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FAIT DU JOUR L’interview de Robert Crauste : « je me représenterai en 2020 et ce sera mon dernier mandat »

Pour Objectif Gard, le maire du Grau-du-Roi tire un premier bilan de son action politique.

Robert Crauste aime les gens et la mer. Le Grau-du-Roi est une sorte de combinaison gagnante…

Élu en 2014 à la mairie du Grau-du-Roi à la tête d'une liste sans étiquette politique, Robert Crauste revient pour nous sur son parcours politique et dévoile les raisons pour lesquelles il briguera un second et dernier mandat. 

Objectif Gard : Pour comprendre un parcours, il faut remonter à sa source. Comment êtes-vous entré en politique ?

Robert Crauste : Je suis médecin. Et lorsque je suis arrivé au Grau-du-Roi en 1982 pour y travailler, je me suis intéressé à la vie du village. Je suis allé me présenter à Jean Bastide, le maire de l'époque. Je pense que mon métier est en lien étroit avec la vie locale. J'ai toujours été dans la préoccupation du bien-être des gens et  investi dans la vie associative. Pendant 16 ans, par exemple, j'ai été médecin capitaine des sapeurs-pompiers.  C'est pour ça que j'ai choisi ce métier et de la même façon que je me suis impliqué dans la vie politique du village. Puis en 1989, j'ai franchi le pas et me suis présenté sur une liste sans étiquette "Mieux Vivre", conduite par Michel Picon et c'est ainsi que je suis entré à la mairie… dans l'opposition. En 2001 et 2008, j'ai conduit des listes sous la bannière du Parti socialiste et j'ai été élu à la tête d'une liste sans étiquette en 2014. Mais pour moi, le véritable tournant s'est opéré en 2004, lorsque j'étais conseiller régional de Georges Frêche (*), une fonction que j'ai occupée pendant deux mandats consécutifs avec une délégation, "Santé et maison de santé de proximité" dans un premier temps et "Mer, littoral, parlement de la mer" dans un second.

Aujourd'hui comment vous situez-vous politiquement ?

Je ne suis plus adhérent du PS depuis 9 ans. J'ai adhéré à La République en marche (LREM), parce qu'Emmanuel Macron mettait à mal les étiquettes politiques classiques et ouvrait la politique aux personnes de la société civile. Mais en fait, mon parti c'est le Grau-du-Roi. Ma conception de la politique, c'est œuvrer pour l'intérêt général et local. Cela va bien au-delà de n'importe quelle étiquette. Je considère que dans la sphère locale on n'est pas dans une approche politicienne. Les gens me le disent tous les jours, "aux municipales, on vote pour une personne, pas pour un parti".  C'est pourquoi je dialogue avec tout le monde sans a priori politique. Bien sûr je ferai tout pour faire barrage à l'extrême droite. Philosophiquement l'idée qu'ils aient le pouvoir n'est pas admissible. Mais il ne faut pas confondre les chefs de parti et leur électorat. Souvent le vote extrémiste est le reflet d'une colère. Il ne faut pas oublier que nous avons 20% de chômage, ce qui signifie qu'un actif sur deux ne travaille pas. Il  faut donc savoir écouter et sortir de la colère pour produire des votes citoyens.

Revenons à votre commune. Pourquoi vous être engagé dans l'opposition ?

Le changement était nécessaire. D'ailleurs la situation que nous avons trouvée en arrivant en était la preuve. Les caisses étaient vides. Le Grau était cinq fois plus surendetté que les villes de même strate. Il y avait 70 M€ de dettes consolidées. La cour des comptes prédisait la tutelle en 2017. Les fonds de roulements de 6 M€ sous le mandat précédent avaient chuté à 500 000€. Les fonds de roulements office du tourisme et CCAS étaient consommés. En cause, une non augmentation des impôts depuis des années et surtout la construction pharaonique de cette mairie dans laquelle nous nous trouvons et qui a coûté 11 M€ ! Pour elle, tout le reste s'est arrêté et a été négligé. Ce qui est incroyable, c'est qu'aujourd'hui encore, l'opposition est dans le déni de cette réalité.

"Protéger, réunir et construire : mes trois piliers fondateurs"

Quatre ans après comment ça va ?

La priorité était de redresser les comptes. Il a fallu développer un plan d'austérité qui passait aussi par une augmentation des impôts en 2015, par une maîtrise rigoureuse de la masse salariale. Nous avons vendu du patrimoine communal : le village vacances, l'hôtel résidence de Camargue, l'ancien Hôtel de ville, les anciens bâtiments des écoles… Cela a rapporté 23 M€, ce qui nous a permis de désendetter la ville et de nous lancer dans une vraie dynamique de projets à valeur ajoutée. Et puis, nous nous battons pour défendre nos dossiers et obtenir des subventions pour soutenir nos projets, ce qui représente environ 10 M€ par an.

Des exemples ?

