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FAIT DU JOUR Inscription Unesco de la ville de Nîmes : si près… si loin

Pourtant très attendue de la part de la municipalité, qui se montrait plutôt confiante, l'inscription au patrimoine universel est reportée par la commission. Pour mieux rebondir ?

Les arènes magnifiées de la terrasse du restaurant au dessus du Musée de la Romanité (Photo Anthony Maurin).

Il suffisait de presque rien ! Malgré tous les pronostics défavorables et en dépit des conclusions négatives des experts de l'Icomos, la ville de Nîmes a bien failli ramener de Manama (Bahreïn) son inscription au patrimoine mondial de l'Unesco. Finalement, in fine,  le Comité a décidé de reporter l'inscription. Autopsie d'un échec pas forcément logique.

Créée il y a plus de 2 000 ans, Nîmes est l'un des plus beaux joyaux de la civilisation romaine au monde. Les arènes, la Maison carrée ou encore la Tour Magne bénéficient d'une conservation exceptionnelle qui font de Nîmes une étape incontournable pour tous les touristes ou historiens qui souhaitent se projeter dans l'histoire et découvrir l'une des plus grandes enceintes de la Gaule romaine.

Et c'est bien comme une anomalie que ce patrimoine historique n'a pas bénéficié d'une inscription au patrimoine mondiale de l'Unesco comme valeur universelle depuis plusieurs décennies. Parti de ce postulat, le maire de Nîmes, Jean-Paul Fournier, s'est lancé dans l'aventure et s'est mis en tête de présenter le centre urbain nîmois au comité Unesco. Pour réparer une injustice autant qu'un oubli...

Mais pour être inscrit sur la liste du Patrimoine mondial, un site candidat doit justifier, à partir des critères proposés par l'Unesco, d'une « valeur universelle exceptionnelle ». Ce samedi au Bahreïn, la 42e session du Comité du patrimoine mondial en a décidé autrement et a suivi les recommandations des experts de l'Icomos invitant à différer l'étude du dossier.

Une trop proche similitude avec d'autres villes romaines ?

Partant du principe que la cité voisine d'Arles offrait l'élément de comparaison le plus proche et bénéficiait déjà d'une inscription au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 1981, Nîmes n'a peut-être pas pris la mesure du risque de confusion. Et c'est peut-être l'une des premières explications de l'échec (temporaire ?) du dossier Nîmois.

Le Castellum, point d'arrivée de l'aqueduc de Nîmes, est un vestige rarissime. Les experts de l'Icomos ont regretté son absence dans le dossier initial de Nîmes. Photo : Mairie de Nîmes

Suivis par de nombreux pays européens ce samedi, les experts de l'Icomos remettent en cause le bien fondé d'une inscription nîmoise sur le critère d'un patrimoine unique car, selon eux, "l’analyse comparative n’a pas assez distingué Nîmes des autres villes aux origines romaines qui ont également contribué à des revitalisations architecturales basées sur l’Antiquité." Par ailleurs, les experts rajoutent "qu'il n’a pas été montré dans les faits en quoi Nîmes se distingue comparativement des autres villes déjà inscrites sur la liste du patrimoine mondial."

Un patrimoine Nîmois pas si exceptionnel ?

Autre difficulté du dossier Nîmois, le caractère exceptionnel des biens et leur influence sur l'avenir. Nîmes avait mis en exergue comme un atout considérable les nombreux sites de la ville. "Une architecture antique qui a donné à la ville son identité, sa personnalité, sa singularité, lui conférant une valeur universelle exceptionnelle", comme le relevait le dossier de candidature. Il est vrai que la cité des Antonin a harmonieusement intégré au fil du temps les monuments historiques aux spécificités urbaines. Et mené en parallèle de vastes programmes de restauration de monuments romains emblématiques (la Maison carrée, les arènes) pour offrir le plus bel écrin au cœur de ville historique. Ce à quoi l'on peut rajouter la construction récente du musée de la romanité qui offre "un éclairage et retrace l'histoire, notre histoire commune", dixit Jean-Paul Fournier.

Le Musée de la Romanité de Nîmes (Photo Anthony Maurin)

Mais là encore, dans ses recommandations, le Conseil international des monuments et des sites (Icomos) va à l'encontre des arguments nîmois et pointe du doigt sur "les projets d’aménagement considérés comme étant une menace grave pour l’intégrité du bien proposé pour inscription. Notamment pour le cadre visuel des principaux édifices romains. C’est particulièrement le cas pour la construction récente du musée de la romanité situé à proximité de l’amphithéâtre et construit au sein du secteur sauvegardé et le projet de palais des congrès qui devrait être aménagé dans la zone de l’Hôtel-Dieu."

