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MARCOULE Nucléaire : la transparence et ses limites

La réunion publique annuelle de la Commission locale d’information (CLI) de Marcoule se tenait jeudi soir à Bagnols, en présence d’un casting prestigieux — notamment l’ex-secrétaire d’État Barbara Pompili — et d’un public plutôt nombreux.

Jeudi soir, lors de la réunion de la CLI de Marcoule, à Bagnols (Photo : Thierry Allard / Objectif Gard)

L’occasion de faire le point sur le nucléaire, notamment sa capacité à rendre des comptes aux citoyens. Sur la forme, il va sans dire qu’on a déjà vu plus accessible et, surtout, plus attrayant qu’une réunion de plus de trois heures où les termes techniques et les acronymes variés le disputaient aux répétitions. Sur ce dernier point, mettons cela sur un effort de pédagogie. Sur le fond, quelques points sont à relever.

Reprenons le fil de la réunion, ouverte par le président de la CLI Marcoule Alexandre Pissas, visiblement épanoui dans son rôle de Monsieur Loyal, et le président de l’ANCCLI (l’association qui regroupe le 35 CLI de France) Jean-Claude Delalonde, qui lancera, vibrant, que « le bien commun c’est la sûreté nucléaire. » Le directeur adjoint de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) de Marseille Aubert Le Brozec fera ensuite défiler une présentation sur les « grands principes du démantèlement », dans lequel on n’apprendra pas grand chose si ce n’est que la loi impose désormais à déposer un dossier de démantèlement d’une installation nucléaire au plus tard deux ans après l’arrêt définitif de son activité, de quoi éviter « le risque de perte de mémoire de l’installation. » Un rapide point sur le réacteur Phénix de Marcoule sera fait, et sera probablement refait à l’avenir, vu que la fin des opérations de démantèlement est prévue pour 2050. « Il s’agit de projets longs et évolutifs, qui peuvent amener à des délais relativement longs », commentera en conclusion le directeur adjoint de l’ASN Marseille.

Place au CEA, avec le directeur du démantèlement pour les centres civils Vincent Gorgues. De quoi remettre le démantèlement nucléaire en perspective : « pour le CEA, c’est le plus gros programme hors dissuasion, avec environ 1 300 personnes, 740 millions d’euros par an et des chantiers pour un siècle. » Et Marcoule représente une part importante du gâteau, avec « la moitié des effectifs, du budget et un tiers des installations », poursuit Vincent Gorgues. De quoi faire de Marcoule LE chantier de démantèlement en France, puisque le CEA va construire sept des huit installations nécessaires au démantèlement pour le pays à Marcoule. Pas vraiment de quoi rassurer les quelque 85 entreprises du nucléaire regroupées dans l’association Cyclium, dont la présidente Laurence Sanguinetti a tancé ensuite les travers d'un secteur à la visibilité parfois partielle et les inquiétudes des sous-traitants sur des baisses de budget et des abandons de projets de la part du CEA Marcoule.

Entretemps, la présidente de la commission particulière du débat public sur le plan national de gestion des matières et déchets radioactifs Isabelle Harel-Dutirou a expliqué qu’un grand débat serait lancé début 2019 « avec la plus grande indépendance et impartialité possible. » Signe de cette impartialité (?), Isabelle Harel-Dutirou qualifiera le nucléaire de « monde clos », tout en affirmant que grâce aux CLI, « le citoyen y trouve petit à petit sa place. » Il lui sera donné un avant-goût de ce futur débat juste après, avec la parole donnée à la salle et une citoyenne qui tancera « une autosatisfaction générale » et évoquera la possibilité d’une catastrophe de type Fukushima sous nos latitudes. L’ASN lui répondra qu’une grande analyse Post-Fukushima a été lancée et a eu des applications concrètes. Une autre citoyenne, en l’occurrence l’Insoumise Geneviève Sabathé, évoquera au micro la question du risque inondation et l’utilisation de « 19 milliards de mètres cube d’eau par an par le nucléaire, qui n’est donc pas vraiment une énergie propre. » Un autre citoyen interviendra lui pour défendre le controversé projet d’entreposage de déchets nucléaires CIGEO à Bure, démontrant que des pro-nucléaires aussi pouvaient intervenir lors de cette réunion.

« Une faille démocratique »

L’ancienne secrétaire d’État, députée mais aussi et surtout rapporteuse du rapport sur la sûreté et la sécurité des installations nucléaires Barbara Pompili est ensuite intervenue pour défendre la création de cette commission d’enquête. « On est allés à Tricastin, à la Hague, à Flamanville, à Gravelines, on a auditionné 80 personnes pendant plus de cinq mois, on a travaillé d’arrache-pied avec tous les acteurs », a ainsi lancé l’élue, qui reprendra la critique d’Isabelle Harel-Dutirou sur le côté « monde clos » du nucléaire, pour s’en prendre à EDF : « ça s’est bien passé avec le CEA et Orano, ça a été un peu plus dur avec EDF où il y a une culture du ‘on fait les choses entre nous’. » Résultat : « une faille démocratique car nous, représentants du peuple, ne pouvions pas avoir accès à certaines informations. » En conséquence, il est question de créer une délégation parlementaire qui pourrait avoir accès au secret défense. Il n’est pas dit que ça améliore les relations avec EDF, qui a publiquement dénoncé le rapport, comme l’a rappelé un citoyen dans la salle. « Plutôt que de répondre sur nos mises en cause, EDF préfère chercher si une virgule manquait, a rétorqué Barbara Pompili. L’ASN a reconnu la qualité de notre travail, EDF utilise des méthodes dilatoires. » Dans ce contexte, on comprend mieux l’absence des représentants de l’électricien dans la salle jeudi soir.

La question de la sous-traitance, et des disparités de traitement avec les salariés des opérateurs ou encore de la potentielle perte de connaissance induite par un trop fort taux de sous-traitance, a également été évoquée. « Aujourd’hui les opérateurs sont devenus plus des contrôleurs que des faiseurs. Il faut que tout le monde soit traité à la même enseigne, pour que tout le monde se sente responsable de la même manière », répondra Barbara Pompili, visiblement plutôt favorable à une convention collective des travailleurs du nucléaire.

Les maires de Saint-Etienne-des-Sorts et de Codolet, respectivement Didier Bonneaud et Sébastien Bayart, ont ensuite tiré le bilan de l’exercice conduit en juin dernier avec la préfecture, tout en regrettant de n’avoir été que deux communes à participer. « Il faut qu’il y ait plus de communes la prochaine fois », affirmera le représentant de la préfecture Patrick Bellet. De toute façon, il serait difficile de faire moins… Barbara Pompili estimera sur ce point que « nous avons un énorme travail collectif à faire. » C’est le moins que l’on puisse dire.

Thierry ALLARD

thierry.allard@objectifgard.com

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Thierry Allard

30 ans, féru de politique, de sport et de musique. Jadis entendu en radio, je couvre depuis juin 2014 le Gard rhodanien pour Objectif Gard.

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