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NÎMES Le funeste et méconnu passé du Mas Boulbon

Durant la seconde guerre mondiale, le centre de loisirs a été un camp d’internement pour les femmes et leurs enfants.

 

Devant des élèves du lycée Dhuoda et en présence du maire de Nîmes, Jean-Paul Fournier, une plaque commémorative a été dévoilée (Photo : Coralie Mollaret)

Une adresse et une sombre histoire, méconnue des Nîmois. Même l’adjoint au maire de Nîmes, Laurent Burgoa, connu pourtant pour sa connaissance du territoire, ignorait « qu’en lieu et place du centre de loisirs du Mas Boulbon se tenait autrefois un camp d’internement»

Ce matin, autorités politiques et associatives ont dévoilé une plaque commémorative à l'entrée du centre. Elle rappelle la tragique histoire « des 1 600 femmes et enfants enfermés ici par le régime de Vichy à partir de juillet 40 », souligne Jacques Decalo, président du collectif Histoire et Mémoire.

Le travail du collectif et notamment celui de Julio Dordio de Carvalho a permis d’identifier 1 145 femmes, 222 enfants de 5 à 15 ans et 55 enfants de moins de 5 ans. « Les rapports font état de traitements brutaux, de conditions sanitaires déplorables... Tout a été fait pour briser ces femmes physiquement et mentalement », poursuit le président.

Ces femmes, c'étaient des Espagnoles, des Polonaises ou encore des Yougoslaves qui avaient fui le franquisme, le nazisme et le fascisme. « Elles se sont retrouvées enfermées non pas pour des délits ou des crimes commis mais pour le danger potentiel qu’elles représentaient pour l’État », insiste Jacques Decalo.

Arrestations administratives arbitraires 

La loi du 18 novembre 1939 « a offert aux préfets la possibilité d’interner tout individu. » Des arrestations administratives non judiciaires. C'est-à-dire qu'elles « ne reposaient sur aucun fait reconnu, aucun jugement et aucune condamnation. » En clair : « une loi des suspects qui se voulait l’exception dans un contexte de guerre. »

Ces propos font écho à notre présent, à notre lutte contre le terrorisme et aux relents xénophobes de notre société. Jacques Decalo rappelle que « l’engrenage des intolérances creuse les fossés qui menacent notre vivre ensemble et notre société. »

Il y a 78 ans, les Nîmois - dans leur grande majorité - ignoraient l’existence de ce camp, excentré du centre-ville. Alors aujourd’hui, « l'expérience du passé doit construire l’avenir. La fraternité n’a rien d’innée, il faut l’apprendre », relève le président, avant de conclure « qu’il n’est pas nécessaire d’être semblable pour œuvrer ensemble au progrès de l’humanité. »

Coralie Mollaret

coralie.mollaret@objectifgard.com 

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Coralie Mollaret

Journaliste Reporter d'Images pendant un an à Marseille, j'ai traversé le Rhône voilà quelques années pour vous informer en temps réel sur l'actualité Gardoise…

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