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FAIT DU JOUR Le pain maudit de Pont-Saint-Esprit passionne jusqu’en Amérique du sud

C’était il y a bientôt 67 ans, et c’est encore un mystère : tout ou presque a été dit et écrit l’affaire du pain maudit, qui a fait sept morts et contaminé 250 personnes à Pont-Saint-Esprit et ses alentours en août 1951.

L'équipe de SKA Films venue de Montevideo à Pont-Saint-Esprit ce week-end, avec le réalisateur et producteur du documentaire Luis Ara (à D.) et les deux cameramen, Alejandro Belger et Adrian Nogueira (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

Une affaire sur laquelle de multiples théories coexistent, de l’ergot de seigle à…la CIA (*) . De quoi en faire une affaire exceptionnelle, qui intéresse toujours, et ce bien au delà de nos frontières.

« Nous cherchons toujours de bonnes histoires »

Une nouvelle preuve avec la venue ce week-end d’une équipe de tournage en provenance d’Uruguay. Une équipe de l’entreprise de production Trailer Films, qui réalise des documentaires diffusés sur les principales chaînes câblées de son continent, sur les plateformes de vidéo à la demande et même parfois au cinéma, et qui a donc traversé l’Atlantique pour venir passer quatre jours à Pont-Saint-Esprit.

Comment l’affaire du pain maudit a-t-elle fait son chemin jusqu’en l’Uruguay ? « En fait, nous cherchons toujours des bonnes histoires pour réaliser nos documentaires, explique dans un anglais correct le producteur et réalisateur du documentaire Luis Ara. Pour Pont-Saint-Esprit, nous avons entendu plusieurs théories, notamment celle sur la CIA. C’était au début de la guerre froide, et nous nous sommes aperçus que Pont-Saint-Esprit était une petite ville, loin des grandes métropoles. Nous nous sommes alors demandé, pourquoi cette petite ville ? »

Alors Luis Ara et son équipe se sont mis à faire des recherches sur le pain maudit, et notamment sur la thèse de la CIA, développée par le journaliste américain Hank P. Albarelli Jr. dans son livre A Terrible Mistake en 2009. Une thèse selon laquelle la CIA aurait testé sur la malheureuse ville du Gard rhodanien le LSD (le diéthylamide de l'acide lysergique est un psychotrope hallucinogène, NDLR) comme arme de guerre. Le tout au début de la guerre froide, période propice à ce type de théories s’il en est. Et au-delà du cas du pain maudit, auquel le documentaire sera entièrement consacré, « cette affaire est une manière de parler de cette époque et de ce qui s’est passé en Europe après la guerre », note Luis Ara.

« Les personnes n’ont pas envie d’en parler »

L’équipe a rencontré plusieurs Spiripontains pour les faire témoigner et a pu constater par elle-même que près de sept décennies plus tard, cette affaire reste très sensible. « Ça n’a pas été facile, et ce pour deux raisons, explique le réalisateur. On parle de faits qui se sont produits il y a 70 ans, et d’autre part les personnes n’ont pas envie d’en parler. Nous avons trouvé quelques témoins, mais ils ne veulent pas parler beaucoup. »

Pas de quoi décourager nos journalistes venus de Montevideo, qui vont cette semaine à Paris, et plus précisément au ministère des Affaires étrangères. « Nous ne cherchons pas une réponse sur le pain maudit, mais quelqu’un capable de nous expliquer comment la France a géré un cas comme celui-là à l’époque », avance Luis Ara. Le ministère n’a pas daigné leur répondre, alors l’équipe va utiliser la méthode "Élise Lucet" : « on va aller toquer à leur porte ! »

La réalisation de ce documentaire les emmènera ensuite aux États-Unis, pour une interview de Hank P. Albarelli Jr., et une rencontre avec les services de communication de la CIA, « pour donner à tout le monde l’opportunité de s’expliquer », souligne le réalisateur, qui se défend de faire des documentaires à sensation : « nous ne cherchons pas la polémique, mais à donner les outils pour que les spectateurs puissent aboutir à leurs propres conclusions. »

Le documentaire devrait être prêt au dernier trimestre 2018, probablement en octobre, et sera ensuite vendu à un diffuseur. D’ici là, Luis Ara et son équipe auront mis le cap sur la Pologne, pour un documentaire sur l’holocauste, « afin de garder vivante la mémoire de ce qui s’est passé. »

Thierry ALLARD

thierry.allard@objectifgard.com

La Central Intelligence Agency, fondée en 1947 par le National Security Act, est l'une des agences de renseignement les plus connues des États-Unis

Et aussi : Trailer Films est déjà venue tourner un documentaire en France. C’était il y a trois ans, sur un tout autre sujet : le rugby, et deux joueurs uruguayens qui jouaient dans le Top 14. « On était allés filmer un match entre Castres et Mont-de-Marsan », se souvient Luis Ara.

Lire aussi : LES ARCHIVES DE L’ÉTÉ « Pain maudit » de Pont-Saint-Esprit, 63 ans de mystère

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Thierry Allard

30 ans, féru de politique, de sport et de musique. Jadis entendu en radio, je couvre depuis juin 2014 le Gard rhodanien pour Objectif Gard.

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