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FAIT DU JOUR Grèves : paroles de commerçants en souffrance

Victimes collatérales d'un mouvement social qui perdure, les commerçants s'inquiètent...

La grève des cheminots a commencé le 3 avril dernier. À l'heure où nous publions ces lignes, l'issue en semble encore lointaine. Sont relayés à l'envi dans la presse, les points de vue de grévistes et d'usagers. Mais il est une population en souffrance, muette et jusqu'ici oubliée : les commerçants qui exercent à proximité de la gare et vivent pour une large part du trafic  voyageurs. Nous sommes allés recueillir les témoignages de certains d'entre-eux.

Derrière les mots, il y a une véritable inquiétude. Une situation qui peut conduire à la catastrophe pour certains. Impuissants, ils n'ont pas de colère, juste une angoisse qui s'amplifie jour après jour. Ils, jonglent, se battent comme ils peuvent et espèrent que ça ne va pas durer. En parler, c'est se sentir moins seul… Nous n'avons pas pu interroger tout le monde et l'impact commercial de la grève va certainement bien au-delà du périmètre et de la périphérie de la gare mais chiffres et impressions concordent.

Bruno Tudela, Café restaurant les Fleurs (en bas de l'avenue Feuchères)

(Photo Véronique Palomar)

"Les jours de grève on fait - 40%. Lissé sur le mois, ça fait 20% de chiffre d'affaire en moins depuis le début de la grève. Le résultat c'est que je ne peux pas faire d'embauche de saisonnier à l'approche de l'été. Je ne peux pas non plus donner d'heures supplémentaires, par manque de trésorerie. Pour ne pas licencier, je suis obligé de jongler et de donner des jours de repos à mon personnel les jours de grève. Pour l'instant, je fais comme ça. Mais je suis inquiet pour l'avenir. On comptait sur la Feria et l'été… Ce qui me chagrine et m'inquiète, c'est d'apprendre que les hôtels voient leurs réservations en baisse pour la saison touristique. C'est un mauvais indicateur. La clientèle d'affaire aussi s'organise autrement. Les dirigeants et les commerciaux remplacent les déplacements par des visio-conférences. Le manque à gagner pour tout le secteur est important. Il est annoncé un préavis de grève pour vendredi et samedi prochain. Que va-t-il se passera pour la Feria ? L'avenir ne s'annonce pas bien. Nous ne pourrons pas tenir indéfiniment. Nous n'avons pas le fond de solidarité du syndicat, comme les grévistes, pour compenser nos pertes. Je ne pense pas seulement à moi. Les échos de la profession bien au-delà de la gare montrent que l'impact est important. Je connais des gens qui ont un mas en Camargue et vivent du tourisme. Depuis la grève, les annulations se sont multipliées. Pour deux jours de grève, en fait nous en perdons trois en chiffre d'affaire. Et quand ça tombe un jour férié ou un week-end, c'est la catastrophe. Jour férié plus grève comme mardi dernier et ça a été le jour le plus calme de l'année. Quand il y a la grève je fais 60 couverts au lieu de 120. J'ai 10 employés à payer à la fin du mois. Nous sommes les dindons de la farce d'une guerre d'ego. Le plus triste c'est que nous nous sentons oubliés. Juillet est notre plus gros mois, je suis inquiet…"

Serge, chauffeur de taxi (devant la gare)

(photo Véronique Palomar)

"Depuis la grève, je perd 15 à 20% de mon chiffre d'affaire. À dire, ça n'a l'air de rien mais c'est énorme. Il faut compenser en allant chercher d'autres courses, ailleurs. Mais ce n'est pas facile. C'est notre meilleure saison qui arrive. On va voir… Mais si la grève continue tout l'été je ne sais pas comment on va pouvoir faire."

