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FAIT DU JOUR Denis Bouad : « On ne cherche pas le conflit, on fait du Macron »

En préambule à la dernière session de l'assemblée du conseil départemental avant la trêve estivale, le président du Gard a consacré un long échange à notre rédaction.

Photo Anthony Maurin / ObjectifGard

Opérateur très haut débit, collèges, tourisme... : Denis Bouad a répondu à l'ensemble de nos interrogations sur l'actualité du département du Gard. Première partie de l'interview. 

Objectif Gard : Ce mercredi 11 juillet aura lieu la dernière séance du conseil départemental avant la trêve estivale. L’un des sujets les plus brûlants concerne le choix de l’opérateur pour le développement du très haut débit. On annonce la venue de Patrick Drahi (*) en septembre. Doit-on comprendre que SFR est le grand gagnant de l'appel d'offre ?

Denis Bouad : Le très haut débit est un sujet que l'on travaille depuis de nombreuses années. J'étais encore vice-président à l'époque. C'est un des projets où nous sommes partis en retard par rapport à d'autres. Aujourd'hui, quand je discute avec France Très Haut Débit (observatoire en France de l'avancée de la couverture Internet en France, NDLR), il me confirme que nous avons rattrapé ce retard. J'observe que l'Hérault a validé son marché il y a quelques mois à peine. J'ai mis un directeur spécifique dont la seule mission est de conduire à son terme ce beau projet. Les conclusions des services et de l'AMO conduisent à un choix qui semble être celui que vous annoncez.

Pourquoi avoir choisi SFR alors qu’Orange est l’opérateur historique et a une vraie expertise en matière de fibre optique ?

Il y avait quatre opérateurs en lice : Orange, SFR, Altitude et Covage. Le choix a été fait suite à une réponse à un appel d'offre. Ce qui m'intéresse, c'est le coût et les critères de déploiement. C'est apparemment l'opérateur qui avait les meilleurs scores. Nous sommes sur des appels d'offres extrêmement contrôlés et rigoureux dans lesquels je ne mets pas un pied. On est sur 256 000 prises sur le territoire, 260 millions d'investissement. C'est très technique. Nous, on veut mettre du très haut débit en priorité dans les zones d'activité économique, dans les administrations, dans les collèges, dans les hôpitaux, les maisons de retraite et chez les particuliers.

SFR s’est fortement endetté ces dernières années avec de multiples investissements notamment dans la télévision et l'achat de droits sportifs. Vous pensez que cet opérateur restera fiable sur la durée ?

On ne gère pas une collectivité avec des rumeurs. Si SFR n'avait pas les garanties nécessaires, il n'aurait pas été retenu dans l'appel d'offre.

Une partie du patrimoine du Département à la vente

 

Denis Bouad, le président du Conseil départemental du Gard (Photo Anthony Maurin / Objectif Gard

Vous avez trouvé un acheteur pour l’ancien Collège Bigot et le parc Meynier de Salinelles. Quelle va être la destination de ces fonds nouveaux ?

L'ancien collège Bigot aurait été un formidable lieu pour y installer un EPIDE (Établissement pour l'insertion dans l'emploi à destination des jeunes de 18 à 25 ans sortis du système scolaire sans diplôme, NDLR). Je le regrette beaucoup. Ma seule satisfaction c'est qu'il sera finalement construit à la Grand'Combe chez mon ami Patrick Malavieille. Il y a quelques mois, je me suis rendu dans une maison de retraite appartenant à la Croix-Rouge. Jusque là, la direction rencontrait des difficultés pour trouver un terrain afin d'unir ses deux établissements.  L’opportunité de le construire sur l'un des terrains du collège Bigot s'est présenté et ils ont sauté sur l'occasion. Mais il ne s'agit pas de la seule opération sur ces terrains puisqu'une maison en partage va se construire ainsi que des logements sociaux. Il y a actuellement 15 000 m2 de terrain. On peut faire un bel ensemble. Que les choses soient claires : le Département ne fait pas une opération immobilière de premier plan mais s'inscrit dans un besoin pour Nîmes où il manque de nombreuses places disponibles pour nos retraités. Je me réjouit de ce partenariat. La Croix-Rouge achète en l'état pour 2,3 millions d'euros. Cela ne nous coûtera rien en matière de réhabilitation.

D’autres biens sont à vendre notamment le Parc Meynier de Salinelles ?

Concernant le parc Meynier de Salinelles, le Département maîtrise je ne sais combien de zones naturelles, humides où l’on protège la faune, la flore et où l’on s’occupe tout particulièrement de l’eau. Nous sommes présents mais nous n’avons pas vocation à gérer cela dans les zones urbaines. D'autant plus quand elles sont clairement identifiées au PLU (plan local d'urbanisme) et déclarées constructibles. Par ailleurs, nous avons encore un certain nombre de biens à vendre... Ils font partie des désengagements fonciers dont le Département a besoin de se séparer afin de financer le bâtiment de 10 000 m2 que nous venons d'acquérir.

Il s'agit du nouveau site neuf qui accueillera 500 agents. Quelle est l'ambition sur ce projet ?

