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FAIT DU JOUR Le tour du monde alternatif de deux crapahuteurs

Deux gardois, Terence et Sheriban Groos, ont entrepris un tour du monde autrement…

Sourire et pancarte, c'est parti ! (photo Les 2 crapahuteurs)

Faire le tour du monde, beaucoup en rêvent, peu se donnent les moyens d'y arriver. Pour Terence et Sheriban, une maturation lente, deux années de préparation sérieuse et le rêve est devenu réalité. Après 73 jours, 44 559 kms et…8,50 € de dépenses plus tard : point d'étape.  

Pour se régaler d'une histoire, il est bon de l'entendre dès le début. Terence et Sheriban se connaissent depuis qu'ils ont 11ans. Ils sont amis, puis amoureux, puis mari et femme. Le père de Terence a déjà fait trois fois le tour du monde et vit sur son bateau. Terence est né en Côte d'Ivoire et a déménagé toute son enfance. On peut y voir des déclencheurs à son envie de voyages. Comme une passion peut en cacher une autre, il s'intéresse et travaille la technique de la permaculture.

La définition très simpliste pourrait être : une façon de cultiver la terre qui s'appuie essentiellement sur la nature et permet, après préparation des sols, de cultiver sur n'importe quel terrain même aride sans aide chimique et avec une grande économie en eau. Philosophiquement, ce qui va avec est un respect absolu de l'environnement, une lutte féroce contre les gaspillages de toutes sortes et une haine absolue de la pollution. Alors visiter le monde d'accord mais tout en limitant au maximum son empreinte carbone. Exit, l'avion donc. Sheriban est convaincue par l'idée du voyage et finit par adhérer avec enthousiasme à celle du "voyage alternatif".

Préparatifs

Un matériel soigneusement choisi est essentiel à la réussite du voyage, pour ces amoureux de sommets  (Photo Les 2 crapahuteurs)

Une fois que l'idée a pris forme sur le papier, les préparatifs commencent et vont durer presque deux ans. Le couple travaille pour gagner des sous et Terence prépare un beau dossier de sponsoring. Il y développe sa philosophie du voyage, sa durée estimée (5 ans) :  "on n'a pas de limite, ça peut être moins ou plus" et son parcours, "il peut changer". Et s'y met d'arrache-pied :  "j'ai vu des centaines d'entreprises, essuyé des tas de refus mais obtenu, aussi, quelques adhésions".

Ainsi, il finit par signer un contrat béton avec une assurance qui couvre nos voyageurs à 100% pendant la durée de leur périple et obtient du matériel de pointe. Une fois le complément d'équipement acquis, nos crapahuteurs se trouvent en possession d'une super tente tous temps qui ne pèse qu'un kilo, de sacs de couchage sur mesure et customisés qui permettent de dormir au chaud par -20°, de couverts ultra légers en titane, d'un matelas gonflable qui tient la place d'une paire de chaussette dans le sac, de deux sacs à dos de bonne contenance mais légers, de chaussures de marche, d'un petit réchaud canadien, fait à la main qui s'alimente au bois, d'un filtre céramique pour avoir de l'eau potable tout le temps et d'une pierre à feu (parce que le briquet, c'est pas bien).

Pour se laver, ce sera chez des gens ou dans les lacs et les rivières, comme il l'ont déjà fait. Il faut dire que via les réseaux sociaux, nos globe-trotters écologistes sont connectés à tous les agriculteurs de la planète, qui font ou veulent faire, de la permaculture. Alors, ils prennent contact et proposent leurs services dans les fermes contre le gîte, le couvert et…la douche. Et ça fonctionne. En plus de la découverte des pays et des gens, Terence et Sheriban ont en projet d'étudier la permaculture à travers le monde. Au moment du départ, il sont à la tête d'une cagnotte de 21 000 €.

Objectif zéro dépense

À la ferme, on mange bien mais de temps en temps, il faut mettre la main au chaudron… (photo Les 2 crapahuteurs)

Mais attention, leurs économies ne doivent pas leur servir ou très peu pendant le voyage. Le projet, au retour est de fonder un éco-village en auto-suffisance énergétique et alimentaire. " Ce sera dans le Sud, probablement dans le Gard, un département que j'adore et l'on trouve tout : soleil, mer, montagne …" Objectif zéro dépense. Il est donc décidé que le couple se déplacera à pied ou en stop. Et pour traverser la mer, le bateau stop et rien d'autre.

