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ALÈS Itinérances, Magyd Cherfi : « la République ne nous libère pas et la famille nous éreinte »

Rencontre avec l'auteur, compositeur et écrivain, ancien leader du groupe toulousain Zebda.

Souriant et disponible, Magyd Cherfi répond à tout sans langue de bois (Photo Véronique Palomar)

La projection d'un documentaire sur son parcours suivie d'un concert. Soit deux bonnes raisons pour que l'ex-auteur-compositeur et chanteur de Zebda fasse escale à Alès à l'occasion du festival Itinérances. Une pause, à son arrivée, le temps de se prêter avec sincérité et sans fard au jeu des questions réponses à bâtons rompus .

Objectif Gard : Zebda c'est fini ?

Magyd Cherfi : Oui je crois (sourires). On a fait le tour de ce qu'il y avait à dire.

Mais vous avez toujours des choses à dire ?

J'ai toujours écrit. J'étais un adolescent poète. Puis j'ai écris du théâtre, des scénarios de films, et des livres bien sûr. En ce moment je suis en plein dans l'écriture d'un roman dont le sujet est l'itinéraire d'une femme. Il y a longtemps que j'en rêvais. Me mettre dans la peau d'une femme pour parler de ce qu'elles subissent. Mon personnage est une femme dans les milieux progressistes…

C'est facile de se mettre dans la peau d'un femme ?

La mienne m'aide beaucoup. Même si je me suis toujours calqué sur le combat féministe pour bâtir le mien. Je veux parler de mon combat contre le racisme anti-arabe.

Vous voulez dire que ce que subissent les femmes est une forme de racisme ?

Oui c'est pareil. Avec ma femme on a vraiment subit ça. De par notre éducation, il fallait que j'ai l'air d'un homme "conforme" et elle, de la même façon, celui d'une femme. On étaient deux névrosés schizophrènes identitaires…

On va plus loin que la condition féminine là…

Oui, ça va plus loin. Aujourd'hui, j'ai peur de l'intérieur et j'ai peur de l'extérieur. À l'extérieur, c'est la peur des attentats. À l'intérieur, c'est celle de prendre un poing sur la gueule si je mange pendant le ramadan… On est infusé du mal identitaire. Aujourd'hui bon nombre de jeunes ont progressé dans l'échelle sociale. Ils sont instruits, ont des diplômes mais sont des névrosés identitaires. Un mal induit par leurs parents. On a été infestés par des imams ignares depuis 40 ans. Ceux-là même qui ne voulaient pas que ma mère apprenne le Français. Mon père non plus d'ailleurs. Ils apprenaient à nos parents que les Français étaient des mécréants qui mangeaient du porc. On nous donnait des cours d'Arabe... La République ne nous a pas protégé. Et 40 ans après, certains prennent les armes…

Après les attentats de Paris, vous avez pris la parole dans une tribune sur le journal libération pour crier votre appartenance à la France et dénoncer "le carnage". Et aujourd'hui ?

Ça ne va pas se régler à court terme, il va falloir des décennies pour que ça disparaisse. La République ne nous libère pas et la famille nous éreinte. Se libérer de cette névrose identitaire va demander du temps et…de l'aide.

Un roman en cours, ce soir des chansons. Et le cinéma ?

J'ai joué dans deux ou trois films. Mais je n'ai pas cette adrénaline là. Finalement je n'aime  pas dire les mots des autres. La chanson c'est la récré. Ça me permet de voir du monde, d'aller à la rencontre des gens. Le travail d'écrivain est très solitaire. Il y a juste l'ordinateur et vous… Là, c'est du bonheur.

Propos recueillis par Véronique Palomar

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Véronique Palomar

Après une longue carrière au service de l'information dans l'hémisphère sud, me voilà de retour dans l'hexagone. Heureuse de mettre, plume, regard neuf et expérience au service d'un journal indépendant et de continuer à informer.

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