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NÎMES Jean-Claude Carrière, l’expérience, la jeunesse et l’amour de l’autre

Co-fondateur du festival Un réalisateur dans la ville, Jean-Claude Carrière explique son cinéma et les enjeux actuels. Interview.

Au calme, Monsieur Jean-Claude Carrière évoque le cinéma d'hier et d'aujourdhui (Photo Anthony Maurin).

Jean-Claude Carrière est un sacré bonhomme. Multi casquettes, l'écrivain, scénariste, parolier et conteur a été oscarisé il y a trois ans. Régional de l'étape du festival Un réalisateur dans la ville qu'il a contribué à créer en 2005, le monsieur nous explique sa vision des choses, du cinéma et du monde. Interview.

Vous êtes un des piliers de ce festival. Comment a grandi le bébé ?

C'est vrai que je n'en suis jamais vraiment parti. Je suis un fidèle moi ! Ce festival, c'est un bébé qui ne ressemble à aucun autre dans le monde. Ça n'arrive jamais et nulle part ailleurs d'avoir un festival qui met à l'honneur des réalisateurs qui peuvent voir leurs films en compagnie de 2 000 personnes. L'extérieur change pas mal de choses. C'est une expérience pour le public mais aussi pour le réalisateur qui est lâché dans la ville. Tous ceux qui sont venus en sont repartis enchantés et la personnalité du metteur en scène change le festival.

Philippe Le Guay est le parrain de cette 14e édition. Qui est-il ?

Philippe Le Guay est discret, bien élevé et cache très habilement son savoir. En fait il pourrait faire n'importe quel film. Je vais voir deux de ses films que je n'ai jamais vu. Mais ce soir, on a une grande concurrente, l'éclipse de lune !

Comment choisissez-vous les réalisateurs ?

On se consulte avec Sophie, on se voit à Paris et on avance. On espère prochainement faire venir Julian Schnabel ou encore Philippe Garrel par exemple. Vous savez, je suis scénariste, c'est un hommage aux réalisateurs mais c'est aussi très particulier. Je viens en tant que spectateur et j'adore les Jardins de la Fontaine. C'est exceptionnel. Le cinéma est en danger. La production et la diffusion changent mais ce problème n'est pas le même partout dans le monde. Le pire des choses serait que quelqu'un de mon âge ne voit pas cette évolution... Ça fait plus de 60 ans que je suis dans le cinéma !

Vous baignez dans cet univers depuis vos débuts. Quels souvenirs ont fait de vous celui que vous êtes ?

J'ai fondé l'école du cinéma la Femis que j'ai ensuite dirigé dix ans durant. J'aime avoir ce contact avec la jeunesse, c'est très important. Ils prennent mon expérience et je vois ce qui les intéresse. Chaque génération a ses classiques. J'ai commencé à voir des films pendant la seconde guerre mondiale. Ils étaient Allemands et muets mais c'étaient de bons films. J'ai été ébahi par Métropolis de Fritz Lang. J'étais un petit paysan qui ne connaissais ni la ville, ni les femmes. Ensuite, à Paris, j'ai vu Les enfants du paradis, j'avais 15 ou 16 ans. Pareil pour le Dictateur de Chaplin. Je l'ai vu quand la salle était bondée, avant l'Armistice. J'ai aussi reçu la grâce d'Henri Langlois, un vrai modèle de pédagogie, simple et très habile.

Avez-vous un message à faire passer aux Gardois, aux Nîmois ?

Un message... (se produit un blanc interminable, NDLR ) C'est un message de bon voisinage que je veux adresser aux Nîmois et aux Gardois. Le message d'un Héraultais. Le nationalisme le plus féroce commence toujours avec son voisin. L'ultra égoïsme, l'ultra centrisme... La frontière théorique entre deux départements ou deux pays n'est rien, nous sommes tous les mêmes.  Ma femme est de Marsillargues, pile entre Montpellier et Nîmes. La plage de ma jeunesse était celle du Grau-du-Roi, à 18 km à vélo. J'avais des cousins à Nîmes. J'y ai découvert les magasins d'antiquités alors que j'avais 17-18 ans. Essayons de nous aimer les uns les autres sans perdre nos particularités.

Les hommes ne changent pas. Le monde si ?

Oui, j'ai l'impression que nous revenons à une sorte de féodalité. L'Europe se disloque. Plus on se divise, plus on se fait la guerre. Cultivons notre jardin et balayons devant nos portes sans envoyer la poussière chez le voisin. Il ne faut pas renoncer, nos armes sont les médias artistiques, nous devons en être conscients. Madame Macron me récite parfois des passage de la Controverse de Valladolid, elle l'a enseignée pendant dix ans et nous pouvons y retrouver une continuité entre Bartolomé de Las Casas et l'Abbé Grégoire. On ne doit jamais voir un seul aspect des choses, il faut constamment tourner le quartz !

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Anthony Maurin

Bonjour, je m'appelle Anthony Maurin, j'ai 34 ans et je suis journaliste depuis plus de dix ans. Le sport, les toros, le patrimoine, le tourisme, la photographie et le terroir sont mes principales passions... Sans oublier ma ville, Nîmes!

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