Les trois piliers fondateurs de mes actions sont : protéger, réunir et construire. Nous avons donc travaillé sur ces trois axes fondamentaux. Nous avons installé un système de vidéo-protection en ville et renforcé la police municipale, ce qui a eu pour conséquence un recul de 50% de la délinquance. Nous avons réparé le système incendie de la maison de retraite, effectué des travaux de rattrapages à la salle Vincent Cassel qui n'était plus aux normes…

L'école de la Mer est entièrement reconstruite et permet de réunir de centaines de jeunes autour de activité nautiques. L'aménagement urbain est aussi un chantier important. Nous avons commencé par l'Esplanade de la mer, le Quai du 19 mars, entrepris la requalification de l'ancien phare… Nous menons des politiques publiques en faveur des populations en consacrant par exemple 1,5M€ aux écoles. Il y a 600 élèves au Grau-du-Roi. Et bien entendu, la rénovation des voiries ainsi que la requalification du centre ancien.

"Le Grau-du-Roi, banlieue maritime de Nîmes et Montpellier"

Comme toutes les communes du littoral méditerranéen vous devez faire face à une démographie vieillissante ?

Oui, 42% des Graulens ont plus de 60 ans. Il y a donc toute une frange de la population fragilisée par l'âge et dont nous devons nous occuper. Nous agissons pour remédier à leur isolement par des dispositifs comme "Mona Lisa" qui permet à de jeunes retraités de s'occuper des personnes âgées isolées. Nous avons aussi créé des ateliers pour apprendre à prévenir les chutes, des transports à la demande, une épicerie solidaire. Le challenge étant d'équilibrer la démographie en tentant de garder et pourquoi pas d'attirer des jeunes sur le territoire de la commune.

Pour cela le Grau-du-Roi doit devenir la banlieue maritime de Nîmes et de Montpellier. C'est pourquoi nous favorisons le développement des entreprises et soutenons celles qui sont des leviers économiques comme la pêche professionnelle. Il faut savoir que nous sommes le 1er port de pêche chalutière de Méditerranée. Il y a l'emploi mais aussi le logement, des programmes d'accession au logement social, d'autres qui permettent aux primo-accédants de pouvoir investir, un projet d'éco-quartier labellisé à la place de l'ancien camping.

 "Il faut prendre soin de la nature et de nos traditions"

On ne peut pas parler du Grau-du Roi en plein mois d'août sans évoquer le tourisme …

L'attractivité forte de la commune dans ce domaine n'est plus à démonter. Nous sommes le plus grand port de plaisance d'Europe avec 5 000 bateaux, nous avons un des plus grands camping d'Europe et aussi 80 % des parts du Sequarium. Ces SEM (société d'économie mixte) sont étanches mais nous présidons à leur gérance.

Mais ce qui me préoccupe au plus haut point, c'est la préservation de cet environnement unique et fragile qu'il faut avant tout préserver. Nous allons mettre en œuvre la renaturalisation du site de l'ancien hôpital. L'Espiguette est un site classé "Natura 2 000". Les déchets y sont quotidiennement ramassés à la main pour préserver le biotope. Les eaux de baignades sont analysées quotidiennement, une mesure qui vient renforcer l'obligation légale qui n'est qu'hebdomadaire. Nous allons entreprendre la rénovation du phare de l'Espiguette pour pouvoir l'ouvrir à la visite du public. À l'Espiguette toujours, nous avons installé un berger avec chèvres et moutons et nous avons facilité l'implantation de jeunes manadiers avec leurs taureaux et leurs chevaux parce que notre culture est à protéger. C'est notre identité au même titre que notre patrimoine.

"Ça pourrait me faire une majorité au premier tour"

Pourquoi un deuxième mandat ?

Pour aller au bout des projets qui ont été mis en œuvre. Six ans, ça paraît long mais en fait c'est court. Une vraie dynamique de projet doit s'installer solidement. Je veux faire prendre au Grau-du-Roi un vrai virage, faire entrer la commune dans une nouvelle ère.

Quelles sont vos chances ?

La présentation d'un bilan sérieux et une vraie proximité avec mes concitoyens. Je crois en la démocratie citoyenne. Je prends en compte le Conseil des jeunes et la parole de celui des sages. Je suis au contact tout le temps et j'aime ça. Fils unique, je me suis toujours projeté dans des dynamiques de groupe. Je suis pragmatique mais optimiste et enthousiaste. Que l'on me dise "c'est impossible" m'horripile. Et surtout, je suis à l'écoute et attentif aux autres et au moindre détail, dans le métier que j'exerce toujours et dans la vie publique.

Pour concrétiser cette vision de la commune, ne faudrait-il pas penser plus loin ?

Non, je ne veux pas faire carrière dans le fauteuil de maire ni installer une dynastie politique. Seulement donner un véritable élan.

Votre pronostic pour les élections ?

Ça pourrait me faire une majorité au premier tour (sourire). L'opposition est émiettée, divisée par des conflits internes. Mais au-delà de ça j'ai confiance dans mon bilan.

Propos recueillis par Véronique Palomar-Camplan 

* Décédé en octobre 2010, Georges Frêche a été plusieurs fois député de l'Hérault et maire de Montpellier de 1977 à 2004. Il a aussi présidé la communauté d'agglomération de Montpellier et feu le conseil régional de Languedoc-Roussillon.

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Véronique Palomar

Après une longue carrière au service de l'information dans l'hémisphère sud, me voilà de retour dans l'hexagone. Heureuse de mettre, plume, regard neuf et expérience au service d'un journal indépendant et de continuer à informer.

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