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MÉDITERRANÉE À la rescousse des pêcheurs graulens

Retenus en Espagne par les autorités locales pour avoir outrepassé un règlement dans les eaux territoriales espagnoles, les patrons pêcheurs et leurs matelots ont déchaîné de l'énergie chez les politiciens gardois.

Le Juliarth. Son patron, comme celui du Louis-Elie 2 n'ont désormais plus le droit de quitter le navire...(photo Frédéric Souchard)

Arnaud Dufourcq a fait l'aller-retour pendant le week-end. Le patron-pêcheur du Juliarth, le  remorqueur solidaire parti à la rescousse dans les eaux territoriales espagnoles de son collègue Christophe Briand, patron du Louis Elie 2, est désormais consigné à bord de son chalutier.

Défense de quitter le navire. "Je crois que la Guardia Civil, qui est venue nous rendre visite ce matin, n'a pas apprécié mon escapade", plaisante le marin, joint cette fin d'après-midi au téléphone. Du coup, les deux patrons pêcheurs sont en résidence, pardon, en chalutier surveillé à Villanova. Les trois matelots, eux, peuvent se dégourdir les jambes sur la terre ferme...

Trente-six mille euros à régler avant de partir

Ce lundi 28 mai s'est écoulé sans trop de nouvelles des autorités maritimes des deux pays. Sans illusions, les marins graulens se résignent à payer la caution exigée pour sortir des filets de la police et de la justice maritime espagnoles. Trente mille euros pour le Juliarth, six mille euros pour le Louis Elie 2, qui devra à ses frais ou à ceux de son assureur, envisager un remorquage jusqu'aux côtes gardoises dans les règles...ibériques. Ou réparer son moteur sur place.

Ce week-end pourtant, les autorités politiques et maritimes s'affairent en multipliant les commentaires, chacun voyant dans la mésaventure des professionnels de la pêche une raison d'agir. Le député de la deuxième circonscription gardoise, Gilbert Collard (Front national), crie au scandale. "Deux chalutiers français du Grau-du-Roi sont retenus en Espagne : elle est belle l'Union Européenne !" Sauf que l'Europe n'a rien à se reprocher dans l'histoire, puisque les deux marins ont commis une infraction contre la loi espagnole dans des eaux strictement ibériques. En Catalogne, rappelons-le, ce qui complique légèrement les démarches de Madrid à Villanova.

Au Grau-du-Roi, alerté jeudi, le maire de la commune, Robert Crauste (LREM) a tiré toutes les sonnettes du monde maritime français et a profité de l'inauguration de l'École de Mer de Port-Camargue vendredi après-midi pour alerter ses collègues élus départementaux et régionaux. S'il a rencontré Arnaud Dufourcq ce week-end pour faire le point, lui aussi pense que le règlement de la caution est indispensable pour sortir des griffes de la police espagnole. Qui ne fait qu'appliquer son règlement national. En Catalogne.

Un contexte espagnol agité

De l'autre côté de l'échiquier politique, le député européen nîmois Franck Proust, en charge de la circonscription qui s'étale du Grau-du-Roi à Arcachon, a lui aussi été alerté vers 21h30 vendredi par des amis du pêcheur. Du coup, l'adjoint nîmois UMP et élu au Parlement Européen depuis 2011 a fait jouer ses nombreuses relations, via le groupe de droite du Parlement, le PPE. Il a aussitôt appelé Alain Cadec, président de la commission de la pêche au Parlement et envoyé un mail en anglais à Esteban Gonzalez Pons, un député européen espagnol membre également du PPE.

Ce dernier avait rendez-vous avec le secrétaire d'État chargé de la pêche du gouvernement Rajoy cet après-midi pour évoquer le dossier. L'équipe active de Franck Proust espère toutefois que l'amende-caution exigée pourra être minorée. Et rebondit sur l'histoire en envisageant de demander plus tard, une harmonisation des règlements d'entraide entre bateaux pour que la mésaventure des Gardois ne se reproduise plus. Arnaud Dufourcq, qui a demandé toutes les autorisations nécessaires avant de partir secourir son collègue, persiste à évoquer le défaut de transmission entre autorités maritimes françaises et espagnoles.

Pendant ce temps-là, le gouvernement Rajoy doit cette fin de semaine affronter une motion de censure au parlement espagnol et sera peut-être renversé par la gauche de Ciudadanos avant samedi. S'ajoutent bien sûr les excellentes relations entretenues par Madrid et Barcelone depuis le référendum. Bref, pour être clair, il serait étonnant que le sort des pêcheurs gardois coincés à quai devienne cette semaine le sujet de préoccupation numéro un pour nos voisins espagnols...

Philosophes, les deux patrons de pêche se résignent à débourser le montant des cautions avant de retrouver leur pont tournant favori et d'entreprendre d'autres démarches. Pour l'instant, la création d'une cagnotte solidaire, envisagée par certains de leurs amis, n'a pas été retenue par les fiers marins. "C'est hélas - je crois -  une réserve d'histoires et de bavardages au port à terme. Nous préférons éviter cette solution même si elle est extrêmement sympa. Je crois que ça nous suffira pour la saison !", commente, mi-figue mi-raisin, Arnaud Dufourcq depuis sa résidence surveillée flottante. À suivre !

Florence Genestier

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Florence Genestier

Arrivée à Objectif Gard depuis juillet 2017, ma première carte de presse date de 1991 (si, si !). Née en Bourgogne, des études lyonnaises, quinze ans de PHR dans une région de montagnes, puis un détour par une mairie, la vie web d'associations et de projets sur Paris, Dijon, le sud Bourgogne, quelques chroniques judiciaires. Me voilà chargée de l'actu de la Petite Camargue :) de l'Espiguette jusqu'à Vauvert et au-delà. C'est sportif mais passionnant !

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