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FAIT DU JOUR Petit-fils de Manitas de Plata, Fabricio trace sa vie au Compas !

Discret employé de la mairie de Nîmes, Fabricio de Plata mène une double vie où la musique gitane est omniprésente...

Fabricio avec son grand-père Manitas, déjà très diminué par la vieillesse et la maladie mais toujours souriant... "Il aurait aimé finir sa vie dans son appartement de la Grande-Motte mais il avait besoin de soins", explique avec tendresse son petit-fils (Photo : DR)

De Plata. Le patronyme résonne comme les cordes d'une guitare gitane dans ce que cette musique a de meilleur. Petit-fils du célèbre virtuose sétois Manitas de Plata (*), avec son groupe Compas Fabricio a repris le flambeau porté au firmament par son illustre aïeul. Rencontre...

Vivre dans l'ombre d'un Dieu vivant de la guitare et d'un père aussi emblématique que le grand-père... Fils de Joseph "Manéro" Baliardo, l'aîné des enfants de Ricardo Baliardo alias Manitas de Plata (en Français, petites mains d'argent), Fabricio a été élevé par sa maman, une "gadji" (**) nîmoise qui fréquentait la communauté gitane de la cité des Antonin et qui avait succombé au charme du talentueux guitariste et chanteur qui accompagnait sur scène son icône de père. "Même si je porte le nom de ma mère - Gerra - et que mon père ne m'a jamais reconnu officiellement, j'ai toujours su que j'étais le fils de Manéro et le petit-fils de Manitas. On ne me l'a jamais caché", détaille le discret Fabrice. "Je voyais mon père régulièrement aux Saintes-Maries-de-la-Mer ou à la Grande-Motte où vivait mon grand-père. Après l'avoir un peu perdu de vue, j'ai renoué avec lui de façon plus régulière vers l'âge de 16 ans grâce à mon oncle maternel, Jean-Luc."

Fabricio, en compagnie de son cousin Paco et de son père Manéro, le fils aîné de Manitas (Photo : DR)

Et même s'il n'est qu'à moitié Gitan et qu'il se "sent un peu des deux", dès qu'il s'agit de musique Fabricio verse clairement et totalement du côté de ses origines paternelles. "Les Gitans sont ma famille. Même si comme dans toutes les familles tout n'est pas toujours facile et qu'il y a parfois des disputes...", poursuit-il. "Je les connais. Je connais leur mentalité, leurs coutumes et leur mode de vie. Mais vous savez, ce n'est plus comme il y a trente ans en arrière : beaucoup de Gitans travaillent et sont sédentarisés. Et le portrait nourri de l'imaginaire populaire du Gitan, soit-disant voleur de poules et d'enfants qui vit en roulotte, a vécu... Les gens ont toujours beaucoup fantasmé sur les Gitans... Un mélange de crainte et d'attirance pour ce qu'on ne connaît pas, sûrement..."  

"La guitare a toujours fait partie de ma vie..."

De son peuple paternel, Fabricio partage la même passion indéfectible de la guitare. "Chez nous c'est inné. Ça ne s'apprend pas. Il n'y a pas de solfège ni de partition. On joue à l'oreille et on apprend en regardant jouer les autres", raconte le talentueux gaucher qui a hérité des gènes de ses aînés. "La guitare gitane a toujours fait partie de ma vie, de mon univers. J'ai baigné là-dedans depuis tout petit. Je ne m'en souviens pas précisément mais j'ai dû commencer à jouer dès que j'ai pu tenir l'instrument en main."

De gauche à droite, le cousin de Fabricio, Kema Baliardo, soliste du groupe Chico et les Gypsies, Isabelle, la compagne de Fabricio et manager de Compas, et Fabricio (Photo : DR)

Après avoir répété ses gammes dans les soirées familiales, ses véritables débuts en public le gamin les effectue au milieu des siens en remplaçant son cousin Paco durant une semaine dans un restaurant-brasserie de la Grande Motte où se produit un informel orchestre familial. "L'établissement s'appelait le Temple du soleil. Il se trouvait au pied de l'immeuble dans lequel mon grand-père Manitas vivait au 7e étage. Souvent il descendait pour jouer avec mon père, mon oncle Antonio et mon cousin Kema, l'actuel soliste du groupe Chico et les Gypsies." Avec son grand-père, le Nîmois n'aura joué qu'une seule fois en public mais il s'en souvient : "c'était pour un concert au théâtre de Cavaillon. C'était dans le cadre d'un festival appelé Guitares en folie ou quelque chose comme ça. J'étais sur scène avec mon oncle Fernando, le fils cadet de Manitas, et mon grand-père. D'habitude, quand je jouais avec lui c'était dans les bars et les restaurants de la Grande-Motte ou en famille."

Au rayon anecdote, Fabricio évoque une curieuse double panne de voiture... "Un jour que j'étais allé voir mon grand-père à la Grande-Motte, il était attablé au café en bas de chez lui devant un verre de lait. Il fulminait parce que sa Mercedes était en panne. En me moquant gentiment de lui, je lui ai dit d'appeler une dépanneuse. Avec son accent caractéristique il me disait : "ça va faire cher ! ça va faire cher !" Ce qui a été le cas... Mais le soir, en rentrant à Nîmes, c'est moi qui suis tombé en panne et qui ai dû attendre la dépanneuse. Là, j'ai repensé à lui mais je rigolais moins..." 

Fabricio de Plata et la guitare : une longue histoire... (Photo : DR)

Leader du groupe Compas

Aussi modeste et discret que pétri de talent, Fabricio, au contraire de beaucoup, ne revendique jamais sa filiation avec Manitas et Manéro pour se faire valoir. Très proche de sa famille et de ses cousins, comme il le confie, il n'a jamais rêvé d'embrasser une carrière de musicien comme l'ont fait certains d'entre-eux. "Les liens avec mes cousins sont très forts. Et même si nous n'avons pas la même vie nous partageons la même passion pour la musique. Entre nous il n'y a pas de jalousie, pas d'histoires... Je suis fier d'eux comme ils le sont de moi..."