Dans ce capharnaüm, difficile de distinguer le bon grain de l'ivraie tant le musée de la romanité marque une étape importante pour l'historique ville romaine et offre une continuité de l'Histoire. "Deux œuvres qui représentent vingt siècles d'architecture et qui se font face", déclarait le maire de Nîmes dans nos colonnes récemment. Assurément. Avec ce nouveau musée, conçu comme une porte d'entrée pour la compréhension de la ville et de son histoire, Nîmes s'est dotée d'un extraordinaire outil de transmission et de partage de son patrimoine.

Une affaire politique ?

Sans être mauvais joueur, de nombreux éléments dans la décision de report donnent à réfléchir. Tout d'abord, sur la comparaison avec d'autres villes romaines. C'est discutable tant Nîmes bénéficie de célèbres monuments romains parmi les plus beaux et les mieux conservés au monde. Nîmes se distingue également par le fait qu'elle a conservé plusieurs types de monuments dont il n'existe plus que de rares exemplaires dans le monde : l'Augusteum de la Fontaine, le Castellum et bien sûr la Maison carrée, véritables bijoux de l'antiquité préservés dans un état de conservation remarquable.

Autre sentiment partagé par beaucoup : le revirement de la position sur le dossier nîmois. La candidature de Nîmes a été inscrite sur la liste indicative française en 2012. Le Comité national des biens français du patrimoine mondial avait également rendu un avis positif sur la poursuite de la candidature. Et ce après avoir auditionné, début 2016, le maire de Nîmes. Enfin le centre du patrimoine mondial de l'Unesco, après un examen formel du caractère complet du dossier, avait alors reconnu Nîmes comme recevable.

Comment un dossier unanimement apprécié et distingué a-t-il pu souffrir des recommandations des experts de l'Icomos faisant mine de découvrir au dernier moment l'existence du musée de la romanité face à l’amphithéâtre et le projet de palais des congrès ?

Comment ces mêmes experts de l'Icomos, sur un dossier où l'on fait la part belle à la restauration et à la préservation des biens qui est au centre des enjeux, spéculent sur le risque autour de la préservation des monuments en raison de la circulation automobile sous la Porte de France (qui pourrait s’accroître avec le futur palais des congrès, NDLR) ou encore l'afflux de touristes qui mettrait en danger la préservation des biens ?

Laurent Stéfanini, l'ambassadeur délégué permanent de la France auprès de l'UNESCO, avance une hypothèse politique : "nous avons observé que des dossiers avec beaucoup moins d'intérêt et moins universel ont bénéficié d'une inscription." C'est lui qui le dit...

La députée du Gard Françoise Dumas est sur la même ligne : "Je ne suis qu'à moitié surprise car depuis plusieurs mois nous avions de mauvais échos notamment après les conclusions de l'Icomos. Or, un an avant tout le monde était enthousiaste et considérait le dossier Nîmois comme exceptionnel. La vraie question est géopolitique et n'a rien à voir avec la qualité de notre dossier." Et là, c'est elle qui le dit...

Quoi qu'il en soit, difficile de comprendre comment la géopolitique peut rentrer en ligne de compte quand l'Histoire devrait prendre le pas sur toute autre considération. Il n'empêche que rien n'est définitivement perdu après cette défaite qui obligera sans doute à la municipalité à réviser ses positions et procéder à certains aménagements avec la réflexion qui sied plutôt que dans l'urgence et dans le passage en force. Elle pourra représenter sa copie dès l'année prochaine. Mais la tache s'annonce plus délicate car chaque pays, dont la France, pourra présenter plusieurs inscriptions potentielles et pas uniquement Nîmes, comme c'était le cas cette année...

Reste aussi à craindre qu'empêtrée dans des considérations nationalistes et clientélistes, comme peut l'être dans un autre domaine plus anecdotique le concours Eurovision pour la musique, l'Unesco ne condamne aux calendes grecques la validation de la candidature légitime d'une ville dont le mérite et l'intérêt historique résonne comme une évidence à la face du monde.

Pour autant, Jean-Paul Fournier reste toujours aussi confiant  : "L'Unesco a choisi de différer l'inscription de la Ville au patrimoine mondial. La reconnaissance internationale de Nîmes est déjà acquise. Même si nous sommes évidemment déçus de ne pas l’emporter du premier coup, ce qui est souvent le cas lors d’une première présentation, nous avons le sentiment du devoir accompli." Et pour paraphraser le général De Gaulle, Nîmes a perdu une bataille mais sûrement pas la guerre.

Abdel SAMARI (avec Philippe GAVILLET de PENEY)

Lire aussi : 

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Abdel Samari

Créateur d'ObjectifGard, je suis avant tout passionné par les médias et mon département. Ce qui me motive chaque jour : informer le plus grand nombre sur l'actualité du Gard ! Pari tenu ?

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