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FAIT DU JOUR Élisabeth Jalaguier, l’héroïne nîmoise de la guerre 14-18

Durant la Grande Guerre, une jeune infirmière nîmoise s’est distinguée par son courage.

Élisabeth Jalaguier (photo collection privée Christiane Des Forest)

Élisabeth Jalaguier est la seule femme dont le nom est inscrit sur le monument aux morts de Nîmes.

L’été 1918 marque le début de la fin pour l’armée allemande. Depuis le mois d’avril, elle est repoussée par les Français et leurs alliés. Mais les combats font toujours rage. À l’Hôtel des Bains de Pierrefonds (Oise), la Croix Rouge a établi un hôpital de fortune. Dans la soirée du 20 août 1918, à 22h, les Allemands bombardent la commune. Alors que ses collègues regagnent les abris, une infirmière refuse d’abandonner son poste. « Mes blessés ont besoin de moi ! » s’exclame-t-elle.

La jeune nîmoise était passionnée de littérature (photo collection privée Christiane Des Forest)

Cette téméraire jeune femme de 27 ans est Nîmoise. Elle s’appelle Élisabeth Jalaguier. Dans cette terrible nuit d’été, les murs tremblent et les explosions se succèdent. Elisabeth a déjà connu d’autres bombardements à Gailly (Somme), Bouleuse (Marne), Froidos (Meuse), Soissons (Aisne) et à Vicence (Italie) et en a jusqu'alors toujours réchappé. Malheureusement, pas cette fois. Un obus tombe à proximité de la malheureuse alors qu’elle fait une piqûre à un soldat. Succombant à ses blessures peu de temps après, la jeune femme rejoint l'interminable liste des victimes de la "Grande Guerre".

« Je voudrais faire de ma vie quelque chose de beau »

C’est au Château de Luc, route d’Avignon, qu'Élisabeth voit le jour, le 4 septembre 1890. Ses parents, Henri-Louis Jalaguier et Mathilde Françoise Julie Boissy d’Anglas ont un appartement rue de la Maison carrée. En ce début de XXe siècle, Élisabeth grandit avec la même insouciance que les autres filles de son âge. À l’École Normale de Nîmes, elle cultive une passion pour la littérature. « Je voudrais faire de ma vie quelque chose de beau », dit-elle à cette époque.

Élisabeth Jalaguier, au premier rang à gauche, avec des collègues et des officiers français (photo collection privée Christiane Des Forest)

C’est au comité de la Société de secours des blessés militaires (SSBM) à Nîmes, rue des Chassaintes, qu'elle débute sa carrière d'infirmière alors que le conflit mondial éclate. En 1916, à sa demande, elle part pour le front, car elle ressent une « honte d’être à l’abri à Nîmes ». À Pierrefonds, celle que l’on appelle affectueusement "Bettou" dans le Sud, devient "Babet". Là-bas, elle fait la connaissance du médecin militaire Paul Maurer avec qui elle se fiance. Mais elle n'aura pas le temps de rencontrer sa future belle-famille.

Georges Clemenceau loue son courage et son patriotisme

Son acte de bravoure lui vaut de multiples décorations, comme la Croix-de-guerre 14-18 avec palme étoile. Après sa mort, Georges Clemenceau en personne lui décerne la Légion d’honneur à titre posthume. Dans son discours, le Tigre fait l’éloge de la Nîmoise : « Elle était animée du plus bel esprit de sacrifice et du plus idéal patriotisme ».

Élisabeth Jalaguier dans un hôpital de fortune (photo collection privée Christiane Des Forest)

Mlle Zborromirsky, une de ses amies, lui rend aussi un hommage émouvant : « Élisabeth était la bonté et l’intelligence même. Cultivée, elle avait voué un culte à Jeanne d’Arc ». En 1924, le monument aux morts de Nîmes est inauguré et y figure le nom de la téméraire infirmière, inscrit aux cotés des 1 312 Poilus nîmois. Le généalogiste Grégory Viguié lui consacre une page dans son livre "Poilus nîmois, l’accent du sacrifice" (*). Il estime que « cela met en avant l’investissement de la Croix-Rouge et le rôle des femmes pendant la guerre ».

Le monument qui a été érigé à l’endroit où Élisabeth Jalaguier est morte (photo wikipedia)

Elisabeth Jalaguier est enterrée au cimetière militaire de Pierrefonds (** )où elle a été transférée en 1974, après avoir été inhumée au cimetière civil. Le 5 juin 1955, un monument y est élevé par l’Union nationale des anciens combattants (UNAC) à l'emplacement où est tombée l'infirmière. Aujourd’hui, dans cette commune picarde, en présence de membres de sa famille, un hommage sera rendu à la mémoire d'une des plus courageuses Nîmoises, morte il y a 100 ans pour avoir voulu sauver d'autres vies.

Norman Jardin

* "Poilus nîmois, l'accent du sacrifice", Les éditions de la Fenestrelle, 2018

** Sans lien avec ce qui précède, située à la lisière sud-est de la forêt de Compiègne (Oise), la commune de Pierrefonds est connue pour abriter un château du XIIe siècle, (très) librement restauré à partir de 1858 par l'architecte Eugène Violet-le-Duc à la demande de l'empereur Napoléon III. Depuis, ce château médiéval a été le théâtre de nombreux tournages cinématographiques ("Le Bossu", "Le Capitan", "Peau d’âne", "Papy fait de la résistance", Les couloirs du temps : les visiteurs 2...). 

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