Nicolas assistant manager, chez Paul (à l'intérieur de la gare)

(Photo Véronique Palomar)

"Lundi dernier, c'était une grève totale : zéro cheminot, personne dans la gare. Nous avons enregistré des pertes catastrophiques. Depuis le début de la grève nous pouvons atteindre des pertes sèches de 80%. Notre magasin est validé par le groupe comme étant en situation de chômage partiel. J'étais présent à la création de ce commerce et je ne veux pas le voir sombrer. Alors pour tenir bon, on jongle avec les vacances et les RTT. Pas de trésorerie pour les heures supplémentaires. Les petits contrats sont durement impactés. En ce moment, on tient, c'est tout . Alors, on va les uns chez les autres, on se fait travailler entre voisins. D'habitude on est déjà assez solidaires mais là, on se sert les coudes !"

Philippe Lesprit Hôtel Abalone (avenue Feuchères)

 

(Photo Véronique Palomar)

"C'est la 4e année que nous sommes ouverts. Nous sommes un petit hôtel indépendant de 30 chambres et nous offrons aussi un service de consigne de bagages. On a plus de pertes en mai. Cette semaine, ça aurait dû être complet. Pour une structure comme la nôtre, c'est déjà compliqué de faire face à la concurrence d'Airbnb, de rembourser les emprunts, de régler les salaires des employés. On totalise 30% de perte depuis le début de la grève. C'est énorme. Cette grève tire l'économie vers le bas dans l'indifférence générale. Quel dommage, ce quartier est devenu vraiment joli et les beaux jours arrivent. Et pourtant,  même avec la Feria, on n'est pas plein. Personne ne pense à nous. Nous n'avons aucune garantie. Rien pour nous retourner. Cette grève des fonctionnaires, j'ai l'impression de la payer deux fois…"

David Thomas, bar restaurant, le Transit Café (en bas de l'avenue Feuchères)

(Photo Véronique Palomar)

"Ici on est un café qui fait aussi de la petite restauration. Depuis la grève, nos effectifs sont ingérables. À midi on a beaucoup de monde avec les bureaux à proximité et puis plus personne. C'est difficile d'établir des plannings. Depuis début avril, notre chiffre d'affaire est en chute. Ce sont 20 à 25% qui s'envolent. Le pire ce sont les grèves pendant les week-end. Ils ont annoncé qu'ils allaient recommencer le vendredi et le samedi de la Feria. C'est honteux ! Devant le bar, il y est prévu des animations (le village Andalou, NDLR). Je ne sais pas quoi faire. Est-ce que je dois prendre des extras ? On n'est pas enclin à embaucher. L'été arrive. Dans trois mois à venir on doit faire 60% de notre chiffre annuel. Si la saison est mauvaise c'est irrattrapable. On attend…"

Nicolas Bay, tabac-presse de Feuchères

(Photo Véronique Palomar)

"On travaille beaucoup avec les gens qui partent à Montpellier en train et les voyageurs en général. Avec les vacances et la grève, notre chiffre a chuté de 30%. On gagne 15% de moins les jours de grève. Pour un commerce comme le nôtre, c'est énorme. Je pense que pour Nîmes, ce n'est pas bon non plus. la Feria arrive et l'impact de la grève risque d'être catastrophique. Que faire ? On est sans recours. C'est comme une catastrophe naturelle mais sans espoir d'indemnisation…" 

  Loueurs de voitures (dans l'enceinte de la gare)

Pas de communication officielle des loueurs de voitures de la place, qui dépendent d'enseignes nationales. Mais à titre officieux ils veulent bien s'exprimer et nous livrer quelques informations sur leur situation. "Au début de la grève c'était la panique. Nous avons perdu 7% de nos contrats et affiché une baisse de chiffre d'affaire jusqu'à 40%", nous confie une responsable d'agence installée dans la gare. "Maintenant, les clients s'organisent en tenant compte de la grève. Mais que ce soit pour nous ou nos concurrents, l'impact n'est pas encore précisément chiffré mais la baisse est incontestable. Et ce n'est pas fini …"

Etiquette

Véronique Palomar

Après une longue carrière au service de l'information dans l'hémisphère sud, me voilà de retour dans l'hexagone. Heureuse de mettre, plume, regard neuf et expérience au service d'un journal indépendant et de continuer à informer.

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