Nous avons des locaux qui nous coûtent cher en location, ce que j'ai toujours dit. C'est pour cela que nous avons dénoncé de nombreux baux. Nous avons entrepris tout un travail organisationnel pour recentrer sur un même lieu des directions de service pour éviter des éclatements comme aujourd'hui sur cinq ou six sites. À partir de ce constat, nous avons fait faire une évaluation par le service bâtiment qui a déterminé un besoin de 10 000 m2. Nous avons donc recherché des locaux pour accueillir notre personnel. Et c'est cet ensemble qui a été retenu sur un lieu stratégique, en périphérie face aux Archives du Département. L'emprunt pour réaliser ce projet est de 25 millions d'euros. Avec un taux d'intérêt inférieur à 2% et sur une durée de 25 ans, cela nous permet de sortir une annuité largement inférieur au coût des locations actuelles. Je donne chaque année plus de 2 millions d'euros de frais de location. Et je ne prends pas en compte les frais de chauffage, d'électricité et autres... Nous économiserons donc 35 % chaque année. À présent, nous allons rentrer dans une phase de discussion avec le personnel pour déterminer comment on aménage l'intérieur pour être le plus fonctionnel et le plus efficace afin d'accueillir tous les publics. Le projet sera livré fin 2019.

Un mot sur l’emplacement du collège de Remoulins qui semble ne pas satisfaire la population locale notamment parce que le site serait situé en zone inondable...

C'est un projet qui a plus de 15 ans. Initialement, il était situé sur un terrain inondable selon les services de l'État. Nous avons donc monté un nouveau projet et déposé le permis de construire. Entre temps, le PPRI (Plan de prévention du risqueinondation) est sorti et finalement l'ancien terrain n'était plus inondable et le nouveau l'était. Les recours sont actuellement pendants devant le tribunal administratif. Il y a 650 collégiens dans un collège trop petit et vétuste. J'ai donc deux choix : persister au tribunal ou refaire le point sur le dossier. On a revu le maire de Remoulins, le Dasen (Directeur académique des services de l'Éducation nationale), les équipes pédagogiques et l'État afin d'élaborer un nouveau projet. On va reconstruire le nouveau bâtiment à l'arrière du collège actuel. On va très rapidement confier la mission d'études pour aller le plus vite possible. Par ailleurs, les services du Département ont examiné les possibilités pour une partie des collégiens d'être intégrée au collège d'Aramon ou à Uzès. L'objectif est d'alléger les effectifs pour accueillir les élèves dans les meilleures conditions. Ce qui m'intéresse, c'est l’intérêt des enfants. Nous on ne cherche pas le conflit, on fait du Macron. Quel est mon intérêt ? D'aller allumer des feux partout, de perdre de l'argent dans les procédures ou de faire des collèges ? Moi, je travaille pour les Gardois.

D'autres projets pour les collèges ?

Si on arrive à faire deux collèges dans le mandat, soit 45 millions d'euros injectés dans l'économie locale, on sera satisfait. Concernant les futurs projets, on s'appuie sur les statistiques de l'Éducation nationale. On apprend que l'on est un département qui accueille 5 000 à 7 000 nouveaux habitants chaque année et que, dans le même temps, à la rentrée 2018-2019, nous aurons 380 enfants de moins dans le Gard. Deuxième élément, ces nouveaux habitants n'irriguent pas tous les territoires. Il nous faut donc, d'ici la fin de l'année, déterminer les positions futures pour les collèges du Gard, dans un périmètre de la ville de Nîmes, de l'Agglo de Nîmes et au-delà de ce périmètre. Et ce, pour les 20 ans à venir. Ce n'est pas le fait du prince mais le fruit d'une réflexion. Quand nous aurons ces conclusions des secteurs géographiques en carence, on définira des priorités.

La gouvernance alimentaire

Quelles sont vos priorités en matière d'investissement social ?

Il y a un vieillissement de la population, c'est indéniable. En 10 ans, on a construit 2 000 places nouvelles en maison de retraite et 700 ont été ouvertes ou réhabilitées lors des trois dernières années. On arrive au terme de ce programme. Il faut savoir que l'on est un des rares départements à subventionner à hauteur de 20% la construction des maisons de retraite ou la réhabilitation. Et cela a un impact sur le prix de la journée d’un occupant. Il nous faut aussi développer le dispositif de maison en partage. C'est un concept qui répond à un vrai besoin. Avec un volet de soins à domicile, d'aide ménagère... Concernant les porteurs d'handicap, il y a de nombreuses choses à faire encore. Avec la ministre qui est venue dans le Gard dernièrement et l'aide précieuse du député Philippe Berta, nous allons expérimenter plusieurs dispositifs pour éviter de multiplier les difficultés des tracas administratifs, accompagner les handicapés vieillissants, l'inclusion scolaire...

Vous vous attaquez également au "bien manger" avec le déploiement de la gouvernance alimentaire. De quoi s’agit-il ?

Je ne m'en préoccupe pas depuis ce matin. Je vous rappelle que nous sommes le deuxième département bio de France. J'ajoute que nous avons une agriculture florissante labellisée par le ministère de l'agriculture à l'initiative du Département. Nous souhaitons donc renforcer le bio dans les cantines scolaires, développer les circuits courts et amplifier notre unité de conditionnement du Chemin-Bas d'Avignon qui couvrait 11 collèges et va passer à 20 collèges rapidement. C'est un formidable outil qui d'ailleurs va être généralisé sur les 53 collèges du Gard mais peut-être pas au Chemin-Bas d’Avignon mais sur un site plus facile d’accès pour les camions. Par ailleurs, il est important de sensibiliser les jeunes au tri sélectif au moment des repas.

Propos recueillis par Abdel Samari (avec Anthony Maurin)

* Patrick Drahi est le PDG du groupe Altice, acteur majeur des télécoms et des médias, auquel appartient l'opérateur SFR.

À suivre : seconde partie de l'interview à lire à 9h sur Objectif Gard.

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Abdel Samari

Créateur d'ObjectifGard, je suis avant tout passionné par les médias et mon département. Ce qui me motive chaque jour : informer le plus grand nombre sur l'actualité du Gard ! Pari tenu ?

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