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NÎMES Les pionniers, le souvenir et l’hommage

La tauromachie, sorte d'exception culture locale, a permis à des gamins d'écrire l'histoire, leur histoire. Souvenirs.

Au lavoir du Puits Couchoux, les pionniers de la tauromachie sont chaque année mis à l'honneur (Photo Anthony Maurin).

Il est toujours de bon ton de ne pas oublier. Ne pas oublier la peur, l'inquiétude et l'incertitude. Se rappeler des envies, des joies et des victoires. Il fut un temps, la tauromachie posait ses galons en France mais sans Français. Les pitchounets, les minots de l'époque, voyaient d'un air malicieux l'arrivée des Espagnols sur leurs terres alors même qu'ils avaient envie de tâter du toro et d'entrer dans l'arène.

Ils furent quelques uns, pas des centaines mais une petite poignée, ou deux, pas plus. Ils prirent leur destin et celui de la France des toros entre leurs mains et se sont payés une tranche de vie inoubliable. C'est bien cela que fêtent en ouverture de feria les Aficionados practicos et la Ville de Nîmes. Minorité devenue visible d'une irrépressible envie devenue incompressible.

" Je tiens à remercier Jean-Paul Fournier et la Ville de Nîmes pour leur soutien envers la tauromachie et les actions que nous mettons en place comme ce que nous organisons dans les quartiers, initié par Laurent Burgoa et suivi de très près par Frédéric Pastor ou encore avec le Rendez-vous en Terre d'Aficion", expose Hervé Galtier, président de l'Association française des Aficionados practicos. Nîmes, une ville taurine pardi !

Mais cette année, les honneurs de l'AFAP allaient à un ancien, décédé, Jaquito, Jacques Brunet. Alors c'est à Nadine, sa femme, qu'a été remise la médaille conceptualisée par Michel Gilles et sculptée par Alain Taligrot. Le trophée de l'AFAP est quant à lui allé dans les mains de Robert Blancou qui a initié les débuts de l'aventure des pionniers puisqu'il est certainement le premier d'entre eux.

Nadine Brunet, compagne de feu Jaquito, a pu recevoir la médaille des mains de Jean-Paul Fournier (Photo Anthony Maurin).

Jean-Paul Fournier, maire de Nîmes, présent depuis 11 ans à cette réception, a en son temps lui aussi connu Jaquito. Il a également rassuré l'assemblée en s'inscrivant dans la suite logique de ce qui se fait depuis des décennies à Nîmes où la cité vit en partie pour les bêtes à cornes.

Mais revenons à Jaquito et à sa vie ou plutôt ses vies...Né le 26 août 1944, à l'âge de 15 ans, Jacques Brunet n'est pas encore Jaquito mais a deux rêves en tête. Les avions et les toros. Il choisira les avions car en France, les toros... Puis, six ans plus tard, il n'est pas à Air France mais bel et bien face à un becerro pour sa première novillada non piquée aux Saintes-Maries-de-la-Mer. L'année suivante il passe en piquée et torée à Lunel. Il va même à Madrid où il s'arrime et entre à Séville à deux reprises. Il est le premier français à y être programmé.

Jaquito prend son alternative en août 1976, fait quelques corridas avant d'être victime d'une grave cornada à Nîmes en 1978. Il coupera sa coleta peu de temps après mais restera dans le milieu. En avril 1982, alors qu'il rentre de la feria d'Arles, un accident de la route met fin à cette histoire. Attachant, le verbe haut et le sourire aux lèvres, Jaquito avait plein d'idées qu'il n'hésitait pas à partager. Alain Bonijol rachètera d'ailleurs le matériel qu'il avait prévu pour monter sa cuadra de caballos...

Sa femme, Nadine, accompagnée de leur fiston, Antoine, a reçu la médaille posthume. " Notre famille est très sensible à cela. Si longtemps après sa disparition, l'AFAP se souvient de Jacques. Je me rappelle le voir partir en vélo-solex avec sur le porte-bagage un électrophone et Schubert à fond pour faire le tour des boulevards... Jacques voyageait, il a même refusé de combattre deux buffles et a pris Dali dans son camion pour aller livrer des salades ! Jacques aimait la vie et la rendait joyeuse. C'était un conteur au regard bleu au large sourire. "

Enfin, Robert Blancou a reçu le trophée de l'AFAP, lui qui avait déjà reçu la médaille pour la sortie de son livre Toro mécanique. Cheville ouvrière du mouvement des pionniers, Robert Blancou a instauré sur le mont Margarot une véritable petite école buissonnière de la tauromachie nîmoise. Illustres inconnus ou matadors en devenir, une génération entière est passée par ce coin de la ville et ce fameux toro mécanique. " Je n'aurais jamais eu ce prix si mon père ne m'avait pas réalisé ce toro mécanique. J'étais le seul à l'avoir à l'époque. Je ne vais pas couper mon prix mais je vais le rompre comme on fait avec le pain pour le partager. Je partage ce prix avec mes premiers compagnons mais aussi avec Antoine, le fils de Jaquito, car son père a été le tout dernier à qui j'ai appris les rudiments de la cape sur le mont Margarot ! "

Au micro, Robert Blancou entouré de ses pionniers de la tauromachie nîmoise (Photo Anthony Maurin).

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Anthony Maurin

Bonjour, je m'appelle Anthony Maurin, j'ai 33 ans et je suis journaliste depuis plus de dix ans. Le sport, les toros, le patrimoine, le tourisme, la photographie et le terroir sont mes principales passions... Sans oublier ma ville, Nîmes!

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