Emprunter des véhicules qui font déjà le trajet ou se servir de ses jambes. Le problème du trajet est résolu. Pas d'impact environnemental supplémentaire sans bourse délier. Pour manger, "on fera les fins de marché, ça permet de récupérer ce qui va être jeté. On fait d'une pierre deux coups : on mange pour rien et on lutte contre le gaspillage". En deux mois, le couple a dépensé 8,5 € de nourriture. Pour l'instant le pari est plutôt gagné. "En plus, dans les fermes, on mange vraiment bien. On est en pleine forme, j'avais un léger surpoids avant de partir et maintenant je suis au top", se réjouit Terence. Reste un écueil, certains pays délivrent des visas coûteux. Mais Terence s'est attaqué au problème. "J'ai contacté une société spécialisée dans les formalités de visas. Elle se charge de toutes les démarches administratives. Je suis en négociation avec eux." 

Début de voyage

Parfois, il est heureux que la douche soit comprise dans le marché (photo Les 2 crapahuteurs)

Partis de France le 28 janvier dernier, nos deux crapahuteurs ont déjà parcourus 6 pays : l'Allemagne, l'Autriche, la Tchéquie, la Slovaquie, la Hongrie et la Roumanie. Un périple qui affiche presque 5 000 kilomètres au compteur. Ils ont séjourné dans des fermes et une exploitation viticole, travaillé la terre, se sont occupés d'animaux de la ferme, ont campé à la belle étoile, se sont baignés dans des lacs très froids et se sont faits pleins d'amis. 73 jours après leur départ, que du bonheur.

Parfois, c'est plus bucolique et délicat … (photo Les 2 crapahuteurs)

S'endormir le ventre plein et de l'amour dans le cœur

Un coup de pouce heureux et voilà un nouvel ami plus que généreux (Photo Les 2 crapahuteurs)

Terence raconte à titre d'exemple : " Après une heure d'attente sur un bord de route de la campagne profonde, à 300 km de la frontière roumaine que nous souhaitions rejoindre, un homme s'arrête et nous invite à monter. Il nous annonce devoir parcourir les 300 kilomètres également. Génial ! Il nous invite à visiter sa ville, Szeged. Pendant le trajet, nous échangeons avec Google traduction, le conducteur ne parlant pas un seul mot d'anglais. Nous partageons des anecdotes, notre voyage, notre vie, et il fait de même. Il nous confie être chef cuisinier et avoir son restaurant à Szeged et nous invite à venir manger le soir des spécialités typique de cette ville dans son magnifique établissement. Un repas des plus généreux. Et notre hôte n'accepte même pas qu'on lui dise merci, indiquant que si l'on le remercie, cela veut dire que ça ne vient pas du fond de son cœur, que son amour attend une compensation. Il nous invite à revenir manger gratuitement dans son restaurant tous les jours de la semaine si on le souhaite, chose que nous ne ferons bien évidemment pas, honteux d'abuser d'une hospitalité si altruiste. Ce soir nous ne dormons pas seulement l'estomac plein, mais également le cœur rempli de l'amour et de la confiance des âmes que nous croisons !" 

La longue route

Voici sur la carte, le périple prévu. Il n'est bien entendu pas question de tenir compte des icônes d'avions sur la carte, Google n'étant pas équipé pour tracer un tel trajet en auto-stop ! Par rapport aux moyens de transport à emprunter, la seule dérogation prévue est de prendre le Transsibérien jusqu'au lac Baïkal où Terence et Sheriban ont rendez-vous dans une ferme. Mais comme le précise Terence : "Peu importe le voyage, c'est le chemin qui compte. Nous n'avons aucune pression, ni sur la durée, ni sur le trajet." Juste quelques rêves en cours de route comme l'ascension du mont Elbrouz au Sud de la Russie, rejoindre le camp de base de l'Himalaya, gravir le Kilimandjaro, parcourir les plaines de Mongolie à cheval…

Promesse de retour

Des rencontres et parfois de beaux moments de solitude en harmonie avec la nature (photo Les 2 crapahuteurs)

Au 73e jour, nous laissons nos voyageurs hébergés chez un nouvel ami, poursuivre leur périple, non sans leur donner rendez-vous pour d'autres points d'étapes sur les cinq continents. Ils ne promettent pas de s'en retourner un jour. Mais l'amour que Terence et Sheriban vouent à leur pays est une promesse de retour…

Véronique Palomar

Si leur voyage vous intéresse, retrouvez-les sur leur compte Facebook : Les Deux Crapahuteurs

Etiquette

Véronique Palomar

Après une longue carrière au service de l'information dans l'hémisphère sud, me voilà de retour dans l'hexagone. Heureuse de mettre, plume, regard neuf et expérience au service d'un journal indépendant et de continuer à informer.

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