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FAIT DU JOUR Un chien, un guide, une vie sauvée

L'association des Chiens guides d'aveugles de Provence Côte d'Azur Corse vient d'offrir un mâle labrador croisé golden à Djamila, une nîmoise déficiente visuelle.

Djamila, Loops et Laetitia (Photo Anthony Maurin).

Loops est le 576ème chien guide remis gratuitement depuis la création de l'association. Grâce aux soutiens financiers de donateurs et institutionnels et à l’engagement de nombreuses personnes bénévoles, les Chiens guides d’aveugles de Provence Côte d’Azur Corse remet environ 15 chiens guides chaque année dans le sud-est de la France.

Deux ans de dressage sont nécessaires au bon apprentissage des règles que devra suivre le chien guide. Tout d'abord il faut assurer la socialisation du chien auprès d'une famille d'accueil. Cela dure près d'un an. C'est le gros du travail et 20% des chiens sont réformés pour un défaut de comportement ou physique.

C'est dans un centre d'élevage un peu spécial, le CESECAH, basé à Clermont, que grandissent les chiens appelés à devenir guides. Loops est passé par le centre puis est allé en famille d'accueil à Aix (chez Ingrid) puis à Nice au sein de l'association avant de fièrement atterrir à Nîmes pour guider Djamila. Pour acquérir son certificat d’aptitude de chien guide, Loops a appris une cinquantaine d’ordres.

Djamila est une Parisienne qui vit à Nîmes depuis 11 ans. Remarquez, comme elle est plutôt bon public, elle philosophe. " J'ai fini par m'y faire ! J'ai fui Paris car je cherchais une fac de médecine pour ma fille mais il nous fallait trouver une ville où les loyers n'étaient pas chers. Ce fut Nîmes. "  Comment est-elle parvenue à avoir Loops à ses côtés ?

On marque le passage piéton, on regarde à gauche et si la voie est libre, on traverse (Photo Anthony Maurin).

" J'en avais marre. Un jour alors que je me promenais aux Jardins de la Fontaine, j'ai perdu mes repères. Je ne pouvais plus parler. Jétais assise par terre et j'y suis restée plus d'une heure. J'ai pris mon téléphone et j'ai appelé l'association qui a très bien géré la situation. Ça m'a immédiatement redonné confiance ", avoue Djamila.

Après la secrétaire, c'est Christophe, le directeur qui a directement Djamila au téléphone. Ensuite, Flora est venue à Nîmes pour évaluer le dossier avant que Laetitia ne vienne tester le nouveau tandem. " Flora est venue plusieurs fois car j'avais besoin d'indépendance et il fallait qu'elle s'en rende compte. En fait, elle m'a mis deux yeux au bout de ma canne ", explique Djamila qui elle aussi a dû aller à Nice pour faire peser son dossier et rencontrer Laetitia qui depuis est devenue une sorte d'amie. " Des liens se créent. Cela fait deux semaines que nous sommes ensemble. Loops doit continuer le travail et je suis là pour le corriger si nécessaire ", expose Laetita, éducatrice de l'association qui veille au grain et à la sécurité des deux êtres.

" C'est une super équipe ! Tout est fait pour nous mettre en confiance y compris Didier, l'homme d'accueil qui fait partie de l'aventure. Mais quand je suis retournée à la maison, seule, il a fallu travailler dur. Je voulais un chien tranquille, qui ne pousse pas des cris et qui ne soit pas encombrant " , espérait Djamila. Car le but de la manœuvre était essentiellement de trouver le bon chien pour la bonne personne. " J'ai attendu 16 mois pour avoir Loops. Il est magnifique. En janvier on m'a dit qu'il n'y avait pas encore de chien pour moi. Ma démarche était encore trop lente alors j'ai travaillé pour marcher plus vite et on m'a annoncé la bonne nouvelle par téléphone. J'ai réécouté plusieurs fois le message car je ne comprenais pas le nom du chien ", reconnaît en riant la Nîmoise de cœur.

Pour les marches, Loops et Djamila ont pris le coup. Bientôt la montée du tapis rouge de Cannes ? (Photo Anthony Maurin).

Trois examens sont nécessaires pour que le chien puisse être " adopté ". Une marche avec bandeau sur les yeux de l'humain, un test d'obéissance et une marche en campagne. C'est un travail d'équipe entre le maître et le chien. Il faut environ six mois pour que le duo se comprenne parfaitement. " Après on signe le contrat définitif mais le chien appartient toujours à l'association ", note Laetitia. " Je ne voulais pas de caniche royal ! Pour le reste, cela m'était égal. Un chien, une chienne, un labrador sable ou noir... Mais pas de caniche ! ", s'amuse Djamila.

" Nous vivons dans une société géniale et je remercie sincèrement tous les gens qui me croisent dans la rue. Ils sont bienveillants. Il y a de l'humanisme. Les gens sont là mais ils ne sont pas obligés de supporter notre handicap. J'essaie de vivre normalement mais j'ai changé. Je suis une nouvelle personne depuis Loops. Le handicap n'est pas une chose bizarre. C'est nous qui sommes bizarres avec le handicap. Parfois les personnes handicapées sont fainéantes ou attendent trop des autres. Je ne vois pas mais je marche. Je suis née comme ça et j'ai tout appris comme ça. J'ai ce chien grâce à ça. Il a des yeux, des pattes, il vit. Le chien guide me permet de conserver mon indépendance ", ajoute Djamila.

(Photo Anthony Maurin).

Laetitia reviendra dans un mois, dans six mois, dans un an puis une fois par an. En attendant, Djamila s'engage à prendre soin de l'animal et à continuer la belle collaboration naissante. " Ce n'est pas une corvée. Ce chien m'apporte tout alors que je lui demande de travailler pour moi. Il ne faut pas être ingrat avec nos chiens car ils sont incroyables. Connaître par cœur mes trajets, s'arrêter devant une route, marquer un passage piéton, éviter une flaque d'eau : Loops peut tout faire et un trajet qui me prenait 20 minutes m'en prends plus que 5. "

Si vous croisez Djamila et Loops aujourd'hui (et dans les prochains jours), ne distrayez pas le toutou car il sera dans son rôle de guide. Par contre, vous pouvez toujours souhaiter un excellent anniversaire à Djamila ! " On ne vit que de projets et comme le chien c'est fait, passons aux suivants ! Aller un peu à la campagne ou dans le sud de l'Espagne. Je rêve d'avoir une hacienda comme dans Zorro ", conclut Djamila, une drôle de nana qui mérite bien ce cadeau de l'association au grand cœur.

Le matériel (harnachement) de Loops est fourni par l'association (Photo Anthony Maurin).

Vivez l'actualité de l'asso sur www.chiensguides.org ou sur Facebook.

Etiquette

Anthony Maurin

Bonjour, je m'appelle Anthony Maurin, j'ai 35 ans et je suis journaliste depuis plus de dix ans. Le sport, les toros, le patrimoine, le tourisme, la photographie et le terroir sont mes principales passions... Sans oublier ma ville, Nîmes!

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