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FAIT DU JOUR Le colonel Haas prend la main

Nommé cet été patron des gendarmes gardois, le colonel Laurent Haas se présente peu à peu.

Dans son bureau en réunion de fin de journée, le colonel Laurent Haas (Photo Anthony Maurin).

Remplaçant du colonel Stéphane Lacroix au poste de commandant du groupement de gendarmerie départementale du Gard, le colonel Laurent Haas explique son rôle, les enjeux sécuritaires gardois et revient sur l'impact sociétal de la gendarmerie. Interview.

Vous êtes en poste depuis un mois à peine, connaissiez-vous le Gard avant d'y être nommé ?

Le département ne m'est pas étranger car j'y ai commencé ma carrière. Entre 1990 et 1992, j'étais au 3e Régiment d'Infanterie où j'ai aussi été porte-drapeau. Nous étions au camp des garrigues et j'en garde un excellent souvenir. Le régiment a été créé en 1494 mais a perdu sa notion alpine. Il y a beaucoup de traditions, le régiment a une vraie âme et j'ai appris beaucoup des relations humaines.

Vous connaissez les lieux alors...

J'ai signé mon engagement dans le bureau d'à-côté ! Si à l'époque nous avions su la suite, nous aurions sûrement rigolé. C'était le colonel Prigent (1991-1994) qui était en poste et il a su me vendre un métier où l'on exerce mille autres métiers. Il ne m'a pas menti. Je ne renie pas mon passé, j'en suis fier, j'ai servi sous de nombreuses entités. La gendarmerie ouvre aussi sur l'international et j'ai été attaché de sécurité intérieure en Italie. J'étais un diplomate représentant le ministère de l'Intérieur. C'est un poste qui offre un 360° des questions de sécurité nationale.

Le monde change. Comment aborder le commandement en 2018 ?

On commande différemment mais les fondamentaux de la " militarité " restent les mêmes. J'ai appris à des centaines et des centaines d'hommes à devenir des soldats, à vivre ensemble, à se battre. Cela m'est encore très utile aujourd'hui car dans les débats, on entend souvent que le Service militaire manque à la société. Il faut refaire germer chez les adultes en devenir des messages que le passage sous le drapeau permettait de faire passer facilement. Le vivre ensemble s'apprend en chambrée !

(Photo Anthony Maurin).

Quelles sont les qualités que vous pensez être nécessaires pour commander ?

Il faut une qualité d'écoute et de dialogue vis-à-vis des hommes que l'on commande mais aussi de la population et des élus du territoire. Le Gard a un caractère et une culture. Nous devons nous efforcer de coproduire la sécurité. La société civile et l'État doivent faire face à l'adversité et à des choses qui bouleversent les centres de gravité. Il faut instaurer la prise de conscience d'une communauté de destin pour maintenir toutes nos activités et assurer la sécurité. C'est un des éléments de résilience.

Les réservistes en sont un bon exemple ?

Les réservistes sont un levier fondamental de cette prise de conscience collective. Le réserviste fait des allers-retours entre la société civile et la gendarmerie. C'est un relais de ce qu'est la gendarmerie dans la société civile. Il essaime, c'est un vivier et les employeurs doivent comprendre cela, c'est important et il faut accepter cette chose. La réserve est une part non négligeable de nos effectifs. Sur 1 350 gendarmes gardois, 900 sont dans l'active et 450 sont réservistes. Chaque jour dans le département, 150 d'entre eux sont sur le terrain. Ce ne sont pas des sous-gendarmes, c'est un réel effet de cohésion sociale, c'est un travail d'équipe.

Le colonel Laurent Haas, aussi sur le terrain (Photo Anthony Maurin).

On a l'impression que la Gendarmerie accentue son rapprochement de la population. Pourquoi ?

Les enjeux de la Police de sécurité au quotidien (PSQ) font que nous allons avoir une arrivée d'effectifs supplémentaires dans les prochaines années. Nous refaisons les niveaux après les coupes drastiques d'il y a quelques années et ça va dans le bon sens. Je ne m'inquiète pas. Le principal objectif est d'avoir un contact facilité avec la population et les élus grâce notamment à la numérisation. Nous allons être au plus proche même si le maillage territorial de la gendarmerie date de la Révolution. L'équilibre est dans le mouvement, tout évolue en fonction des enjeux et des contraintes. À l'occasion de la Révolution, dans les cahiers de doléances que la population remplissait, cette-dernière a souhaité conserver une institution, la maréchaussée. Elle est devenue la gendarmerie nationale, les gens d'armes de la Nation. Ça n'a jamais cessé depuis mais tout évolue.

Quels sont les grands enjeux gardois ?

La sécurité de mobilité. Les transports collectifs, l'autoroute, le rail, le ciel, la mer... Il en va de même pour la sécurité des établissements scolaires et bien d'autres choses. Tout évolue très rapidement et la gendarmerie sera présente pour accompagner la société civile mais il faut anticiper ces enjeux. La sécurité routière est un autre enjeu important car les Gardois ont un comportement assez violent, cela ne me dépayse pas de l'Italie... Le réseau routier gardois est en bon état, le travail effectué par la préfecture, la police et la gendarmerie est bon mais nous avons encore beaucoup d'accident qui ont pour cause la vitesse excessive et les conduites sous alcool ou stupéfiant.

(Photo Anthony Maurin).

Et les fêtes votives ?

C'est encore autre chose. Le Gard est unique en son genre, le nombre de fêtes votives y est particulièrement élevé. Ces fêtes sont sécurisées et le volume horaire est exorbitant pour la gendarmerie. Quand les gendarmes sont appelés sur une rixe en fin de soirée, ils seraient peut-être plus utiles en patrouille ou sur des interventions plus importantes et moins prévisibles...

Sinon, tout se passe bien pour le moment ?

Je m'en doutais un peu mais autour de moi, tout le monde est motivé, mobilisé. Nous travaillons tous en bonne synergie, y compris avec les autres services, et je trouve une bonne intelligence dans le Gard, c'est très bien. Je suis ravi de revoir d'anciens camarade militaires. C'est une richesse pour le département de pouvoir accueillir autant de régiments et un panel aussi diversifié des activités de l'armée. Nous entretenons d'excellentes relations avec la police mais je ne suis pas surpris. Je suis un des rares officiers à avoir dirigé des policiers ! C'est une grande richesse pour le militaire que je suis.

(Photo Anthony Maurin).

Le Gard vous a-t-il manqué ?

Je suis heureux de pouvoir exercer le métier que je fais ici. Le département a beaucoup changé, la population aussi. Ce n'est pas le Gard que j'ai connu mais je le retrouve avec plaisir. C'est une heureuse découverte. J'aime la mer et la montagne alors quand vous pensez que le matin vous pouvez skier et que l'après-midi vous pouvez aller à la plage... Je m'émerveille devant une forêt de roseaux, un marais salant, une montagne cévenole, un coin de garrigue. C'est une chance de pouvoir parcourir tout cet espace. On peut aimer la vie non ?

(Photo Anthony Maurin).

Etiquette

Anthony Maurin

Bonjour, je m'appelle Anthony Maurin, j'ai 35 ans et je suis journaliste depuis plus de dix ans. Le sport, les toros, le patrimoine, le tourisme, la photographie et le terroir sont mes principales passions... Sans oublier ma ville, Nîmes!

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