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VILLENEUVE L’art contemporain dialogue avec les graffitis historiques au Fort Saint-André

On ne sait pas exactement combien il y en a, ni par qui exactement ils ont été réalisés (soldats, prisonniers, les deux ?), ni parfois leur signification, mais le fort Saint-André de Villeneuve en est constellé.

Prison Saint-Michel, Toulouse, de Nicolas Daubanes (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

Aux murs ou au sol, ces messages ou dessins gravés dans la pierre du monument construit aux XIIIème et XIVème siècle font figures d’ancêtres de nos graffitis bien contemporains.

Alors lorsque le Centre des monuments nationaux (CMN), qui gère le fort, a lancé une saison culturelle sur le thème « sur les murs, histoire(s) de graffitis », c’est tout naturellement que le fort y a participé. Pour ce faire, il s’est allié aux Fonds régionaux d’art contemporain (FRAC) d’Occitanie Montpellier et Toulouse, qui ont puisé dans leurs fonds respectifs pour faire résonner des œuvres d’art contemporain avec ces graffitis gravés, qu’on pourrait qualifier -quitte à tordre un peu la langue- de « gravitis. »

Quelques graffitis d'époque du fort (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

Voilà comment l’urbanité et son art typique investissent un lieu qui en est a priori aux antipodes via les créations de huit artistes, dont Émilie Losch, présente dans les murs du fort depuis mars pour son exposition Le Lisse et le Strié, qui se marie harmonieusement avec Extensions de graffitis, cette nouvelle exposition présentée du 18 avril au 30 septembre.

Par exemple, sa vidéo Expansion, contraction, installée dans la chapelle Notre-Dame de Belvezet, présente le plan d’une ville imaginée qui se développe puis se rétracte indéfiniment sous nos yeux, « et qui évoque plein d’autres choses qu’une ville, on peut y voir un coeur qui bat », précise l’artiste. Une artiste qui travaille beaucoup sur l’architecture, une discipline indissociable du graffiti, que ce soit avec sa série Insomnia, où des architectures impossibles et sans sens s’entremêlent ou avec son Sphinx, « un mur sculpté, un rêve tridimensionnel en terre crue. »

Le Sphinx d'Émilie Losch (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

L’exposition commence donc par les œuvres d’Émilie Losch qui font une excellente entrée en matière(s) de ce qui attend le visiteur, à savoir des œuvres d’une grande variété, de la création vidéo à la peinture monumentale, en passant par l’installation. On poursuit par le châtelet, avec Icetrain de Daniel Pflumm, une installation vidéo et sonore évoquant l’urbanité et l’abondance de signes, dont le graffiti fait partie, qui la composent.

La bien nommée salle des graffitis accueille quant à elle, outre les plus significatives des inscriptions sur les murs et le sol, la Tête dure de Mourir Fatmi, sorte de schéma d’un crâne humain entrelacé à un verset religieux. « Cette salle est un cerveau, une énorme tête pleine de contenus différents », estime le directeur du FRAC Occitanie Montpellier, Emmanuel Latreille.

Tête dure de Mounir Fatmi (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

On poursuit la visite avec la salle des herses avec la vidéo Rêver l’obscur de Pascal Lièvre, où l’artiste inscrit dans une épaisse couche de paillettes noires des noms de militantes féministes qui inlassablement disparaissent tout en laissant une infime trace. La salle du four à pain accueille quant à elle une des plus belles œuvres de cette exposition, Prison Saint-Michel, Toulouse, de Nicolas Daubanes. Une oeuvre réalisée en poudre de fer aimantée, représentant d’une manière inquiétante, presque fantomatique, voire post-apocalyptique, la prison toulousaine ; reflet de l’engagement de l’artiste vis-à-vis de la société contemporaine.

Ressort de cette oeuvre une certaine violence, également en filigrane de Paysage d’événements (Craonne) signée Pablo Garcia, disposée dans la salle du viguier. Une installation peinte monumentale et incurvée représentant un paysage schématisé coloré où l’artiste représente les stigmates laissés par les conflits sur les anciens théâtres de guerres, devenant une sorte de géomètre de la guerre. « C’est une représentation expressive de la violence », commente Emmanuel Latreille.

Paysages d'événements, de Pablo Garcia (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

Dernière escale à la salle du levant, avec deux œuvres murales de grande taille. D’un côté, The rain falls as yes de Jessica Diamond, où un « yes » argenté géant barre un fond uni d’un bleu proche de celui de Klein, qui met en exergue l’abstraction du langage, et I wish that you could be here with us de Graham Gussin, présentation visuelle d’une onde sonore. Une oeuvre poétique qui fait le lien entre l’ouïe et la vue, en miroir de l’oeuvre de Jessica Diamond. Au centre, comme pour conclure cette exposition, la Sculpture fractale d’Émilie Losch, un hexagone éclaté en tubes de cuivre reliés par une chaîne, exprime l’abstraction de la forme, liée à celle du message.

I wish that you could be here with us, de Graham Gussin (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

Autant d’œuvres reliées aux graffitis historiques du Fort par « une existence du geste, de l’individu », estime l’administratrice du fort, Isabelle Fouilloy. « Le graffiti provient d’un individu qui veut marquer sa trace, qui revendique le droit à dire quelque chose, souligne Emmanuel Latreille. L’artiste contemporain affirme lui aussi son être, mais par un langage propre, il invente. » Autant, voire plus, que d’art, tout est donc ici question de message. Un message indissociable de l’oeuvre (comme du graffiti) et souvent indispensable pour la comprendre, qu’elle soit contemporaine ou pluri-séculaire.

Thierry ALLARD

thierry.allard@objectifgard.com

« Extension de graffitis, collection des FRAC », jusqu’au 30 septembre au Fort St-André de Villeneuve. Tous les jours de 10 heures à 13 heures et de 14 heures à 17 heures jusqu’au 31 mai, tous les jours de 10 heures à 18 heures du 1er juin au 30 septembre. Plein tarif 6 euros, réduit 5 euros, gratuit pour les moins de 18 ans, pour les 18-25 ans ressortissants de l’UE et résidents réguliers non-européens de l’UE, personnes handicapées et leur accompagnateur, demandeurs d’emploi sous justificatif, allocataires du RSA. Infos : 04 90 25 45 35.

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Thierry Allard

31 ans, féru de politique, de sport et de musique. Jadis entendu en radio, je couvre depuis juin 2014 le Gard rhodanien pour Objectif Gard.

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