A la uneActualités

FAIT DU JOUR Porte Sud et ses zones d’ombre

Le futur centre commercial Porte Sud. Image Foncière de France.

Tandis que le département de l’Aude panse ses plaies, à Alès, un espace commercial - baptisé Porte Sud - est en pleine construction sur une zone inondable. Le promoteur, un certain Claude Dhombre, brandit la légalité du projet quand ses détracteurs s’inquiètent des conséquences qu’il pourrait entraîner. Le droit contre la morale.  

Le projet était dans les tuyaux depuis plus de dix ans. Émaillé par d’innombrables épisodes judiciaires, Porte Sud est sur le point de voir le jour à l’entrée d’Alès, en bordure du Gardon. Depuis mars dernier, la construction de ce vaste ensemble commercial est en route permettant l’arrivée, dans quelques mois, de plusieurs enseignes. Pourtant, la partie n’était pas gagnée d’avance.

Tout commence dans les années 2000. Claude Dhombre, soutenu par la municipalité, acquiert le terrain qui borde le Gardon pour y construire un espace commercial. À l’époque, déjà, la préfecture s’y oppose arguant que la zone pourrait être inondée en cas de rupture de digue. En 2010, elle classe le terrain en « aléa fort » dans le Plan de prévention du risque inondation (PPRI) alésien. Autrement dit, la zone est inconstructible. Mais Claude Dhombre est tenace. En 2014, profitant d’une annulation du PPRI, il s’engouffre dans cette faille et obtient un permis de construire de la ville d’Alès. « On ne pouvait pas lui refuser. Le permis est valable », assure Christophe Rivenq, le directeur général des services de la ville. La revalidation du PPRI en juin 2017, qui rétablit les parcelles en "aléa fort", n’y change rien.

« On ne pourra pas dire qu’on ne savait pas ! »

Les opposants au projet commercial sont consternés. « Il y a un risque réel de rupture de digue et de submersion, explique Béatrice Bernard-Chamson pour l’association "Saint-Hilaire durable". Aller construire à côté du Gardon, c’est ahurissant ! Il y a urgence à faire arrêter les travaux. » En cas de crue, « l’eau qui afflue aura le même effet qu’un siphon et pourrait aspirer le bâtiment avec les salariés et les clients à l’intérieur », prévient Rémy Coulet. Un scénario catastrophe appuyé par les récentes inondations dramatiques survenues dans l’Aude « qui montrent l’urgence d’appliquer le principe de précaution. Si un drame arrive, nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas. »

Avant qu’il ne soit définitivement trop tard, les associations interpellent les décideurs et veulent « les mettre face à leurs responsabilités » et leur démontrer « le rôle essentiel de ce terrain comme champ d’expansion pour atténuer les crues dévastatrices du Gardon », souligne Jean-Paul Chapal pour la "Sauvegarde de l’identité de la Prairie".

« Le risque est minime pour la population », selon Christophe Rivenq

Du côté de la mairie, le directeur général des services, Christophe Rivenq, dédramatise : « Une zone commerciale, ça s’évacue très facilement. Si des pluies cévenoles s’abattent sur la ville, nous disposons quand même de quelques heures pour évacuer les secteurs exposés. Le risque est minime pour la population. » Quant aux corollaires judiciaires de l’affaire, le bras droit du maire d’Alès confirme que Claude Dhombre est dans les clous. « Si l’État avait pu l’empêcher de construire, il l’aurait fait. Mais le promoteur a eu toutes les décisions de justice qui vont bien. Lorsqu’il a obtenu son permis, le PPRI était annulé. Bien qu’il ait été revalidé, ce n’est pas rétroactif », indique-t-il.

Dernier sujet de controverse : le projet Dhombre va-t-il faire de l’ombre aux commerces du centre-ville ? Pour les détracteurs du promoteur, c’est une évidence. Ils déplorent le « manque de cohérence » de Porte Sud avec la volonté de la municipalité de redynamiser le cœur de ville. Un argument balayé par Christophe Rivenq : « Personne n’a jamais dit qu’il ne fallait plus avoir de commerces de périphérieAttendons de savoir les enseignes qu’il y aura. » La justice des hommes devrait permettre à  cette zone commerciale de sortir de terre au printemps prochain. La nature, elle, décidera du reste.

Élodie Boschet

Etiquette

Elodie Boschet

Elodie Boschet, journaliste à Objectif Gard depuis septembre 2013.

