux salles. Une en haut consacrée aux leçons et à l'apprentissage de nouvelles techniques et celle du bas pour mettre en pratique les acquis. Un club, dont la présidente, Nathalie Belpaume, se donne corps et âme pour faire découvrir ce sport au-delà de la France. "Cette année, en plus de huit Suédois qui étaient déjà venus, nous avons la chance d'avoir six Italiens et trois Espagnols qui se sont rajoutés au dernier moment." 

Deux maîtres d'armes canadiens ont même traversé l'océan atlantique pour venir à Bouillargues. "Nous sommes venus chercher de l'expertise et de l'échange. Consolider nos bases et nous perfectionner dans l'escrime pour déficient visuel", partage Daniel. "L'objectif c'est que tous les pays adhèrent à une philosophie commune pour développer ce sport. C'est unique et génial ce que propose ce petit club. Nathalie est notre marraine pour exporter cette discipline au Canada", poursuit le francophone.

Cette rencontre, comme toute belle initiative, nécessite de trouver des fonds suffisants pour répondre à son financement. Les aides locales ne suffisant pas pour boucler son budget, la présidente du club bouillarguais a dû se tourner vers l'Europe pour obtenir une dotation. "Nous avons monté un dossier Erasmus Sport et nous avons été choisi parmi plusieurs projets européens. La somme de 50 200 euros nous a été octroyée, mais elle se répartit sur deux événements. En septembre, normalement, nous nous rendons en Suède et c'est le club de Bouillargues qui s'occupera de l'organisation." Une aide qui a vraiment "permis de mettre tout ça en place", concède Nathalie.

En tout cas le travail en vaut la peine, car les tireurs, notamment français, sont ravis de pouvoir se mesurer à des tireurs étrangers. À l'image de Raphaël, 33 ans, déficient visuel : "C'est vraiment cela qui m'a motivé à venir. C'est intéressant de découvrir différentes délégations, de travailler avec les Canadiens, les Italiens, avec la curiosité de voir les spécificités de chacun." Un sentiment partagé par l'ensemble des participants. Un rendez-vous sans enjeu qui se déroule dans un esprit convivial. Christophe, 54 ans, non-voyant, est un habitué des lieux. "Je suis passionné d'escrime.  En tant que personne handicapée, il s'agit d'une des rares activités où l'on est tout à fait autonome. On n'est pas des robots que l'on dirige. Là on est seul sur la piste sans personne.

Des jeunes en mission de Service civique

Comme Fatima, 20 ans, plusieurs jeunes adultes sont venus aider dans le cadre du Service civique (Photo : Corentin Corger)

Un stage qui cette année offre un double aspect. Dans le cadre du Service civique, une dizaine de personnes se sont succédé toute la semaine pour s'occuper des tireurs déficients visuels. Une présence pour les aider à se déplacer ou encore à servir de traducteur entre Français et étrangers. Une mission destinée à sensibiliser ces jeunes gens au handicap et le pari est réussi. "J'appréhendais un peu de travailler avec des personnes non-voyantes. Je me demandais comment ils allaient faire pour pratiquer l'escrime. Quand on les voit, on dirait des personnes valides", confesse Youssef, 26 ans. Un avis partagé par Fatima, 20 ans, "on est content d'être là" et Ali, 22 ans, "c'est une leçon de vie." Une édition qui, comme d'habitude, s'est terminée par une compétition : en individuel, le samedi et en double mixte, le dimanche.

Corentin Corger

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