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NÎMES École démocratique Palotchka : « Ici, les enfants prennent part aux décisions de l’école »

Palotchka a ouvert ses portes en septembre 2018. Cinq mois après l’ouverture, comment fonctionne-t-elle ?

Cléo, Lily, Stéphane, Rémi, Estelle, Céleste, Arthur et Solal ( Photo Kelly Peyron )

Ouverte en septembre 2018, l’école démocratique Palotchka est la première à Nîmes. Après des débuts incertains, elle a aujourd’hui réussi à mettre en place un système dans lequel les enfants participent au sens et à l’orientation qu’ils veulent donner à la bâtisse.

Qu’est-ce qu’une école démocratique ? Inspiré du modèle « Subdury » né aux États-Unis, ce genre d’école fonctionne avec un système de classe unique, sans programme et sans emploi du temps. Le but ? Donner plus de liberté et d’autonomie aux élèves. Il n’y a pas de professeurs, remplacés ici par des facilitateurs. Considérés d’égal à égal avec les élèves, appelés les « jeunes membres », les adultes mettent à leur disposition les ressources nécessaires pour qu’ils puissent travailler dans les meilleures conditions.

« Les jeunes membres doivent être présents 26h par semaine »

Ici, le secrétariat de l'école où les élèves peuvent utiliser l'ordinateur une heure par jour (Photo Kelly Peyron)

Rue Alexandre Pieyre, l’école Palotchka imaginée par Stéphane et Alexandre Giroux se situe dans une petite bâtisse qui ne paie pas de mine. Pas de portail ou de grande cour de récréation. Une simple porte vitrée avec le nom de l’école inscrite. Un jeune garçon d'une dizaine d'années est assis devant un ordinateur.

S’occupe-t-il d’accueillir les visiteurs ? La question se pose, les jeunes membres participant à toutes les tâches y compris ménagères. Mais Estelle Brun, facilitatrice, n’est pas loin. « Arthur, tu es sur l’ordinateur depuis une heure, tu dois arrêter maintenant », lance-t-elle en entrant dans la pièce.

À l’entrée, les fiches de présence et de sortie sont disposées sur le bureau. L’école est ouverte de 8h30 à 17h30, les lundis, mardis, jeudis et vendredis. « Les jeunes membres doivent être présents 26h par semaine, c’est une obligation », explique Estelle, artiste plasticienne. Libre aux 11 étudiants inscrits de répartir ces heures comme ils le souhaitent dans la semaine.

« Nous avons instauré des réunions appelées problèmes et solutions »

L'école reçoit de nombreuses demandes de stage. Hugo est venu pour une journée d'essai ( Photo Kelly Peyron )

La visite se poursuit. Deux boîtes aux lettres placées sous des escaliers portent comme inscriptions « Problèmes et solutions » et « Conseil d’école ». Chaque lundi, en conseil d’école, les membres discutent de ce qu’il faut améliorer : « Par exemple, on a remarqué que les plus jeunes s’amusaient à monter sur les tables et les meubles… On en a parlé en conseil et on a ajouté cette interdiction dans le règlement. »

Les réunions, problèmes et solutions sont plus complexes. Lorsqu’une personne rencontre un problème avec une autre, tout le monde se regroupe pour trouver une solution. Il y a un président, un secrétaire et un jury. « Toutes les trois semaines on vote pour les élire. Les jeunes membres peuvent aussi se présenter », précise l’artiste plasticienne.

De plus, le budget de l’école est aussi discuté avec les élèves. « Ici, les enfants prennent part aux décisions de l’école. » Lorsqu’un achat doit être fait, ils en parlent ensemble.

«  Nous mettons à leur disposition plusieurs activités »

L'école a préparé des plantations pour la journée porte ouverte où un troc est prévu ( Photo Kelly Peyron )

Après une rapide visite de la cuisine, où les jeunes membres apportent eux-mêmes leur nourriture, place au grand salon de l’école, où tables et canapés occupent la pièce. « Les repas se prennent ici. Chacun peut manger quand il en ressent l’envie », informe la jeune femme.

Un classeur est détenu par chaque apprenant. Il remplit chaque jour un tableau de bord expliquant quelle activité il va entreprendre. « Dans cette pièce, nous mettons à leur disposition plusieurs activités. » Plantation, couture ou linogravure… : ils ont le choix entre les sciences et les arts plastiques.

Au rez-de-chaussée, une salle pour les plus jeunes est aménagée avec de nombreux jouets. À  l’étage, livres, jeux de société et instruments de musique sont à la disposition des plus âgés. L’horloge affiche 10 heures, Stéphane co-créatrice de Palotchka interpelle Estelle. Il est l’heure du « Quoi de neuf ? »

Un moment de partage

C'est dans le grand salon que les élèves participent au " Quoi de neuf ? " ( Photo Kelly Peyron )

Tout le monde s'installe sur les canapés du grand salon. Aelan 5 ans, prend la parole en premier : « J’aimerais bien qu’on aille voir Cars », demande-t-il avant de retourner jouer. Lily, 13 ans, annonce qu’elle a bientôt fini de boucler le journal de l’école. À ses côté Cléo, 12 ans, rapporte qu’elle est en train de terminer son article sur le féminisme. Et Arthur, plein d’entrain, propose à ses camarades d’écouter une musique. Les Charlots retentissent et s’ensuivent des chants repris par tous les membres.

S’ils ont fait le choix de rejoindre cette école, ce n’est pas un hasard. Ils ont vécu à quelques détails près le même schéma : celui de la phobie scolaire et l’incompréhension d’un système éducatif qui ne leur convenait pas.

« À l’école, je me faisais malmener »

Les écoles alternatives représentent une seconde chance pour les élèves en situation de phobie scolaire ( Photo Kelly Peyron )

Lily, Cléo et Arthur ont été victime d’un harcèlement scolaire qui a mené à une phobie scolaire. Arthur se confie : « On me frappait, me malmenait… Depuis que je suis ici, c’est le bonheur ! » Cléo après avoir essayé plusieurs écoles a fini par s’épanouir dans l’école Palotchka. Idem pour Lily, qui a subi des rumeurs dans l’école catholique où elle était. Pour Solal, 11 ans, les choses furent différentes. Aucun harcèlement scolaire mais une simple incompréhension du système éducatif actuel.

Hélène, sa mère présente ce jour-là, raconte : « Il s’ennuyait. Il en avait marre que la maîtresse répète les mêmes choses… » Après trois ans de difficultés, de rendez-vous chez le psychologue, la jeune maman a rejoint une association pour les enfants en situation de phobie scolaire. « Une maman m’a parlé de l’école démocratique. J’étais un peu sceptique au début », avoue-t-elle.

Hélène se documente sur le concept d’école démocratique via des livres et des blogs. Mais c'est son fils qui a achevé de la convaincre. Après son premier jour à l’école Palotchka, Solal est rentré et à dit à sa mère : « Je vais apprendre plein de choses dans cette école ! » Hélène a répondu : « Ah bon ? Et tu vas apprendre quoi ? » Le jeune garçon, s’est exclamé : « Je vais apprendre la vie ! »

Kelly Peyron

Infos pratiques : Une journée porte ouverte est prévue le samedi 16 mars de 14 h à 18 h dans les locaux de l’école, au 15 rue Alexandre Pieyre à Nîmes. Le coût de cette école est de 3 500 euros l’année et sa capacité d’accueil est de 25 élèves. Renseignements et contacts sur le site internet : www.palotchka.com

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