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CENDRAS Le grand débat à la sauce cévenole

Environ 70 personnes se sont réunies autour du maire pour un débat citoyen. Photo Élodie Boschet/Objectif Gard

Jeudi soir, la municipalité de Cendras organisait un grand débat citoyen où chacun était invité à exprimer ses inquiétudes et propositions, en réponse au mouvement de protestation qui sévit sur la France depuis le 17 novembre.

Pas de tabous, ni de consignes. Juste un lieu d’expression libre. C’est la volonté du maire, Sylvain André, qui ne souhaite pas se plier au kit de méthodologie mis à disposition par le gouvernement pour guider les organisateurs de débats locaux. « Chacun dit ce qu’il veut. Je ne fixe aucune restriction dans vos propos, à part le respect mutuel, annonce l’édile communiste. Nous ferons ensuite un compte-rendu sans filtre des échanges qui sera transmis au président de la République. »

Les inégalités pointées du doigt

Environ 70 personnes – Cendrasiens pour la plupart, mais aussi quelques voisins – se sont prêtées à l’exercice au foyer des Jonquilles. Pendant près de deux heures, plusieurs thématiques ont été abordées dont, en premier lieu, la disparition des services publics, sujet de préoccupation majeur pour ces citoyens de la ruralité. « Quand je suis arrivé ici, il y a dix ans, La Poste était ouverte toute la semaine. Aujourd’hui, c’est seulement à mi-temps. Il y a une dégradation de la responsabilité de l’État », déplore Jacques tandis qu’une retraitée ne comprend pas « pourquoi nous payons de plus en plus d’impôts alors que les services publics disparaissent et que la société se déshumanise », creusant le fossé des inégalités.

Inégalités territoriales, inégalités de revenus… Un Cendrasien s’étrangle encore à l’évocation du rapport de l’Oxfam indiquant que les 26 milliardaires les plus riches détiennent autant d'argent que la moitié de l'humanité : « Il faut trouver une solution pour que les plus hauts revenus soient plafonnés à un certain niveau. » Ce qui fait rebondir Fabienne sur « la nécessité de rétablir l’Impôt sur la fortune », Yves sur le prélèvement forfaire unique - appelé flat tax - « encore une mesure qui favorise les propriétaires des plus gros capitaux », ou encore Henri, gilet jaune de la première heure, sur l’évasion fiscale : « C’est 100 milliards d’euros par an ! En allant chercher toutes ces fraudes on arriverait largement à satisfaire les demandes des Gilets jaunes. »

Différents sujets ont été abordés et scrupuleusement notés par un adjoint de la mairie. Photo Élodie Boschet/Objectif Gard

« Pour Macron, nous sommes du bétail »

Mais les « GJ », tout comme d’autres citoyens qui n’ont pas enfilé le gilet jaune, se sentent « méprisés » par le président de la République. « Pour Macron, nous sommes du bétail », affirme Jérôme. « Non, nous sommes des gueux », renchérit une retraitée. Et le questionnaire proposé dans le cadre du Grand débat n’y change rien, comme l’explique Zaïa : « J’ai été choquée par l’orientation donnée aux questions ! Il n’y a rien sur les profits ou l’entreprise. C’est malhonnête. » Avis partagé par Bruno : « Les Gilets jaunes essaient de changer les paramètres et avec ce questionnaire, le gouvernement veut nous remettre dans le même logiciel. »

Et tandis que Gilbert s’étonne que « les entrepreneurs soient totalement absents des débats alors qu’autrefois les revendications passaient par les entreprises », Jean-Paul, militant syndical engagé depuis cinquante ans, regrette quant à lui « le manque de crédibilité vis-à-vis des organisations syndicales qui clament toutes ces revendications depuis des années. »

Manque de pouvoir d’achat, difficulté d’accès à l’emploi pour les plus de 50 ans, précarité des jeunes, fracture numérique, droit au logement… De multiples sujets ont encore longuement nourri les échanges, suivis de propositions concrètes : rétablissement de l’ISF, référendum d’initiative citoyenne qui s’appliquerait à plusieurs échelons (communal, régional et national), plafonnement des revenus les plus riches, retraite à 60 ans, plan de lutte contre la fraude fiscale, suppression de la TVA pour les produits de première nécessité et éthiques, politique incitative et non punitive en faveur de la transition écologique, etc. Autant de demandes qui seront, à n’en pas douter, mises sur le tapis lors de la journée de grève générale annoncée le 5 février prochain.

Élodie Boschet

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Elodie Boschet

Elodie Boschet, journaliste à Objectif Gard depuis septembre 2013.

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