La musique gitane, une affaire de famille ! Fabricio en compagnie de son fils, Nico, le talentueux soliste des Compas (Photo : DR)

Mais s'il n'a jamais ambitionné de faire le tour du monde et de jouer pour la reine d'Angleterre comme l'on fait en leur temps Manéro et Manitas, Fabricio n'en a pas pour autant fait une croix sur la musique. Loin s'en faut ! Employé à la mairie de Nîmes depuis 20 ans comme Agent d'acheminement au service Courrier après avoir travaillé une dizaine d'années dans la restauration, le sympathique Nîmois troque chaque week-end les enveloppes administratives contre sa six cordes pour jouer, chanter et faire danser les gens, un peu partout dans le Gard et ailleurs.

Un 4e album en hommage à son père et à ses petites-filles

Après avoir longtemps pensé pouvoir mettre en place un projet musical fiable à Montpellier avec un de ses oncles paternels qui trouvait toujours un prétexte pour ne pas honorer les contrats - "il disait que c'était trop loin ou que le cachet ne valait pas le déplacement !" -, de guerre lasse, Fabricio fini par monter sa propre formation en 2004. Compas (***) est né ! Car si certains l'ont dans l'oeil, lui l'avait dans la main gauche... "J'ai choisi ce nom parce que mon père et mon oncle me disait toujours que j'avais un bon compas ! On a débuté à quatre avec trois guitaristes et un batteur."

Et si de la formation initiale il est l'unique rescapé, Compas n'y a pas perdu au change pour autant. Aujourd'hui, et c'est l'une de ses grandes fiertés, son virtuose de fils, Nico (26 ans), y occupe la place de soliste, et un cousin, Jean-Pascal Buche, dit Pissou (guitare-chant), complète un trio dont la réputation a depuis longtemps franchi les frontières du département. C'est que Compas, qui assure bon an mal an pas moins de 120 dates un peu partout dans l'Hexagone, ne se contente pas de reprendre les succès des Gypsy King, les héritiers du grand Manitas, mais propose aussi ses propres créations, en Français ou en Caló (****). À l'occasion, et selon la demande, le groupe peut atteindre jusqu'à huit membres. Sans compter les danseuses !

Fabricio avec son fils Nico dans les bras. À droite le cousin Pissou. À cette époque, ils ne savaient pas qu'ils joueraient un jour ensemble au sein de Compas... (Photo : DR)
Les mêmes plusieurs années plus tard sur un cliché récent ! Compas au grand complet : de gauche à droite, Pissou, Nico et Fabricio (Photo : DR)

Tout juste porté sur les fonts baptismaux - il est sorti il y a quelques jours à l'occasion de la Feria de Pentecôte -, un quatrième album de 15 titres intitulé "24 mai" en référence au traditionnel pèlerinage annuel des Gitans aux Saintes-Maries, vient enrichir la discographie du groupe. "Dans cet album, j'ai repris quelques chansons de mon père, décédé le 5 juillet 2012. J'ai écrit un titre, Mi padre, en son hommage en reprenant un petit florilège de paroles de ses chansons. Ceux qui le connaissaient les reconnaîtrons", détaille Fabricio."Le titre phare de ce nouvel opus s'appelle  Sianna, du prénom d'une des deux filles de Nico. Outre mes compositions personnelles et celles de Nico, on y trouve aussi un morceau plutôt original puisque c'est un solo entièrement interprété par mon fils."

Un nouvel opus qui viendra conforter le succès de Fabricio et sa bande qui, comme les navigateurs au long cours d'antan, tracent leur route au...Compas en prenant leur temps pour arriver à bon port. Une chose est sûre, chez les Gerra-Baliardo-de Plata, on est loin d'en avoir fini avec la saga familiale et le flamenco et la rumba gitane - de l'avis général, qui est aussi le nôtre, Nico est un incroyable soliste promis à un bel avenir ! - mais il ne se trouvera personne pour s'en plaindre. Olé !

 Philippe GAVILLET de PENEY

philippe@objectifgard.com

Contact Compas : 06 30 54 07 01. www.groupecompas.fr 

Pour écouter Sianna : https://m.youtube.com/watch?v=PW-xYCvbBIw&feature=share

À voir aussi : https://www.france.tv/france-3/meteo-a-la-carte/495623-l-incroyable-histoire-des-roulottes-tziganes.html

* Manitas de Plata a vendu 93 millions d'albums, pour plus de 83 disques différents. Il est décédé à Montpellier dans la nuit du 5 au 6 novembre 2014 à l'âge de 93 ans. Le maître avait donné son dernier concert à...Nîmes.

* *Dans la langue romani, la langue des Tsiganes, un gadjo ou une gadji sont un homme ou femme non-tsigane.

*** Dans la musique gitane, le compas est la carrure cyclique du rythme du chant flamenco. Il en existe plusieurs différents.

**** Le caló est une langue mixte des langues romanes et du Romani parlée en Espagne, au Portugal, au sud de la France, en Amérique latine et, durant une période, en Afrique du Nord, par des Gitans ibériques.

Etiquette

Philippe Gavillet de Peney

Après avoir traîné ma plume et ma carcasse un peu partout dans les rédactions des quotidiens régionaux de l'Hexagone, j'ai posé mes valises à Objectif Gard en mars 2016. Couteau suisse de la rédaction, j'interviens dans plusieurs rubriques avec une inclination plus marquée pour le sport, les portraits et les sujets de société...

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