Vous aimeriez aussi

8 réactions sur “FAIT DU JOUR Porte Sud et ses zones d’ombre”

  1. Depuis le début de cette affaire , la connivence du promoteur et de la municipalité roustanienne ne fait pas de doute. Cela s’apparente à un renvoi d’ascenseur selon certains. Faut bien financer les campagnes.. La municipalité n’a pas hésité à faire une modification du PLU juste sur ce terrain.
    Quant à la prolongation du permis de construire faite en 2017 , elle a été faite alors que le PPRI avait été revalidé et ce terrain mis en aléa fort. Roustan, Rivenq et Dhombre le savent bien : ils ont enfreint la loi en la matière ce qui est souvent le cas avec Roustan qui dit de temps en temps « la loi vous savez ce que j’en fais… ». Après on peut contester mais encore faut-il en être informé et les citoyens ne sont pas à l’affut des magouilles de tel ou tel promoteur ou maire. Normalement il y a des Oppositions pour cela si elles aussi sont informées ce dont je doute. Après le promoteur compte sur la passivité des uns et des autres pour s’engouffrer et pratiquer la politique du fait accompli et des accords dits tacites.
    La réalité n’en déplaise à Rivenq qui le sait très bien d’ailleurs c’est que son ami Dhombre va construire en zone inondable classée en aléa fort dans le PPRI et exposer les futurs travailleurs et clients du secteur à de gros risques en cas de crue identique ou supérieure à celle de 1958 et de rupture de la digue.
    Et après on invoquera la fatalité et on retroussera les manches une petite 1/2 heure devant les caméras et les journalistes pour montrer sa solidarité avec les victimes….victimes surtout d’une politique foncière irresponsable.
    Sur Alès la quasi totalité des zones historiques d’expansion des crues seront ainsi bétonnées.

  2. dans cette affaire, nous avons deux maires concernés :Alès et St Hilaire, l’un pour les bâtiments, l’autre pour le parking; tous deux sont favorables à ce projet; tous deux irresponsables ainsi que leur majorité.

    1. En politique bien souvent , trop souvent, le troupeau suit toujours le chef de file même si c’est un bourrin douteux. Faut croire que certains dès qu’ils sont élus mettent leurs neurones et leur esprit critique en vacances.

  3. Edouard a raison , on n’en finira pas de pointer les incohérences foncières de certains élus qui nous font douter de leur responsabilité et de leur intégrité.
    Cet épisode de Dhombre est un des derniers de la série concernant ce promoteur qui n’a pas le monopole de ce type de pratique dans le secteur alésien.
    Il est regrettable et anormal que ce soit de simples citoyens , des associatifs qui montent au créneau pour contrer ces dérives foncières irresponsables. A quoi servent les élus, ils ne sont pas tous liés aux affairistes, et surtout les autorités publiques, les services de l’Etat s’ ils ne peuvent éviter ce genre de situations?
    Quels que soient les sujets ( pollution, grands projets inutiles ou dangereux, corruption….) ce sont toujours des citoyens souvent retraités parfois regroupés en association qui sont en première ligne contre les puissants, les lobbies, les argentés. C’est bien qu’il y ait ces citoyens courageux, ces petits lanceurs d’alerte ….mais c’est anormal dans une démocratie normale.
    Si on peut faire un centre commercial dans le lit majeur du gardon , dans une zone classée en aléa fort dans le PPRI : tous les petits propriétaires de terrains en zones inondables seront encouragés à déposer des permis de construire vu la pratique. Il sera difficile de leur dire NON.

  4. La cupidité a toujours fait marcher le monde. On peut le regretter mais c’est ainsi , ici et ailleurs, hier comme aujourd’hui.
    Bravo quand même aux assos qui se battent pour limiter la casse.

  5. Rivenque comme le maire d’Alès sont les élus des riches.
    Dhombre fait parti de leurs amis alors même du préfet ils s’en foutent
    Le résultat est là, la zone va se réaliser et si dans 10 ou 15 une gardonnade plus importante que les autres noie tout, bien et populations les deux zèbres ne seront plus de ce monde et on entendra « on le savait ».

    1. Le pire n’est jamais sûr. Si la loi s’impose ce projet commercial aberrant en pleine zone inondable ne verra pas le jour. Dans le cas contraire on aura rien à envier à certaines pratiques du sud de l’Italie.

  6. Contrairement à ce que prétend le journaliste pro Dhombre d’un autre média , les associations d’opposition à ce projet « ne sont pas confrontées à la dure réalité du droit  » favorable au promoteur. Le droit, la loi a en dernier ressort interdit toute construction sur cette zone inondable. Voir dernier jugement .
    Après si certains ont délibérément outrepassé la loi , ils mettent en cause leur probité et s’expose à des sanctions judiciaires.
    Il suffit de lire le dernier jugement sur cette triste affaire pour s’en apercevoir. Encore faut-il faire ce petit travail au lieu de prendre le café avec le promoteur toute les semaines.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

Close

Adblock a été detecté.

Merci de nous aider en désactivant votre blockage de publicité