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FAIT DU JOUR Voyage au coeur d’un atelier gardois de restauration de tableaux

C’est un grand atelier, quelque part à Villeneuve, et compte tenu du nombre d’œuvres qui s’y trouvent, c’est presque un musée.

Au coeur de l'atelier de restauration de tableaux de Danièle Amoroso, à Villeneuve (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

Un musée des oeuvres éclopées, au chevet desquelles la restauratrice Danièle Amoroso et son équipe s’affairent.

Ici un tableau religieux, noirci par l’incendie d’une crèche électrique dans une église vauclusienne. Là une affiche peinte du XIXe siècle déchirée. « On ne restaure que la peinture sur chevalet. Ce qui se transporte, explique la restauratrice. On aime bien les grands formats, les 5x3, les 6x4 par exemple. » De fait, on retrouve pas mal de grands formats dans l’atelier, notamment venus d’églises mais aussi de nombreux musées de France pour lesquels Danièle Amoroso et son équipe - intégralement diplômée de l’École d’Art d’Avignon - sont habilités à travailler.

Quatre étapes

Le travail justement. Il se décompose en quatre grandes étapes. « La première est le diagnostic, explique Danièle Amoroso. On étudie l’oeuvre pour comprendre son mode de fabrication. On évalue son état de conservation pour définir un mode de traitement. » Suit la phase de conservation : « tous les traitements qui vont stopper le processus de dégradation, stabiliser l’oeuvre. » La restauration à proprement parler n’intervient qu’à la phase 3.

C’est la phase la plus connue du grand public : « on valorise l’image peinte. On élimine les vernis jaunis, les anciennes restaurations. On fait du masticage (le comblement des trous, ndlr) ou encore des retouches », poursuit la restauratrice. La dernière étape est peut-être celle qui distingue le plus les restaurateurs actuels de leurs prédécesseurs : le dossier de traitement. Tout y est consigné : le diagnostic, le traitement, les produits utilisés et évidemment des photos comparatives avant/après.

L’humidité, les rats et… le peintre lui même

Voilà pour la théorie. En pratique, « on a un champ d’intervention plus large. Nous ne sommes pas limités à la restauration dans l’atelier, explique la restauratrice. En amont du traitement, nous nous informons de l’histoire matérielle de l’oeuvre, de ce qu’elle a vécu et souvent on corrèle les dégradations à une histoire matérielle et aux conditions de conservation. Nous portons également un regard plus large pour que l’oeuvre ne se dégrade plus à l’avenir. »

C’est que les facteurs de dégradation d’une oeuvre sont multiples : la chaleur, l’humidité, la pollution, la poussière, les accidents, les anciennes restaurations, les dégradations volontaires, les rats, un petit papillon - le stegobium - friand de la colle de pâte avec laquelle certains tableaux sont rentoilés… Et ce ne sont pas les seuls : parfois le ver est dans le fruit dès le début : « il peut y avoir une mauvaise mise en oeuvre initiale. Des couleurs pas suffisamment sèches, des règles de peintures pas respectées », souligne la restauratrice.

Ce dernier point est un vrai problème, surtout « à partir de la moitié du XIXe siècle, relève Danièle Amoroso. Avant, le métier de peintre est un métier artisanal. Le peintre fabrique ses couleurs, ses toiles, il fait cuire son huile, il respecte les temps de travail. À partir du XIXe siècle arrivent les couleurs en tube, les toiles industrielles. Les peintres vont peindre dehors et on a des dégradations plus nettes liées au mode de fabrication. » Bien plus importantes en tout cas que sur des toiles plus anciennes. Un fait pas forcément évident pour le profane, note la restauratrice : « dans l’esprit des gens, plus on est un restaurateur reconnu, plus on traite des œuvres anciennes, or c’est l’inverse. »

« On n’est pas des artistes, nous sommes au service de l'oeuvre »

Au-delà de la nature de l’oeuvre, comment définir une bonne restauration ? « Notre intervention se doit d’être invisible, répond Danièle Amoroso. On n’est pas des artistes. Nous sommes au service de l’oeuvre. » Une oeuvre qu’il importe avant tout de sauvegarder : « l’essentiel reste la conservation. » Et si le client décide d’aller plus loin - toutes les décisions sont évidemment prises collégialement -, « il faut être le plus respectueux possible de l’image voulue par l’artiste. On doit toujours se poser la question de l’authenticité de l’oeuvre. » Un travail au cas par cas qui peut prendre du temps. Beaucoup de temps. Alors plus qu’une bonne restauration, Danièle Amoroso préfère parler de « la moins mauvaise. Ce n’est pas une science exacte. Il faut toujours avoir en tête que ce qu’on fait n’est pas une vérité absolue. Bon nombre de nos traitements sont discutables. »

Justement, les anciennes restaurations sont souvent pointées du doigt. « Mais on laisse à nos successeurs les mêmes conneries. Avec les mêmes bonnes intentions que ceux qui nous ont précédées ont laissées, affirme la restauratrice. La différence est que tout ce qu’on fait est réversible et qu’on laisse un dossier de traitement. »

Reste un dernier mythe à propos des restaurateurs : celui de trouver un chef d’oeuvre inconnu recouvert par une peinture quelconque... « Oui, les surprises ça arrive au moment du diagnostic. Quand on passe la peinture aux UV et à l’infrarouge et on a des fois des bonnes surprises, des peintures de meilleure qualité dessous », confirme Danièle Amoroso. Quant à savoir si l’atelier a déjà travaillé sur des toiles de maîtres, Danièle Amoroso se souvient avoir eu entre les mains un Courbet ou encore un Granet. « Mais ce n’est pas l’intérêt, tempère-t-elle. L’intérêt c’est l’oeuvre dans ce qu’elle montre d’un point de vue technique. C’est un challenge à chaque fois différent. »

Thierry ALLARD

thierry.allard@objectifgard.com

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Thierry Allard

31 ans, féru de politique, de sport et de musique. Jadis entendu en radio, je couvre depuis juin 2014 le Gard rhodanien pour Objectif Gard.

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